'm A \ V • HARVARD UNIVERSITY. LIBRARY MUSEUM OF COMPARATIVE ZOOLOGY 4_74T LlBRARY OF SAMUEL GARMAN ?Ccyst7i e/iso c/Jfvcrc?/, ■' XAUj TABLE. Pages. Plancl». Le Pomacanthe noir (Pomacanthus paru, nob.; Chœtodon paru , Bl.) 2o5 Le Pomacanthe à écharpe (Pomacanthus baltea- tus, nob.) 208 Le Pomacanthe à ceinture ( Pomacanthus cingu- latus, nob.) 20g 180 Le Pomacanthe à cinq bandes (Pomacanthus quiri- quecinctus, nob.) 210 Le Pomacanthe arqué (Pomacanthus arcuatus , Lacép. ; Chœtodon arcuatus, Linn. et Bl.). . . 211 CHAPITRE VI. Des Platax (Platax, nob.) 2 1 3 Le Platax de Gaimard (Platax Gaimardi, nob.). 216 Le Platax de Raynaud (Platax Rajnaldi, nob.). 2 1 9 Le Platax d 'Ehrenberg ( Platax Ehrenbergii, nob.). 221 Le Platax de Bloch (Platax Blochii, nob. ; Chœ- todon vespertilio , Bl.) 222 Le Platax de Leschenault (Platax Leschenalti, nob.) 223 Le Platax de Batavia (Platax Batavianus , nob.). 2 2 5 Le Platax teira (Platax teira, nob.; Chœtodon teira, Bl.) 226 Le Platax à gouttelettes (Platax guttulatus, nob.; Platax albipunctatus , Rupp.) 227 Le Platax pointillé (Platax punctulatus, nob.). 228 Le Platax ocellé (Platax ocellatus, nob.) ..... 229 Le Platax noduleux (Platax arthriticus , nob.; Chœtodon arthriticus, Bell) Ibid. Le Platax orbiculaire (Platax orbicularis, nob.; Chœtodon orbicularis, Forsk.) 232 186 TABLE. XIX Pagej. Planch. Le Platax pentacanthe(/Yata:i pentacanihus, nob.; Chœtodon pentacanthus , Lacép.) 235 Le Platax scalaire (Platax? scalaris, nob.; Zeus scaîaris, Bl.) 287 CHAPITRE VIL Des Psettus (Psettus, Comm.) 240 Le Psettus de Seba (Psettus Sebœ, nob.; Chœ- todon rhombeus, Bl. Schn.) 241 189 Le Psettus rbomboïdal (Psettus rkombeus, nob.; Scomber rhombeus, Forsk.) 245 Le Psettus de Commerson (Psettus Commersonii , nob.; Mono dactyle falcij "orme , Lacép.). ... 25o DEUXIÈME TRIBU. DES SqUAMMIFENNES A dents tranchantes 2Ô4 CHAPITRE VIII. Des Piméleptères (Pimelepterus , Lacép.) et DES DlPTÉRODONS (id.) Ibid. Des Piaiéleptères Ibid. Le Piméleptère de Bosc (Pimelepterus Boscii, Lac). 2 58 187 Le Piméleptère oblong (Pimelepterus oblongior 7 nob.) 264 Le Piméleptère brun (Pimelepterus fus eus, nob.; Xyster fus eus , Comm. ; Xyster nigrescens ? Lacép.) Ibid. Le Piméleptère inciseur ( Pimelepterus incisor, nob.; Chœtodon incisor, Parle.) 266 Le Piméleptère marciac (Pimelepterus marciac f Q. et G.) 267 XX TABLE. Pagei. Planeîi Le Piméleptère lembo (Pimelepterus lembus, nob.) 26g Le Piméleptère indien (Pimelepterus indiens, K. et V. H.) 270 Le Piméleptère à hautes nageoires (Pimelepterus altipirmis, nob.) Ibid. Le Piméleptère de Dussumier (Pimelepterus Dus- sumieri, nob.) 273 Le Piméleptère de Raynaud (Pimelepterus Ray- naldi, nob.) 274 Des Diptérodons Ibid. Le Diptérodon du Cap (Dipterodon capensis , nob.) 276 188 TROISIÈME TRIBU. Des Squammipennes a dents en velours ou en CARDES AUX MACHOIRES ET AU PALAIS 28 1 CHAPITRE IX. Des Castagnoles (Brama, Bl. Scbn.), et en PARTICULIER DE l'eSPECE DE LA MÉDITERRANÉE. Ibid. 190 La Castagnole de Dussumier (Brama Dussumieri, nob.) 294 La Castagnole du germon (Brama orcini, nob.). 295 CHAPITRE X. Des Pemphérides (Pempueris, nob.) 291» La Pempbéride d'Oualan (P&npJieris oualensis, n0D -) • • 299 La Pemphéiïde d'Otaïti (Pempheris otaitensis , nob.) 304 191 TABLE. XXJ Pages. PlancU. La Pemphéride du Bengale (Pempkeris mangula, nob.) 304 La Pemphéride de Vanicolo (Pempkeris vanico- lensis, nob.) 3o5 La Pemphéride de l'Isle-de-France (Pempkeris nesogallica, nob.) 3o6 La Pemphéride des Moluques (Pempkeris moluca, nob.) Ibid. La Pemphéride du Malabar (Pempkeris malaba- rica, nob.) 3o8 La Pemphéride du Mexique (Pempkeris mexicana, nob.) Ibid. CHAPITRE XI. Des Archers (Toxotes, nob.) 3 j o L'Archer sagittaire ( Toxoies jaculator, nob. ; Sciœna jacidatrix, Pall.) 314 192 LIVRE HUITIEME. Des Poissons a pharyngiens labyrinthi- FORMES 323 CHAPITRE PREMIER. Des Anabas (Anabas, nob.) 325 L'Anabas sennal (Anabas scandens, nob.; Perça scandens, Dald. ; Antkias testudineus, Bl.). . 333 193 CHAPITRE II. Des Hélostomes (Helostoma , K. et V. H.). , 341 XX1J TABLE. Pages. Plancb, L'Hélostome de Temminck (Helostoma Temmin- ckiiy K. et V. H.) 342 194 CHAPITRE III. Des Polyacanthes (Polyacanthus,¥l. etV.H.). 353 Le Polyacanthe de Hasselt (Poljacanthus Has- selti, nob.) Ibid. 1 9 5 Le Polyacanthe d'Arian-Coupang {Polyacanthus cupanus, nob.) 3 5 7 Le Polyacanthe chinois (Polyacanthus chinensis, nob.; Chœtodon chinensis, Bl. ; Chétodon chi- nois, Lacép.) Ibid. CHAPITRE IV. Des Colisa (Colis j, nob.) 35g Le Colisa vulgaire (Colisa vulgaris, nob. ; Tri- chopodus colisa, Buchanan) 362 196 Le Colisa béjéi (Colisa bejeus, nob.; Trichopo- dus bejeus, Buch.) 365 Le Colisa cotra (Colisa cotra, nob.; Trichopodus cotra, Buch.) 366 Le Colisa lali (Colisa lalius, nob. ; Trichopodus lalius, Buch.) Ibid. Le Colisa sota (Colisa sota, nob.; Trichopodus sota, Buch.) 367 Le Colisa chuna (Colisa chuna, nob.; Trichopo- dus chuna, Buch.) 368 Le Colisa unicolor (Colisa unicolor, nob.) .... Ibid. Le Colisa rubanné (Colisafasciata, nob.; Tricho- gaster fasciatus , Bl. Schn.) 36g Le Colisa de Pondichéry (Colisa ponticeriana, nob.). 370 TABLE. XXllj CHAPITRE V. rages. Plancli. Des Macropodes (Mjcropodus, Lacép.). ... 372 Le Macropode vert- doré (Macropodus viridi- auratus , Lacép.) 373 Le beau Macropode {Macropodus venustus, nob.) 375 197 CHAPITRE VI. Des Osphromènes (Osphromenus, Comm.). . . 377 Et particulièrement de l'Osphromène gourami ( Osphromenus olfax, Comm. ) Ibid. 198 CHAPITRE VII. Des Tiuchopodes (Trichopus, Lac; Tricho- gjster, Bl. Schn.) 388 Et particulièrement du Tricliopode trichoptère (JLabrus trichopterus , Pall.) Ibid. 199 CHAPITRE VIII. Des Spirobranches (Spirobranchus, nob.). . 392 Le Spirobranche du Cap (Spirobranchus capen- sis, nob.) Ibid. 200 APPENDICE AU LIVRE HUITIEME. Des Ophicéphales (Ophicephalus, Bl.) 395 L'Ophicépbale karouvé (Ophicephalus punctatus, Bl.) 404 L'Ophicépbale bordé (Ophicephalus marginatus 9 nob. ; Ophicephalus gachua, Buch. ?) 411 20 x XXIV TABLE. Pa£«. Plancb. L'Ophicéphale cora-mota (Ophicephalus' cora- mota, nob.) 414 L'Ophicéphale brun (Ophicephalus fusais, nob.). Ibid. L'Ophi< épliale orangé (Ophicephalus aurantiacus, Buchan.) 4i5 L'Ophicéphale tète-de-brochet (Ophicephalus In- dus , K. et V. H.) 416 L'Ophicéphale strié (Ophicephalus striatus, Bl.). 417 202 L'Ophicéphale à tète aplatie (Ophicephalus pla- niceps, K. et V. H.) 424 L'Ophicéphale soAvara (Ophicephalus sowara, nob.) 426 L'Ophicéphale à petites plaques (Ophicephalus micropelles , K. et V. H.) 427 L'Ophicéphale serpentin (Ophicephalus serpenti- nus, nob.) 429 L'Ophicéphale noirâtre (Ophicephalus nigricans, nob.) 43i L'Ophicéphale marule (Ophicephalus mandats, Buchan.) 432 L'Ophicéphale ceillé ( Ophicephalus ocellatus , nob.; Bostrichoïde ceillé, Lacép.) 434 L'Ophicéphale grêlé (Ophicephalus grandinosus, nob.) Ibid. 2 o3 L'Ophicéphale barca (Ophicephalus barca, Buch.) 436 L'Ophicéphale tacheté (Ophicephalus maculatus, nob.; Bostriche tacheté, Lacép.) 437 L'Ophicéphale miliaire (Ophicephalus miliaris , nob.) *..... 439 L'Ophicéphale iris (Ophicephalus iris, nob.). . . Ibid, (Par M. leB. on Cuvier.) TABLE. XXV ADDITIONS ET CORRECTIONS AUX TOMES II, III ET VII. Pages. Hancli, Additions au tome second 441 Addition à l'article du Sandre bâtard de Russie. Ibid. L'Apogon oreillard (Apogon auritus, nob.). . . 443 Le Mérou pavonin (Serranus pavoninus, nob.). Ibid. La Diacope bourgeois (Diacope cwis, nob.) ... 444 La Diacope à tache blanche (Diacope alboguttata, nob.) 445 Le Mésoprion madras (Mesoprion madras, nob.). 446 Le Mésoprion à mâchoire rose (Mesoprion ery- thrognathus, nob.) 447 Additions et corrections au tome troisième.. . . 448 Addition à l'article de la Gremille commune. . . . Ibid. Addition à l'article du Babir des Russes 449 Le Centropriste hirundinacé (Centroprisiis hirun- dinaceus, nob.) 45o Le Centropriste géorgien (Centropristes georgia- nus, nob.). 45i Additions et corrections au chapitre XX 454 Des Centrarchus , des Pomotis et d'un nouveau genre nommé Brytte Ibid. Correction et addition à l'article du Centrarchus sparoïde 458 Correction à l'article du Pomotis gulosus , et transport au genre centrarchus 459 Le Centrarchus vert (Centrarchus viridis, nob.). 460 Le Centrarchus à quatre épines (Centrarchus te- tracânthusj nob.) , Ibid. XXVJ TABLE. PagM. Planch. Des Bbyttes (Bryttus, nob.) , 461 Le Brytte pointillé (Bryttus punctatus, nob.). 462 Le Brytte maillé (Bryttus reticulatus, nob.). . . 463 Le Brytte unicolore (Bryttus unicolor, nob.).. . 464 Additions au genre Pomotis Ibid. Le Pomotis de Ra venel (Pomotis Ravenelii, nob.). 465 Le Pomotis d'Holbroock (Pomotis Holbroockii, nob.) 466 Le Pomotis coupeur (Pomotis incisor, nob.) . . . Ibid. Le Pomotis bossu (Pomotis gibbosus, nob.). . . 467 Le Pomotis sun-rish (Pomotis solis, nob.). ... 468 Le Pomotis de Catesby (Pomotis Catesbei, nob.). 469 Additions au chapitre XXI Ibid. Le Priacanthe aux grandes ventrales (Priacanihus macropus, nob.) Ibid. Le Priacanthe macroptère (Priacanthus macrop- terus, nob.) 471 Le Priacanthe miroir (Priacanthus speculum^nob.). Ibid. Le Priacanthe fanal (Priacanthus fax , nob.). . . 473 Addition à l'article du Doules bordé 474 Le Doules de Guam (Dules guamensis, nob.). Ibid. Addition à l'article du Doules à queue rayée. . . 475 Le Doules tacheté (Dules maculatus, nob.) .... Ibid. Addition à l'article du Doules de roche. ...... 477 Le Doules de Vanicolo (Dules vanicolensis, nob.). 478 Le Doules malo (Dules malo, nob.) 479 Addition à 1 article du Thérapon jerboa Ibid. Le Datnia rubauué (Datnia virgata, nob.). ... 480 Des Nandus (NanduSj nob.) 481 Le Nandus marbré (Nandus marmoratus , nob.; Coius nandus , Buch.) 482 207 TABLE. XXV1J Pages, rianct. Addition à l'article du Myripristis du port Praslin. 486 Le Myripristis kunté {Myripristis kuntee, nob. ; Sullanaroo-kuntee , Russ.) 487 Le Myripristis de Bourbon {Myripristis borboni- cus, nob.) 489 Addition à l'article du Myripristis hexagone . . . Ibid. Addition à l'article du Myripristis a petites dents. 490 Le Myripristis axillaire {Myripristis axillaris, nob.) 49 ! Le Myripristis rayé {Myripristis vittatus, nob.). 492 Le Myripristis lime {Myripristis lima, nob.) ... 493 Addition à l'article du Myripristis murdjan. . . 495 Addition à l'article de Y Holocentrum à longues nageoires 49^ Addition à l'article de Y Holocentrum des Indes orientales 497 Addition à l'article de Y Holocentrum lion Ibid. Addition à l'article de Y Holocentrum spinifère d'Arabie 498 Addition à l'article de Y Holocentrum à grosses épines 499 Addition à l'article de Y Holocentrum à tête large. 5 00 L'Holocentrum operculaire {Holocentrum oper- culare, nob.) 5oi L'Holocentrum argenté {Holocentrum argenteum, nob.) 5o2 L'Holocentrum piqûre-de-mouche {Holocentrum stercus muscarum, nob.) 5o3 Du Rhynchichte {RHYNCHiCHTHrs) Ibid. Le Rhyncbichte de la Bonite {Rhynchichtys pe- lamidisy nob.) 5o4 2o£ XXVUJ TABLE. Pages. Plancli. Addition à l'article du Percis à six ocelles. ... 507 Addition à l'article de la Sphyrène bécune .... Ibid. La Sphyrène de Dussumier (Sphyrœna Dussu- mieri, nob.) 5 08 Addition à l'article de la Sphyrène de Forster . 509 Corrections et additions au chapitre XXXII.. . . 5 10 Le Paralepis corégonoïde (Paralepis coregonoi- des f Risso) Ibid. Addition à l'article du Polynème a longs Jilets . 5 12 Le Polynème aux pectorales noires (Polynemus melanochir, nob.) 5i3 Addition à l'article du Polynème tétradactyle. . . 5 14 Addition à l'article du Polynème à six brins. . . Ibid. Le Polynème à six fils (Polynemus sexfilis, nob.). 5x5 Le Polynème à filets jaunes {Polynemus xantho- nemus, nob.) 517 Addition à l'article du Polynème à quatre fils . 5 18 Addition à l'article du Polynème a neuf brins . Ibid. L'Upénéus à deux rubans {Upeneus bivittatus, nob.) 520 Addition à l'article de YUpénéus de Ceilan. . . . Ibid. L'Upénéus de Vanicolo (Upeneus vanicolensis , nob.) 521 L'Upénéus jaune {Upeneus luteus 9 nob.) Ibid. L'Upénéus à grosses lèvres (Upeneus crassilabris t nob.) 523 L'Upénéus capucin (Upeneus fraterculus, nob.). 524 L'Upénéus à deux raies (Upeneus bilineatus } nob.). 5 2 5 L'Upénéus athérinoïde (Upeneus alherinoides , nob.) 526 L'Upénéus cyprinoïde (Upeneus cyprinoides, nob.) Ibid. TABLE. XXIX Page». Phncli. Additions au tome septième 527 Le Chétodon à deux baudriers (Chœtodon dizos- ter, nob.) Ibid. Le Tranchoir à moustache épineuse (Zanclus ca- nescensy nob.) 528 (Par M. Valenciennes.) AYIS AU RELIEUR POUR PLACER LES PLANCHES, Planches 7 0. 72. 73. 74- 7 5. 76. 77- 78. 79- 80. 81. 82. 83. .84. 85. 86. .87. .88. 89. 90. 91- Chœtodon strigatus vis-à-vis la page 2 5 Chœlodon reticulatus 32 Chœtodon strigangulus 42 Chœtodon lunula 60 Chœtodon ephippium 80 Chelmon longirostris 90 Heniochus macrolepidotus 96 Zanclus cornutus 110 Epldppus goreensis 126 Drepane punctata i 3 2 Scatophagus ornatus 143 Taurichthys varius i5o Holacanthus trimaculatus 196 Holacanthus semicircidatus 192 Holacanthus Lamarck 198 Pomacanthus cingulatus 209 Platax guttulatus ) m / 228 r'iatax punctulatus I Pimelepterus Boscii 262 Dipterodon capensis 280 Psettus Sebœ „ 244 Brama Raii 292 Pempheris otaitensis 304 Planches. 192. Toxotes jaculator vis-à-vis la page 3i8 193. Anabas scandens 340 194. Helosloma Temminckii 352 195. Polyacanthus Hasselli. 356 196. Cotisa vulgaris 364 197. Macropodus ve/iustus 376 198. Osphromenus olfax 382 199. Trichopodus trichopterus 3 90 200. Spirobvanchus capensis 394 201. Ophicephalus marginatus 412 202. Ophicephalus strialus 422 20 3. Ophicephalus grandinosus 434 204. Os renflés de Yephippus gigas 124 205. Appareils labyrinthiformes 206. Tête d'ophicéphale 207. Nandus marmoratus 484 208. Rhynchichthys pelamidis 1 5o6 1. Ces deux dernières planches seront distribuées arec la livrai- son prochaine. 440 (T. VII, p. 2.) POISSONS OSSEUX. JCJNTffOPTÊH YGIEKS. SQUAMMIPENNES. A corps comprimé, écailleux, et à nageoires dorsale et anale fortement couvertes d'écaillés, au moins dans leur partie molle. Point de dents au palais. Dents en brosses aux deux mâchoires. Préopercule non épineux. Dorsale unique, entièrement e'cailleuse. Aucuns des aiguillons dorsaux prolongés. ChétODONS. Museau court ; dents en longues soies. Chelmons. Museau prolongé ; dents courtes , comme en velours. Quelques aiguillons dorsaux prolongés en jilamens. HÉNIOCHLS. Corps couvert de grandes et fortes écailles. Zanclos. Écailles petites, réduites pour l'œil à de simples âpretés. Dorsale double ; la portion molle seule e'cailleuse. Trois épines à l'anale ; écailles grandes. Éphippus. Pectorales courtes. Drépanes. Pectorales longues , et taillées en faux. Quatre épines à l'anale ; écailles petites , absorbées sous V épidémie. Scatophages. Pectorales courtes. Dorsale seulement échancrée. Taurtchtes. Deux cornes au-dessus des yeux, au-devant d'une forte protubérance occipitale. Prêopercule armé d'une forte épine. Holacanthes. Corps ovalaire; les aiguillons de la dorsale presque égaux; le sous-orbitairs et le préopercule den- telés. Pomacanthes. Corps plus élevé ou arrondi ; les épines de la dorsale augmentant rapidement de longueur ; le sous-orbitaire et le préopercule sans dentelures. Dents de la rangée extérieure tranchantes, divisées en trois lobes ou dentelures ; les autres sétiformes. Platax. Corps , dorsale et anale très-élevés ; une épine et cinq rayons aux ventrales. Dents en velours ras aux mâchoires. Psettus. Corps très-éleve ; les ventrales presque rédui*e3 à une Ires-courte épine. Des dents au palais. Dents tranchantes aux deux mâchoires. Piméleptlp.es. Dorsale unique ; les dents implantées sur les mâchoires au moyen d'un talon prolongé horizonta- lement en arrière. DlPTÉRODONS. Dorsale double; les dents sans talon. Dents en cardes aux deux mâchoires. Castagnoles. Dorsale et anale longues, et étendues sur la plus grande portion du dos ou du ventre. Dents en velours. Pemphérides. Dorsale courte et à épines faibles , avancée sur le dos ; anale longue et étendue le long de la partie inférieure du poisson. Aechers. Dorsale courte, reculée en arrière, à épines trèft- fortes; anale courte sous la dorsale. (T. VII, p. 354) POISSONS OSSEUX. ACAyTHOPTÈR YGIENS. A PHARYNGIENS LABYRINTHIFORMES, ou munis d'un organe ou appareil divisé en feuillets plus ou moins compliqués, et situé sous le crâne, au-dessus des branchies. Point de dents au palais. Ventrales à rayons non prolongés en longs filets. Anabas. Bord de l'opercule, du sous-opercule, de l'interoper- cule , du sous-orbitaire dentelés ; celui du préopercule sans dentelures. Hélostomes. Bouche petite, protractile; dents attachées sur les lèvres, et mobiles comme elles; l'opercule seul sans dentelures. Polyacanïhes. Dents implantées sur les mâchoires; opercules non dentelés. Un ou plusieurs rayons des ventrales prolongés en longs filets. Colisa. Sous-orbitaire dentelé; préopercule et opercule sans dentelures ; ventrales réduites à un seul filet très-long. Macropodes. Rayons de la dorsale, de l'anale et des lobes de la caudale prolongés en longs filets ; ventrales à cinq rayons alongés. Osphromènes. Dentelures à peine visibles au sous-orbitaire et à l'angle du préopercule ; dorsale longue. Trichopûdes. Dentelures sensibles au sous-orbitaire et au bord du préopercule ; dorsale courte. Des dents au palais. Spirobranches. Pièces de l'opercule sans dentelure*. HISTOIRE DES POISSONS. LIVRE SEPTIÈME. DES SQUAMMIPENNES. IMous réunissons clans cette famille l'ancien genre des chétodons de Linnseus, caractérisé par des dents en forme de soies ou de brosses^ et quelques petits genres qui diffèrent de celui- là par la dentition, mais qui ont en commun avec lui un corps comprimé et les nageoires dorsale et anale tellement couvertes d'écaillés, au moins dans leur partie molle, que l'on voit à peine leur séparation d'avec le tronc. Cette disposition est très- frappante, et fait recon- naître ces poissons au premier coup d'œil. Quelques sciéuoïdes, telles que les nébris, les lépiptères et particulièrement les èques , ont les nageoires écailleuses, presque de la même manière: mais leurs dents ne sont jamais en soies flexibles , et la plupart se distinguent par une tête caverneuse et un museau renflé, 7- i 2 LIVRE SEPTIÈME. qui ne permettent pas de les confondre avec les poissons auxquels nous réservons le nom de squammipennes. D'autres sciénoïdes, telles que les hémulons , offrent encore quelque chose d'approchant; mais il s'en faut que leurs nageoires aient la même épaisseur et soient avec le corps dans la même continuité. L'ancien genre des chétodons, ou les squam- mipennes à dents en brosse, maintenant très- subdivisé, forme la première tribu de cette famille et de beaucoup la plus nombreuse ; une seconde tribu est composée de deux genres à dents tranchantes, les piméleptères et les diptérodons de Lacépède; et nous réu- nissons dans la troisième des genres qui ont des dents en velours ou en carde, non-seule- ment aux mâchoires, mais au palais. Ils s'éloi- gnent déjà assez des autres, et diffèrent même assez entre eux; car il n'est pas possible que les rapports des genres soient toujours du même degré : il suffit pour un arrangement naturel qu'il n'y ait pas de genres plus voisins a pla- cer entre ceux que Ion rapproche. A l'article de chaque tribu , nous entrerons dans plus de détails sur ses caractères et sur ceux des genres qui la composent. 1 lr Yojez le tableau ci-joint. SQUAMMIPENNES. PREMIERE TRIBU. DES SQUAMMIPENNES A DENTS EN BROSSE. (CHjETODON , Linn.) Les mers de la zone torride n'ont rien à envier aux terres dont elles arrosent les côtes pour la vivacité et l'agréable disposition des couleurs de leurs productions. Si les contrées chaudes de l'Afrique et de l'Amérique ont leurs souï-mangas, leurs colibris, leurs cotingas et leurs tangaras, l'Océan indien et celui des Antilles possèdent des milliers de poissons encore plus éclataus, dont les écailles reflètent les teintes des métaux et des pierres pré- cieuses, relevées par des taches et des bandes plus sombres, et distribuées avec une symétrie et une variété également admirables. Les ché- todons surtout forment une famille presque innombrable , et que la nature semble s'être jouée à revêtir des ornemens les plus propres à plaire à la vue; le rose, le pourpre, l'azur, le noir velouté, sont répartis à la surface de leurs corps en raies, en écharpes, en anneaux, en taches ocellées, sur des fonds dorés et ar- gentés, ou nuancés, comme le plus beau nacre, de toutes les couleurs de l'iris; et l'œil de l'homme jouit d'autant plus de toutes ces beautés, que ces poissons, peu volumineux, 4 LIVRE SFPTIÈME. habitues à se tenir près de la côte et entre les rochers où il y a peu d'eau, s'y agitent sans cesse à la lumière du soleil, comme pour lui faire éclairer d'un jour plus vif tous les orne- mens qu'ils ont reçus de la nature. Ce genre a été créé par Artedi, qui en con- naissait seulement six espèces véritables, mais qui y avait réuni, contre le caractère qu'il lui assignait, des acanthures et des glyphisodons. Ses successeurs ont porté encore plus loin cet abus, et les genres que nous avons formés ou adoptés sous les noms d'amphacanthes , de pomacentres , de dascjlles , de premnades, ont été en tout ou en partie placés au nombre des chétodons par Linnaeus, Bloch , Gmelin, Shaw et les autres naturalistes de leur temps. Bloch dans son Systema , et M. de Lacé- pède dans sa grande Histoire des poissons, ont commencé à débarrasser ce genre de ces richesses incommodes , et nous avons terminé leur ouvrage en composant cette première tribu , dans laquelle nous avons cherché à renfermer les vrais chétodons à eux seuls , mais en les subdivisant en plusieurs genres. Cette tribu ne comprend plus que des espèces caractérisées par des dents grêles, flexibles, serrées comme les soies d'une brosse, et par des nageoires dorsales et anales enveloppées SQUAMMÏPENNES. 5 presque jusqu'aux bords par des écailles sem- blables à celles du corps. Leur forme est généralement comprimée et plutôt courte qu'alongée , souvent même plus haute que longue. Le nom de chétodon exprime la nature singulière de leurs dents, et signifie dents en forme de soies (de %«m?, soie, et d'ôjgs-, dent). Ces poissons n'en ont qu'aux mâchoires, et leur palais ni leur langue n'en portent aucune. Leur bouche est très- petite; leurs ouïes mé- diocrement fendues ; leur membrane bran- chiostège soutenue par six rayons seulement. Plusieurs chétodons ont des particularités remarquables dans leur ostéologie : des renfle- mens à la crête du crâne et à quelques-uns de leurs interépineux, ou même aux apophyses de leurs vertèbres, qui ont fait remarquer et recueillir ces os avant que Ion connût bien les espèces dont ils provenaient. Définis comme nous venons de le faire , débarrassés des acanthures, des amphacanthes et des autres genres qu'on leur avait associés si mal à propos , ils forment une réunion très- naturelle^» dont il ne serait possible de rien écarter; néanmoins leur grand nombre nous a engagés à les subdiviser, et nous en avons trouvé les moyens dans l'armure de leur préo- 6 LIVRE SEPTIÈME. percule, les inégalités de leur dorsale, et le plus ou moins de développement de leurs ventrales. M. de Lacépède nous a déjà prévenus à l'égard de plusieurs de ces divisions, et nous avons cru devoir conserver ses holacanthes , reconnaissables à la forte épine du bas de leur préopercule , et ses acanthopodes , dont les ventrales se réduisent à un petit aiguillon; mais nous réunissons au premier de ces genres ses pomacanthes , qui n'en différaient que par l'ab- sence de dentelure à leur préopercule, et au second, ses mono dactyles, qui ont seulement le corps moins élevé. Quant à ses chétodons proprement dits, qui n'ont point d'aiguillon au préopercule et dont la dorsale est continue, nous les subdi- visons en chétodons plus particulièrement ainsi nommés, à corps ovale, à dorsale peu élevée, et tenant ses bords à peu près paral- lèles à ceux du dos; en chelmons, semblables aux chétodons pour le corps, mais dont le mu- seau s'alonge en un tube fendu seulement au bout; en heniochus , qui ont à peu près la forme des chétodons, mais dont un des rayons épineux s'élève comme un fouet beaucoup au- dessus des autres; en platax, dont le museau est si court et dont la dorsale s'élève si rapi- SQUAMMIPENNES. 7 dément que, l'anale descendant a peu près de même , leur corps avec ces nageoires a plus d'élévation que de longueur : leurs dents du rang extérieur se divisent en trois pointes. Nous subdivisons aussi ses chétodipteres, où la dorsale est divisée en deux, en épliippus, en drépanes et en scatophages, d'après la forme de leurs pectorales et d'autres caractères. Les Hollandais des Moluques, dans les pa- rages desquelles on voit le plus de ces pois- sons, leur donnent le nom générique de klip- visch (poisson de roche), ou celui de dou- wùig, auquel ils ajoutent, pour distinguer les espèces, des titres de dignités, tels que ducs, marquis, etc. Les Espagnols leur donnent des noms de femmes au diminutif : isabelita, catalineta , etc. Nos colons des Antilles les appellent demoiselles. Le nom de bandoulière , par lequel Bloeh les a désignés en français, est d'un usage beau- coup moins général. Ces poissons , ainsi que l'a remarqué M. Schneider, n'étaient pas inconnus des anciens. Ëlien (1. XI, c. 23) en décrit, sous le nom de citharœdus , deux espèces de la mer Rouge. Nous avons même trouvé ses descriptions assez exactes pour qu'on puisse reconnaître les poissons sur lesquels elles portent; le premier 8 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. de ces citharaedus nous paraît Yholacanthe empereur, et le second , le chœtodon vittatus. Aucun chétodon n'habite nos mers d'Eu- rope } mais il parait qu'il y en a qui s'y égarent quelquefois et qui y arrivent attirés par les substances alimentaires qui sortent de certains navires. C'est ainsi que le chœtodon capistratus a été pris une fois à Nice , selon M. Risso l : M. Naccari cite le chœtodon octofasciatus parmi les poissons de Chioggia 2 ; mais il est contredit en ce point par M. de Martens. 3 Quant au chétodon que M. Couch décrit 4 comme ayant été pris une fois sur les cotes de Cornouailles, sa description ne me met pas en état de le reconnaître ; mais les quatre longues dents que cet auteur lui attribue en avant de la mâchoire inférieure, ne me per- mettent pas de croire qu'il appartienne à ce genre. C'est peut-être une castagnole (spams Maii; Bl.)j poisson que l'on trouve quelque- fois sur cette côte d'Angleterre. 1. Ichtyologie de Nice, 2.' édit., p. 432 2. Giornale difisica, t. XV, p. 335. — 3. Voyage à Venise, t. II, p. 436. — 4. Tram* linn., t. XIV, p. 78 et 79. CHAP. I. CHÉTODONS PROPREMENT DITS. 9 CHAPITRE PREMIER. Des Chétodons proprement dits ( Chœtodo i , nob. ). Nos chétodons proprement dits forment la tribu la plus nombreuse de la famille. On en voit des variétés infinies le long des cotes ro- cheuses des deux hémisphères, et surtout des Indes orientales, car le nombre des espèces américaines est assez petit. Partout ils se meu- vent avec rapidité et comme en se jouant au soleil ; partout ils offrent des couleurs bril- lantes et agréablement combinées. Leur forme est presque toujours la même : un corps com- primé; une circonscription verticale elliptique ou presque orbiculaire; la queue courte et la caudale tronquée ; la tête petite ; la bouche très-petite, peu ou point saillante; presque toujours douze ou treize aiguillons à la dor- sale et trois à l'anale ; les rayons épineux et mous de la dorsale se continuant en une courbe à peu près uniforme ; sa partie molle terminée en angle arrondi, ou au moins fai- blement aiguisé. Leur taille demeure médiocre ou petite; leur chair est généralement de bon goût. \ LIVRE VII. SQUÂMMlPENNES. Ils ont même de la constance clans certaines parties de leur coloration , et Ion voit dans presque tous une bande noire, qui prend de la nuque, descend à l'œil, et de là au milieu de 1 interopercule : nous l'appellerons la bande oculaire. Les bandes, les points et les lignes de diverses directions qu'ils ont sur le corps, à défaut de caractères plus essentiels, seront nos principaux guides dans l'arrangement des espèces. Celles dont les bandes sont verticales paraî- tront les premières. Le Chétodon barré. (Chœtodon striatus, Linn.) Nous en commencerons rénumération par lune de celles qui se pèchent le plus abon- damment aux Antilles, et nous lui donnons cette préférence parce que la simplicité de ses couleurs la rend facile à distinguer parmi les autres. Sefca 1 , Klein 2 , Linnœus 3 , Duhamel 4 et Bloch 5 en ont publié de bonnes figures. 1. Seba, t. III, pi. 2 5, fig. 9. — 2. Miss. IV, pi. 10, fig. 4, et pi. 11, fig. 4. — 3. Mus. Ad. Fred., t. I, pi. 33, fig. 7. — 4. Pèches, sect. 4> pi. i3, fig. 3. C'est la meilleure. — 5. Bloch, pi. 2o5, fig. 1; copiée dans l'Encyclopédie méthodique, planches ichtyologiques, fig. 177. CHAP. I. CHET0DONS PROPREMENT DITS. \ \ Selon Duhamel, ce poisson portait de son temps à la Guadeloupe les noms de zèbre ou d'onagre. Il n'est conuu aujourd'hui dans nos îles que sous celui de demoiselle, qui lui est commun avec les autres espèces du genre -, on l'y nomme aussi quelquefois portugais. Choris nous l'a envoyé sous ce nom. Nous lavons reçu de Saint-Domingue , de la Martinique et de Saint-Thomas. Bloch prétend l'avoir trouvé dans une col- lection du Japon , et y rapporte Yikan-batoe- moelia de Valentyn (n.° i63) ; mais d'une part on sait trop combien Bloch a été trompé sur l'origine des poissons qu'il achetait des marchands hollandais; de l'autre, cette figure de Valentyn n'est point assez exactement des- sinée, et les couleurs indiquées dans le texte sont trop différentes 1 , pour que l'on puisse admettre sans autre preuve l'existence de ce poisson dans les deux océans. Son corps représente un disque presque rond, deux fois échancré en arrière pour la distinction des trois nageoires verticales, et un peu pointu en avant pour la proéminence du museau. Sa hauteur est une fois et demie dans sa longueur totale ; son épaisseur quatre fois et demie dans sa hauteur. Sa tète a le 1. U le dit jert de mer et les bandes pourpres. 4 2 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. quart de la longueur toiale, et est aussi haute que longue. La courbe convexe du dos devient, au-dessus de l'œil, légèrement concave jusqu'au museau, dont la proéminence répond au milieu de la hauteur de la tête, mais est un peu au-dessous du milieu de celle du corps. La courbe de la gorge et du ventre est moins convexe que celle du dos. La dorsale et l'anale ont leur partie molle terminée en angle obtus» et la caudale est tronquée carrément. La fente de la bouche est à peine du cinquième de la longueur de la tète. Sa protractilité est médiocre ; la partie visi- ble du maxillaire petite, oblongue; le sous-orbitaire oblong,un peu pointu en avant, caché sous la peau. Les dents, comme dans tout le genre, représentent les soies d'une brosse; celles d'en bas sont les plus longues. L'œil est au-dessus du milieu de la hauteur de la tête; mais à peu près au milieu de sa longueur, dont son diamètre fait le tiers. Les orifices de la na- rine sont très-près l'un de l'autre et du bord anté- rieur de l'œil, et fort visibles. L'antérieur a un léger rebord; le postérieur est un peu plus rond et un peu plus large. Les deux bords du préopercule sont rec- tilignes et à peu près à angle droit; mais son angle est arrondi ; il n'a ni épine ni dentelure. L'opercule, du double plus haut que large, a à son bord posté- rieur, vers le tiers inférieur, un angle un peu obtus. La fente de l'ouïe n'est ouverte que jusque sous l'œil où la membrane s'unit à l'isthme; les deux inter- opercules sont serrés contre l'isthme et l'un contre l'autre, de manière que l'appareil operculaire n'a pas beaucoup de jeu. Il y a six rayons branchiaux ; mais le CHAP. I. CHÉTODONS PROPREMENT DITS. \ 5 premier est caché dans l'endroit où la membrane s'unit à l'isthme, en sorte qu'on ne le trouve qu'en la disséquant. L'épaule n'a point d'armure. La pec- torale n'a pas non plus d'écaillé particulière sur son aisselle; elle est demi-ovale ; sa longueur est com- prise quatre fois et demie dans la longueur totale , et l'on y compte quinze rayons , dont le premier est moitié moindre que ceux qui le suivent, et dont les derniers sont fort petits. L'attache des ventrales est exactement sous celle des pectorales. Leur lon- gueur est la même. Au-dessus est une pièce éeail- leuse et pointue, des deux tiers plus courte. Leur épine n'a qu'un quart de moins en longueur que leurs premiers rayons mous. La dorsale a douze ai- guillons et vingt ou vingt -un rayons mous. Les quatre premières épines ne sont point garnies d'écaillés; mais les suivantes en sont de plus en plus garnies, et l'on n'en voit plus sortir que la pointe des dernières; la partie molle est entièrement écailleuse à un petit bord près : ce sont les troi- sième, quatrième et cinquième aiguillons qui sont les plus forts, et ils le sont considérablement, sur- tout le cinquième. L'anale commence à l'aplomb du cinquième rayon de la dorsale; elle a trois aiguillons, dont le deuxième est très-fort, et seize ou dix-sept rayons mous; le troisième aiguillon est seul un peu compris dans le/ écailles; mais toute la partie molle est écailleuse. La portion de queue derrière les deux nageoires n'a guère plus du dixième de la longueur totale, soit en longueur, soit en hauteur. La caudale en a le septième; elle s'arrondit un peu quand on \ 4 LIVRE VII. SQUAMMIPËNNES. étale ses rayons , qui sont , comme dans presque tous les acanlhoptérygiens , au nombre de dix-sept. Sa base est sensiblement écailleuse j mais les écailles diminuent tellement sur le reste de sa longueur, qu'elles y disparaissent à l'œil. B. 6; D. 12/20; A. 3/16; C. 17; P. 15; V. 1/5. Les écailles du corps sont presque arrondies , un peu plus hautes que larges, très -finement ciliées dans leur partie visible et striées sur leur limbe, et ont un éventail de quinze rayons et autant de crénelures peu saillantes à leur bord radical : on en compte environ trente -six sur une ligne depuis l'ouïe jusqu'à l'endroit où elles deviennent très-pe- tites sur la caudale, et dix-neuf ou vingt sur une ligne verticale ; mais leurs rangées supérieures sui- vent en avant la courbe du dos, et les inférieures celle du ventre, en sorte qu'en arrière il s'en inter- cale entre elles. Toute la tête est écailleuse, même le museau, le sous-opercule et les' mâchoires. Les lèvres, petites et minces, sont seules exceptées. La ligne latérale, au quart supérieur de la hauteur, dé- crit une courbe à peu près parallèle à celle de la dor- sale, et se marque par une légère élevure longitu- dinale sur chaque écaille. Le fond de la couleur est un blanc légèrement irisé. Des lignes grisâtres suivent le milieu de chaque rangée d'écaillés, en sorte que celles de la moitié supérieure vont en montant en arrière; celles de l'in- férieure marchent à peu près longitudinalement. Cinq bandes noires diversifient ce fond: la première est la CHAP. I. CHÉTODONS PROPREMENT DITS. \ 5 bande oculaire ordinaire; elle part d'au-devant du pre- mier rayon dorsal, descend obliquement jusqu'au bord supérieur de l'œil , reprend de son bord infé- rieur et descend verticalement au milieu de celui de l'interopercule; la seconde est plus large, et, par- tant des deuxième, troisième et quatrième aiguillons de la dorsale, passe sous la pectorale et aboutit au ventre vis-à-vis la deuxième moitié des ventrales; la troisième, plus large encore, part des quatre der- niers aiguillons de la dorsale , et arrive au milieu de l'anale. De son extrémité supérieure part la quatrième, qui couvre la base de la partie molle de la dorsale, presque toute la queue et la base de la partie molle de l'anale, pour s'unir de nouveau a la troisième par son extrémité inférieure. La dorsale et l'anale ont en outre une large bordure noire et un liséré jaunâtre. Sur la caudale il y a d'abord une bande du blanc du fond , puis une bande noire , puis une ligne étroite blanche ou jaunâtre, et enfin un petit liséré gris. L'espèce ne paraît pas devenir très-grande ; nos in- dividus les plus forts n'ont que cinq pouces de lon- gueur. La cavité abdominale des chétodons n'a d'éten- due qu'en hauteur. Il en résulte que chaque viscère en particulier n'a pas un gros volume, et que l'intes- tin n'a de longueur que par les nombreuses circon- volutions qu'il fait avant de s'ouvrir à l'anus. Le foie du chcelodon striatus se compose de deux lobes inégaux, triangulaires et pointus, placés de chaque côté de l'œsophage. Le lobe droit est le plus petit. 4 6 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. La vésicule du fiel est assez grande, à proportion du volume du foie; elle est cachée par lé duodénum. Le canal cholédoque est gros, court, et débouche à la crosse antérieure du duodénum en arrière des appendices cœcales. Sa tunique est épaisse et de couleur de blanc d'argent mat. L'œsophage est court, étroit, et descend oblique- ment dans l'abdomen. L'estomac est ovoïde, comprimé de droite à gau- che; ses parois sont minces et sillonnées par de nombreuses et grosses rides irrégulières. Le pylore s'ouvre sur la face dorsale de l'estomac, au-dessus du cardia. Il a huit appendices cœcales, dont sept, longues et grêles , sont appliquées sur la face in- férieure de l'estomac; la huitième est petite, courte, et se contourne sur la face gauche de l'estomac , de manière à ce que sa pointe se dirige vers le dos du poisson. Le duodénum s'appuie sur les deux tiers de la face supérieure de l'estomac, qu'il entoure. Son diamètre est plus que le double de celui du reste de l'intestin, qui, après s'être roulé en spirale plus de huit fois dans l'hypocondre gauche, se dilate de nouveau peu avant de déboucher à l'anus. La rate est petite , globuleuse , noirâtre , et située entre le duodénum et l'estomac. Les ovaires de la femelle que nous avons dissé- quée, sont rejetés vers l'arrière de l'abdomen; ils ne forment presque qu'un seul sac , faiblement fourchu vers le diaphragme. La vessie aérienne est grande, alongée; elle donne en avant deux petites cornes courtes et obtuses. Sa CHAP. I. CHÉTODONS PROPREMENT DITS. \ 7 Umique externe est épaisse, solide, fibreuse, et d'une couleur argentée matte. La tunique propre est mince et brille d'un bel éclat d'argent poli. Le péritoine est noirâtre. Dans le squelette 1 , tout le crâne jusqu'à l'occiput est solide, convexe, lisse: on ne voit de crêtes qu'à l'occiput. La mitoyenne est en triangle vertical, plus haut que long. Son sommet s'unit immédiatement à une petite pièce osseuse, qui sert de tête commune aux deux premiers interépineux , lesquels sont grêles et ne portent pas d'épines. Ceux des sept ou huit premières épines dorsales ont au contraire des lames longitudinales et transversales larges , quoique minces. Il en est de même du premier de la queue, qui porte les trois épines anales ; les autres sont grêles. Il y a dix vertèbres abdominales et quatorze caudales. Les côtes embrassent une grande partie de l'abdomen , et sont augmentées en arrière d une lame mince qui en suit toute la longueur. Le Chétodon a huit bandes. {Chœtodon octofasciatus , Bl., Gmel. et Lacép.J Le chétodon à huit bandes , représenté par Seba (t. III, pi. 2b, fîg. 12), par Klein (Miss. IF, pi. 9, lig. 3) et par Bloch (pi. 21 5. % 0, . 1. M. Rosenthal (Planch. ichtyotom., 3. e cah., pi. i5, fîg. 2) donne un squelette sous le nom de chœtodon striaius , mais qui n'est point de cette espèce. C'est celui d'un ephippus , probable- ment du fasciatus. 1 8 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. a la dorsale et l'anale arrondies, et le museau mé- diocre. Huit bandes brunes traversent verticalement le blanc de son corps. La première , ou la bande oculaire, est quelquefois divisée en deux; la seconde passe par le bord postérieur de l'opercule; la troi- sième répond à la fin des ventrales , la quatrième à la naissance de l'anale : ces deux sont un peu rap- prochées; la cinquième et la sixième, aussi un peu rapprochées, aboutissent au milieu de l'anale; la septième traverse l'extrémité de la dorsale, de l'anale et la base de la queue; la huitième enfin est sur la caudale. . D. 11/22; A. S/17; C. 17; P. 15; V. 1/5. Le Cabinet du Roi possède un petit indi- vidu de cette espèce, mais sans note sur son origine. Bloch assure que l'espèce vient des Indes orientales , mais sans nous apprendre comment il le sait, car les auteurs qu'il cite n'en disent rien; il parait n'en avoir eu qu'un individu desséché , dont il a mal compté les rayons mous. l Linnaeus avait rapporté la figure de Seba à son perça nobilis , poisson de l'Amérique septentrionale , qui , d'après les nombres de ses rayons, ne peut guère être un chétodon. s 1. Il les donne comme il suit, chiffrés à notre manière : D. 11/17; A. 3/14; C. 12; P. 16; V. 1/5; mais sa figure ne laisse pas de doute sur l'espèce. 2. Voici ces nombres rendus à notre manière : D. 12/13; A. 3/7; C. 17; P. 15; V. 1/5. CHAP. I. CHÉTODONS PROPREMENT DITS. 49 Aussi Gmelin l'a-t-il laissé dans les perches, en supprimant la citation, et a-t-il placé dans les chétodons le poisson de Seba et de Bloch. Ce perça nobilis est devenu le lutjan ma- gnifique de M. de Lacépède (t. IV, p. 222). Après ces espèces distinguées par des bandes verticales, nous en placerons où les bandes (l'oculaire exceptée) sont obliques ou longi- tudinales. Le Chétodon de Meyer. (Chœtodon Mejeri, Bl. 1 ) La première est celle que M. de Lacépède, la croyant nouvelle , a nommée holacanthe jaune-et-noir*, en quoi il a commis plus d'une erreur; car ce n'est point un holacanthe, mais un chétodon proprement dit, dont le préoper- cule n'a aucune armure : il n'est pas jaune et noir, mais blanc ou gris et noir; et loin que 1 espèce n'ait pas été décrite, elle l'a été plu- sieurs fois. Renard l'a représentée (i. re partie. pi. 26, fig. i35) sous le nom de douwing-mar- 1. Syst. posth., p. 220, n.° 27. 2. Holacanthe jaune-ei-noir , Lacépède, t. IV, p. 529 et 538- pi. iî>, fig. a. 20 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. tjuisy et même cette figure est meilleure que beaucoup de celles de sou livre. Gmeliu a eu grand tort de la rapporter au chœtodon an- nularis , qui est un holacanthe. Elle paraît aussi dans Valentyn (n.° 347 )? mais altérée , et s'y nomme ikan-batoe-jang- aboe-aboe-betina , ce qui, dit-il, signifie fe- melle du poisson de roche gris. On la revoit beaucoup mieux (n.° 4 2 ^) sous 1° nom de pampas de Camboje. Bloch a introduit cette espèce dans son Système posthume, et l'y appelle chœtodon Meyeri, d'après un médecin de Leyde, dans le cabinet duquel il l'avait vue : il y rapporte avec raison la figure de Renard. C'est un très-beau poisson , bien remarquable par la direction des nombreuses raies qui le diversi- fient. Il y a d'abord une bande noire à la lèvre infé- rieure; puis un anneau noir qui entoure le museau derrière les lèvres. La bande oculaire est noire, lisé- rée en avant et en arrière de blanc; de sa partie su- périeure part une petite bande noire, qui va rejoin- dre les deux premiers aiguillons de la dorsale. Une autre bande noire, qui traverse sur la jonction de l'opercule avec le préopercule, se courbe en haut et en bas; sa partie supérieure se continue tout le long du bord de la dorsale, dont elle n'est séparée que par un léger liséré jaune; sa partie inférieure passe sur la base de la ventrale, et suit la base de l'anale CHAP. I. CHÉTODONS PROPREMENT DITS. 21 jusqu'au bout, ayant à son bord supérieur et à l'in- férieur une ligne blanche , suivie en dessous , à l'anale , d'une ligne noire, puis d'une autre blanche, puis dune brune lisérée de noir, enfin, du liséré de la nageoire elle-même , qui est jaune. Derrière cette grande bande elliptique , mais sur l'opercule seule- ment, il y a une ligne blanche. Une autre grande bande noire part du bord même de l'opercule, et se dirige en dessus vers le milieu de la partie épineuse de la dorsale, où elle se recourbe sur elle-même, et redescend à la base de la pectorale, traverse cette base, et se dirige parallèlement à la partie inférieure de la précédente, et en suivant la base de l'anale jus- que sur la queue, qu'elle traverse obliquement. Entre les deux dernières branches sont encore deux ban- des, partant de la région derrière l'aisselle de la pec- torale, et montant obliquement en arrière pour se recourber en avant et se terminer l'une à la fin de la partie épineuse, l'autre sur le milieu de la partie molle de la dorsale. Ajoutez deux lignes brunes ou noires; l'une au tiers postérieur, l'autre tout près du bord de la caudale, et deux lisérés blanchâtres à cette dernière, et vous aurez une idée de la singu- lière distribution des bandes et des traits qui distin- guent ce poisson. Dans la liqueur le fond de sa couleur parait jaune; mais, d'après la figure origi- nale de Vlaming, ce doit être dans le frais un blanc bleuâtre. Ses nombres de rayons sont : D. 12/2-2; A. 3/19; C. 17; P. 16; V. 1/5. Sa dorsale et son anale sont arrondies en arrière, 22 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. et son museau est peu saillant. Sa hauteur est une fois et deux tiers dans sa longueur. L'individu que nous avons décrit est long de cinq pouces. Il vient des Moluques. Cest le même que M. de Lacépède a fait représenter. La figure qu'il en a donnée est assez exacte, à la bouche près, qui est un peu déformée : elle ne montre pas plus que l'original de trace de piquant à l'opercule; en sorte que nous ne comprenons pas comment M. de Lacépède a pu faire de ce poisson un holacanthe. Valentyn assure que c'est un mets déli- cieux. Le Chétodon très-orné. {Chœtodon ornatissimus , Soland.) La seule espèce qui se rapproche un peu de la précédente par la distribution de ses rubans, a été rapportée récemment d'Otaïti par MM. Lesson et Garnot; mais elle y avait déjà été décrite, et fort exactement, par So- lander, qui l'avait nommée chœtodon ornatis- simus. Sa beauté est aussi très-grande. La lèvre inférieure, l'anneau autour delà bouche, la bande oculaire, y sont comme dans le chœtodon Meyeri, et avec des lisérés citrons. Une bande noire, lisérée aussi de jaune en arrière, monte parallèlement à l'oculaire, CHAP. I. CHÉTODONS PROPREMENT DITS. 23 sur le préopercule et derrière l'œil, jusqu'à la ligne du dos, où elle suit les bases des épines et ensuite tout le bord de la partie molle, qui a encore une ligne jaune et un petit liséré noir. La jonction du préopercule et de l'opercule est aussi marquée par une ligne noire, et l'on en voit une petite sur le bord même de l'opercule, dont le disque est citron. Dans la partie antérieure du dos il y a, derrière la ligne qui va border la dorsale, une large teinte ci- tron; ensuite le disque du poisson est dessiné de sept bandes qui paraissent orangées et lisérées de violet, et courent obliquement sur un fond blanchâtre. Les quatre premières vont en montant se perdre sur la dorsale; la cinquième arrive a son bord postérieur; la sixième coupe obliquement la queue, et est inter- rompue sous la pectorale; la septième marche paral- lèlement à la ligne du ventre, et suit la base de l'anale. Il y a en outre le long du bord de l'anale une bande noire, suivie d'une ligne jaune et d'un petit liséré noir comme à la dorsale. La caudale a sur son milieu une bande noire, et vers son bord une brune, pré- cédée d'un liséré jaune et suivie d'un liséré blanc. Les pectorales et les ventrales sont de la couleur du fond, qui paraît un blanc jaunâtre, mais qui dans le frais est un blanc bleuâtre. Entre la pectorale et la gorge il y a trois lignes parallèles orangées. La hau- teur de ce poisson est une fois et demie dans sa lon- gueur. Sa dorsale et son anale se terminent en angle obtus et un peu arrondi. Ses épines sont fortes, mais sortent peu d'entre les écailles. D. 12/28; A. 3/21; C. 17, etc. 24 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. Il est long de six pouces. Solander a entendu nommer ce poisson parahah à Otaïti ; mais c'est un nom généri- que. Selon MM. Lesson et Garnot son nom propre y est param-outou. Le Chétodon de Frehmle, (Chœtodon Frehmliï, Bennet.) M. Valenciennes a dessiné dans le Cabinet de la société zoologique de Londres un beau chétodon des îles Sandwich, que M. Ed. Ben- net a nommé chœtodon Frekmlu, et qui, par les lignes longitudinales qui le décorent, doit se placer auprès des précédens. Son museau est assez saillant ; sa dorsale et son anale sont arrondies en arrière. Le fond de sa cou- leur est jaune, et il a sept lignes longitudinales bleues, un peu obliques, dont la première se rattache à la troisième , derrière le bout de la seconde. Sur la nuque, en avant de la dorsale, est une tache noire; et une large bande verticale noire occupe l'arrière de la dorsale et la base de la queue. La caudale a deux lignes verticales noires, et le bord blanc. Nous n'avons pas ses nombres de rayons. L'individu est long de cinq pouces. CHAP. I. CHÉTODONS PROPREMENT DITS. 25 Le Chétodon rubanné. (Chœtodon strigatus , Langsd.) M. Langsdorf a rapporté du Japon un ché- todon qu'il nomme strigatus, et doni les préopercules sont sensiblement, mais fine- ment dentelés tout autour. Son museau est d'ailleurs avancé comme dans le striatus; mais ses nageoires verticales sont moins hautes proportionnellement. Sa troisième épine dorsale dépasse la première et la deuxième , et les autres lui demeurent à peu près égales. Sa deuxième épine anale est très-forte , beau- coup plus que la première et la troisième, qui sont aussi, la première de moitié, la troisième d'un quart plus courtes. D. 11/17; A. 3/14; C. 17; P. 16; V. 1/5. Il a de larges bandes noirâtres, disposées en lon- gueur, comme le striatus en a de verticales. La pre- mière règne le long du bord de la portion épineuse de la dorsale; la deuxième, sur le -dos, le long de la base de cette portion, et s'étend sur le milieu de la portion molle; la troisième part du dos devant la dorsale, et se termine sur la fin de la portion molle, et en partie sur le tranchant supérieur de la queue; la quatrième, de la nuque, et aboutit au milieu de la base de la caudale, en coupant deux fois la ligne latérale; la cinquième, du front, et se termine sur la fin de l'anale; la sixième, qui est moins marquée, part de l'aisselle, et se perd vers la base de la partie 26 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. inoîle de l'anale, ou descend même un peu sur ses premiers rayons. Le fond de la couleur paraît avoir été blanchâtre ou jaunâtre. L'individu est long de huit pouces, et haut de quatre. Il y a aussi de ces chétodons qui ont les flancs semés de points ou de taches brunes sur un fond clair. Tel est Le Chétodon miliaire, (Chcetodon miliaris, Q. et G.) que MM. Quoy et Gaimard ont rapporté des îles Sandwich, et dont ils ont publié une bonne figure. 1 Son museau est un peu pointu. Sa dorsale et son anale se terminent en angle très-obtus. Son corps est blanc jaunâtre, marqué d'à peu près autant de points ou de petites taches brunes que d'écaillés , disposées comme en séries verticales, alternativement plus gros- ses et plus petites. Sa tête, sa poitrine et ses nageoires n'en ont pas. Il a d'ailleurs, comme la plupart des au- tres, la bande oculaire noire, et le dessus et le dessous de sa queue ont aussi un peu de cette couleur. D. 12/22; A. 3/19; C. 17; P. 14; V. 1/5. L'individu n'est pas long de plus de trois pouces. 1. Zoologie du Vojage de Freycinet, pi. 62, fig. 5 , et Diction- naire classique d'histoire naturelle. CHÀP. I. CHÉTODONS PROPREMENT DITS. %7 La bibliothèque de Banks possède une figure faite aux îles Sandwich par Weber, qui représente un individu long de quatre pouces et demi, que nous rapportons à cette espèce ; il ne diffère du nôtre que parce que ses points sont moins nombreux et que sa bande oculaire s'élargit davantage dans le haut : il est intitulé bowe-eparra. MM. Quoy et Gaimard ont entendu appeler l'espèce inanini dans ces mêmes îles. Le Chétodon citronnet. (Chœtodon citrinellus , Brouss. ; Douwing- pr incesse, Ren.) Les mêmes naturalistes ont rapporté de l'île Guam un chétodon assez semblable au pré- cédent, mais où les taches du dos sont disposées sur un fond jaunâtre, en lignes qui suivent les écailles et parais- sent bleuâtres. Le long de la base de la dorsale, qui est une partie roussâtre, a des points bruns. La bande oculaire est plus oblique qu'au précédent, et lisérée de blanc à ses deux bords. Son anale a une bordure noire et un liséré jaune au bord intérieur du noir. On ne voit de noir ni sur sa dorsale ni sur sa queue. Ses ventrales et ses pectorales sont jaunes. D. 14/21; A. 3/16 5 C. 17; P. 15; V. 1/5: Notre individu n'a que deux pouces de longueur. 28 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. C'est manifestement un jeune de l'espèce que Renard représente (i. re part., pi. 8, fig. 5g) sous le nom de douwing-princesse. Il existe dans la bibliothèque de Banks un dessin de Parkinson , fait à Otaïti , qui en représente un plus grand que le nôtre, mais de même forme et colorie de même. Il n'y a pas à douter qu'il ne soit de cette espèce : il est intitulé chœtodon punctatus. Une des- cription correspondante de Solander nous dit que dans le frais les points du corps sont violets, qu'il y en a de verdâtres sur la dor- sale, laquelle est lisérée de blanchâtre. Nous avons aussi reconnu l'espèce dans un individu de la collection de Broussonnet, qui est éti- queté citrinellus, nom porté dans le catalogue de Gmelin, et que par cette raison nous avons dû conserver. Enfin, nous en avons vu tout récemment de belles figures dans les recueils de MM. de Mertens et de Retlitz, naturalistes de la dernière expédition russe. A Otaïti l'es- pèce se nomme paruliah et hereaota-parha. Le Chétodon a points et lignes. {Chœtodon punctato-fasciatus , nob.) Un troisième de ces chétodons mouchetés a sa bande oculaire pâle dans le milieu, et presque CHAP. I. CHÉTODONS PROPREMENT DITS. 29 réduite à une ligne brune sur chaque bord. Ses taches paraissent rousses , et il a en outre six bandes verticales pâles et peu marquées, descendant jusque vers le milieu du flanc, où elles s'eiFacent. Sa dorsale et son anale ont chacune une ligne brune ou noire parallèle au bord, lisérée d'une ligne blanche. Sur le milieu de sa caudale est une bande noire, qui représente un croissant, parce qu'elle est plus large dans le milieu. Sa dorsale et son anale sont arron- dies en arrière. La seconde épine de son anale est longue et forte. D. 13/22; A. 3/16; C. 17; P. 14; V. 1/5. Ce chétodon est depuis long-temps au Ca- binet du Roi sans note sur son origine. Mais nous en avons vu une figure parfaitement ressemblante parmi les dessins de l'expédition russe. Un grand nombre de chétodons manquent de ces bandes ou de ces points multipliés, et joignent seulement à la bande octilaire une ou deux bandes interrompues sur l'arrière du corps, et quelquefois une ou deux taches ou ocelles plus ou moins distinctement lisérés. Il y en a même qui sont absolument ré- duits à la bande oculaire. Tel est 50 LIVRE VII. SQUÀMMIPENNES. Le Chétodon verdatre; {Chcetodon virescens, nob.) espèce rapportée de Timor par Peron, et que M. Desjardins vient de nous envoyer de l'Isle- de-France. Son corps et ses nageoires paraissent d'un vert prononcé sur la tête, olivâtre sur le dos et les flancs, plus pâle cependant sur un espace assez large en avant et en arrière de la bande oculaire, et sur un autre au milieu du corps. Cette bande seule et le front y sont noirs ou d'un brun foncé. Ses ventrales sont un peu teintes de noirâtre. Il a le museau peu saillant. Sa dorsale et son anale sont arrondies. D. 13/25; A. 3/20, etc. Les individus n'ont que trois pouces. Le coitade de Renard (t. I, pi. 5, fig. 5g) pourrait bien être voisin de cette espèce ; mais ses couleurs sont variées de verdâtre , de jaunâtre et de rougeâtre dans des direc- tions longitudinales. Le Chétodon de Klein. {Chcetodon Kleinii, Bl., pi. 218, fig. 2.) Le chcetodon Kleùiii de Bloch parait res- sembler à celui que nous venons de décrire par sa forme et par sa couleur; mais l'auteur lui donne des nombres de ravons assez diffé- CHAP. I. CHÉTODOjVS PROPREMENT DITS. 51 rens , et qui seraient même uniques dans ce sous -genre. D. 17/19; A. 3/20. Il le croit le même que celui qu'a repré- senté Klein (Miss. If^, pi. 10, fig. 2), et en effet ce nombre de dix-sept rayons s'observe dans cette figure ainsi que la forme et la cou- leur égales, saufla bande oculaire. Am surplus, rien ne nous assure que cette couleur uniforme soit bien celle de l'état frais. Klein et Bloch disent l'espèce des Indes. On en a des individus de quatre et cinq pouces. Les nombreuses espèces qui ont outre la bande oculaire quelque partie noire en arrière, mais sans ocelles et sans filet à la dorsale, nous paraissent pouvoir être réparties d'après la di- rection des stries ou lignes de reflets qui se montrent sur les côtés de leur corps. Il y en a par exemple où ces lignes , entou- rant les bords des écailles, se croisent de ma- nière à faire paraître les flancs maillés- ÙZ LIVRE VII. SQUAMMIPENNES, Le Chétodon maillé. {Chœtodon retlculatus, nob.; Chcetodon superbu$> Brouss.) Cest ainsi qu'Otaïti a procuré à MM. Les- son et Garnot un beau chétodon remarquable par ses flancs maillés ou réticulés en séries lon- gitudinales. Le petit bord des lèvres est jaune, le museau noir, séparé seulement par une ligne jaune citron de la bande oculaire, qui est très-large et qui a en arrière un autre liséré citron. Entre les yeux ces deux par- ties noires sont aussi séparées par le front, qui est eris. Le noir de la bande oculaire se continue sous la gorge et la poitrine jusqu'aux ventrales, qui sont aussi noires. Les côtés de la poitrine entre les pec- torales et ce noir du dessous sont citron, et cette couleur passe au gris sur l'opercule et en montant jusqu'au dos. Tout le reste du côté est d'un brun violet, avec une tache ronde de couleur citron sur chaque écaille, ce qui le fait paraître comme réticulé. Le violet devient uniforme et plus pâle, ou presque cendré, sur la dorsale; il devient uniforme aussi, mais plus foncé et presque noir , sur l'anale et sur la queue. Le bord de la dorsale est citron , avec un très- petit liséré noirâtre. Sur l'anale le jaune est plus étroit et le bord noir plus large; mais son bord pos- térieur derrière l'angle est tout rouge. La caudale est d'un gris violàtre, et a vers son bord deux lignes CHAP. I. CHÉTODONS PROPREMENT DITS. 55 d'un noir violet, entre lesquelles est une ligne ci- tron. Le dernier liséré est citron. Ce poisson est long de près de six pouces. Sa hau- teur est une fois et demie dans sa longueur. Il a le museau court, et la dorsale et l'anale terminées en angle un peu arrondi. D. 12/27; A 3/22; C. 17, etc. Les Otaïtiens le nomment pararacia. Nous l'avons trouvé dans la collection de Brousson- net; il y porte l'épithète de superbus, que l'on, ne voit pas dans la liste donnée par Gmelin (p. 1 269). Les naturalistes de l'expédition russe commandée par le capitaine Lùtke, Tout pris à Uléa, une des Carolines. Le Chétodon princesse. (Chœtodon pr inceps, nob.) MM. Lesson et Garnot ont rapporté de la Nouvelle -Irlande une autre espèce maillée, dont nous avons trouvé une excellente figure dans le recueil inédit de Vlaming (n.° 211), sous le nom de douwinç-princess : elle est copiée sous celui de dowwing-prince dans Re- nard (i/ e part., pi. 8, fig. 58); mais cette copie est altérée, et l'on y a transformé en taches et en lignes ce qui dans l'original n'est que le reflet des bords des écailles. 7 . 3 54 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. Son museau est saillant, et son chanfrein concave. Sa dorsale est un peu anguleuse. Tout le fond de sa couleur est jaune. Ses écailles sont grandes et rhom- boidales, en sorte que les reflets de leurs bords re- présentent un réseau à larges mailles ou un pavé. La bande oculaire est presque verticale. La partie molle de la dorsale a un ruban noir parallèle à ses bords , et plus large en arrière , placé entre deux lignes blanches. Sur l'anale il n'y a qu'une ligne noire très- étroiie et un bord blanc. La caudale a une bande noire en forme de croissant, suivie d'un ruban blanc, d'une très-fine ligne noire et d'un liséré gris. Ses pectorales et ses ventrales sont blanches ou jaunâtres. D. 13/21 j A. 3/19; C. 17; P. 14; V. 1/5. Notre individu est long de quatre pouces et demi. Gmelin rapporte le douwing-prince de Re- nard au chœtodon vagabundus ; mais c'est une espèce différente. En d'autres de ces chétodons à bandes noires vers l'arrière, les stries sont longitudinales. Le Chétodon trois-bandes. (Chœtodon vittatus , Bl. Schn.j Chœtodon trijasciatus , Mungo-Park.) Tel est le dowwing-baron de Renard (t. I, pi. 20, fig. 109)5 figure fort reconnaissable d'une espèce que- Seba représente aussi fort CHAP. I. CHÉTODONS PROPREMENT DITS. 55 bien (t. III, pi. 29, n.° 18), et dont nous trou- vons un bon dessin parmi ceux de Parkinson que l'on conserve dans la bibliothèque de Banks. Ce dessin a été fait à Otaïti, et il nous est venu des individus de la même espèce de l'île Guam et de File dOualan par les expédi- tions de MM. Freycinet et Duperrey. Les pein- tres de Renard et de Valentyn Tout observée à Amboine, et MM. Quoy et Gaimard, pendant leur séjour à Bourbon, en ont reçu des indi- vidus de Madagascar. Enfin, M. Julien Des- jardins vient de nous en envoyer un dessin fait par lui-même à flsle-de-France. Ainsi elle est répandue dans toutes les parties chaudes de la mer des Indes et de la mer du Sud. C'est une de celles dont le museau est le plus court; il dépasse à peine la courbe générale de l'ovale du corps. Sa hauteur n'est qu'une fois et deux tiers dans sa longueur totale. Sa dorsale et son anale sont arrondies. Le tour de sa bouche, la bande oculaire et une ligne qui lui est parallèle et qui descend dès les premières épines de la dorsale sur l'opercule, sont noirs. La bande oculaire est lisérée de citron; une bande noire, également lise- rée de citron , commence en pointe sur la partie molle de la dorsale, suit sa base, et descend même sur une partie de la base de la queue. Une bande semblable règne sur la base de l'anale, mais se ter- mine à son bord postérieur. Sur le milieu de la eau- 5(> LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. claie est une bande verticale noire. Sur la partie de la dorsale, en dehors de la bande, sont deux lignes étroites brunes, sur un fond de couleur orangée pâle, comme celui de tout le corps, sur lequel des lignes brunâtres suivent les rangées des écailles, qui, dans cette espèce, sont toutes dirigées longitudinalement. D. 13/21; A. 3/20; C. 17; P. 14; V. 1/5. Nous n'avons pas d'individus de plus de quatre pouces. Valentyn, qui en donne (n.° 93) la même ligure que Renard , dit qu'on le nomme en malais ikan-badj oue-besi ou poisson cuirassé , parce qu'on trouve quelque rapport entre la distribution de ses couleurs et celles d'une armure, apparemment telle que la portent les indigènes. Il ajoute que c'est un excellent man- ger. Au n.° 4^0 il le reproduit sous le nom de pampus du Tonquin, et lui attribue la même qualité. La description que Mungo-Park 1 donne de son chœtodon trifasciatus , qui est nommé uittatus dans le Bloch posthume (p. 227, Eu" 40% nous paraît très-bien convenir à ce 1. Trans. linn. soc, t. III, p. 34- 2. Chœtodon longitudinaliier striatus , fasciïs tribus capitis nigris; striis sedecim, fuscis , longitudinalibus ; squamis ciliatis , in irunco magnis, in capife exilibus; fascia nigra , flavo-marginata in pinna dorsali ; altéra ad hasin pinnœ analis ; tertia per médium caudœ i'nsigniius; pinnis flaçis. chap. ï. chétodo^s proprement dits. 57 poisson, et les nombres' de rayons qu'il lui assigne (D. 15/22; A. 3/18, etc.), ne sont pas assez différens pour que nous ne jugions pas que cet auteur a vu la même espèce que nous. Il lavait observée à Sumatra parmi les bancs de corail, et l'y avait vue longue de trois pouces seulement. Ce poisson de Mungo-Park est devenu le chétodon trois -bandes de M. de Lacépède ( t. IV, p. 498 )• Cest l'espèce actuelle qu'iElien nous paraît avoir décrite comme le deuxième citharœdus de la mer Erythrée 1 . « D'autres citharèdes, « dit-il, sont pourpres, et ont des lignes do- « rées disposées par intervalles : leur tête est « entourée de ceintures violettes ; une au- « devant de l'œil, jusqu'aux branchies; une « à l'œil même, jusqu'au milieu de la tête; « la troisième entourant le cou , comme u\\ « collier. * Le Chétodon en deuil. (Chœtodon luctuosus , nob.) Le Cabinet du Roi possède depuis long- temps un chétodon dont je ne puis indiquer les couleurs, parce quii est devenu entièrement noir, i. JLlien, 1. XI, c. 23. 58 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. niais qui a les formes, le museau court et les stries longitudinales du vittalus. Ses nombres de rayons, difterens de tous les autres, prouvent que c'est une espèce à part, quelles que soient ses couleurs dans L'état naturel. D. 14/17; A. 3/16; C. 17; P. 15; V. 1/5. Les individus sont longs de cinq à six pouces. Je l'appelle en attendant chœtodon luctuo- sus. On en ignore l'origine. Je ne le place ici, comme on dit dans les comptes, que pour mémoire. Le Chétodon T-noir. (Chœtodon tau-nigrum, nob.) Un très-petit chétodon, encore découvert dans l'île Guam par MM. Quoy et Gaimard, a le museau court et les stries longitudinales du vil- talus. Sur sa queue, entre la lin de sa dorsale et de son anale, est une ligne noire, à l'arrière de laquelle se joint un triangle de même couleur, en sorte que le tout ressemble à un marteau ou à un T. Sa bande oculaire est étroite. Toutes ses nageoires sont pâlesy. D. 13/21; A. 3/20, etc. C'est au plus s'il est long d'un pouce. En d'autres de ces chétodons les stries sont verticales. CHAP. t. chétodons proprement dits. 59 Le Chétodon demi-masqué. (Chœtodon semilarvatus , Ehrenb.) M. Ehrenberg a rapporté de la mer Rouge une espèce qu'il appelle semilarvatus , et dont il a bien voulu donner un échantillon au Cabinet du Roi. Les Arabes de Lohaia la nomment makahal. Son museau est avancé; sa dorsale et son anale sont arrondies et élevées, en sorte que sa hauteur totale, les nageoires comprises, n'est que d'un cinquième ou d'un sixième moindre que sa longueur. Il est d'un jaune brillant. Son tronc est orné de raies ver- ticales rouges ou orangé vif, au nombre de douze de chaque côté. Une grande tache noire occupe chaque côté de la tête derrière l'œil, et couvre les pièces operculaires et une partie de la joue. La partie molle de sa dorsale et de son anale est orangée , et a une bordure jaune, le long du milieu de laquelle court un filet noir. La caudale est jaune, et a au bout une raie brune, suivie d'un bord blanc. D. 12/26; A. 3/21; C. 17; P. 15; V. 1/5. Ce beau poisson est long de quatre à cinq pouces. Le Chétodon d'Uliétéa. {Chœtodon ulietensis, nob.) Parmi les dessins de Parkinson conservés à la bibliothèque de Banks , nous en trouvons 40 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. un fait dans l'île d'Uliétéa, représentant un chétodon qui nous paraît devoir se placer ici. Son museau est avancé et pointu. Sa dorsale et son anale sont arrondies, et prennent plus d'éléva- tion à sa partie postérieure. Son corps a des stries verticales, et en outre deux larges bandes verticales peu marquées ; l'une répondant au milieu de la par- tie épineuse, l'autre au commencement de la partie molle de sa dorsale. Sa queue est aussi traversée dune bande noire entre la fin de la dorsale et celle de l'anale. Sa bande oculaire monte obliquement vers la nuque, et son front a des lignes transver- sales claires. Je ne puis donner les nombres de ses rayons* La figure le représente long de trois pouces et demi. Le Chétodon linéolé. (Chœtodon lineolatus , Q. et G.) MM. Quoy et Gaimard out décrit et des- siné à risle-de-France un chétodon assez voi- sin de Yulietensis et du semilarvatus , qu'ils ont apporté au Cabinet du Roi, et auquel ils ont donné le nom de linéolé, que nous lui conservons. Son museau est plus saillant , son corps plus oblong, et sa dorsale et sa caudale plus anguleuses qu'aux deux précédens. Il est d'un gris violâtre , traversé verticalement de lignes noirâtres. Une large CHAP. I. CHÉTODONS PROPREMENT DITS. A\ bande oculaire noire, verticale, a au milieu entre les yeux une tache jaune. Une autre large bande noire occupe la base de la dorsale , à compter de la huitième épine, traverse la base de la queue, et finit sur la base postérieure de l'anale. Le reste de la dor- sale et de l'anale est orangé. La caudale est jaunâtre, avec deux lignes verticales brunes. Les pectorales et les ventrales sont blanchâtres. D. 12/27 ; A. 3/22, etc. Les individus sont longs de sept pouces. Le Chétodon faucille. (Chœtodon falcula , Bl., pi. 426, fîg. 2.) Nous croyons encore devoir placer ici le chœtodon jalcula de Bloch , qui a sur le dos deux bandes noires, lisérées en avant deblanc, et descendant jusque vers le milieu du flanc , où elles finissent en pointe. La première, un peu courbée en S, répond au commencement de la dor- sale; la seconde, courbée en croissant, au commen- cement de l'anale. Tout le corps a des stries verti- cales. Sa bande oculaire l'est aussi, etliséréede blanc des deux côtés. Sur la queue est une bande noire, et un ruban de même couleur suit le bord des trois nageoires verticales. Son museau est très -avancé, son profil bien concave; et sa dorsale et son anale sont anguleuses. B. 6; D. 13/24; A. 3/23; C. 17; P. 15; V. 1/5. Nous navons pas vu ce poisson , et nous en 42 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. empruntons la description de Bloch. Il l'avait reçu de Coromandel, probablement par son ami, le missionnaire John. Nous doutons beaucoup que les dentelures du préopercule, s'il en existe, soient aussi fortes que sa figure les marque ; cependant c'est cette exagération qui a engagé M. de Lacépède à placer ce poisson parmi ses pomacentres. Il y a de ces chétodons où les stries sont brisées dans leur milieu, et forment ainsi des chevrons dont l'angle est dirigé en avant. Le Chétodon ^TCHEVRONS AIGUS. {Chœtodon strigangulus , Soland.) Les compagnons de Cook , pendant son pre- mier voyage, en avaient pris un de cette sorte à Otaïti, que Solander décrivit sous le nom de strigangulus, et dont Parkinson fit un des- sin qui est demeuré dans la bibliothèque de Banks; l'individu même est dans la collec- tion de Broussonnet, et Gmelin le mentionne (p. 1 269) parmi les espèces non décrites de ce genre. M. Valenciennes en a vu un autre exem- plaire apporté des Moiuques au Musée royal des Pays-Bas par M. Reinwardt , qui l'avait nommé chœtodon triahgulum: 11 s'en trouve CIIAP. I. CHÉTODONS PROPREMENT DITS. 43 une figure parmi les dessins des naturalistes de la dernière expédition russe autour du monde. C'est le même poisson que M. Ruppel a donné (pi. 9, fig. 3) sous le nom de triangularis ; mais le pesr/ue-douwing de Renard ( pi. 43 , n.° 218), cru'il lui rapporte, ne lui appartient pas. M. Ruppel avait pris ce poisson auprès de Tor, et ne l'y a trouvé qu'une seule fois. Les Otaïtiens, selon Solander, le nomment pal- hahâh; mais ce nom est générique. Il est oblong. Sa hauteur est deux fois dans sa longueur. Son museau est assez saillant. Ses nageoires verticales sont coupées en angle. D. 14/15; A. 5/14 ; C. H ; P. 14; V. 1/5. Tous ses flancs sont occupés par des stries bleuâ- tres en chevron, dont la pointe est dirigée en avant. Sa Lande oculaire noire est lisérée de jaune et de blanc. Sa dorsale et son anale sont orangées , avec un liséré noir et un blanc. Toute la caudale est noire, bordée de jaune par trois côtés. Le bord postérieur a un liséré noir et blanc. Le fond de la couleur, selon Solander, est glau- que. La figure de Parkinson le représente d'un vert pâle, et celle des naturalistes russes d'un gris tirant au violet. Le bord noir de la dorsale est aussi plus large dans cette dernière figure , et l'on n'y voit pas le bord jaune du dessus et du dessous de la caudale; néan- moins nous ne regardons pas ces différences comme spécifiques. 44 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. Il n'y a que quatre épines à l'anale dans l'exem- plaire de Broussonnet et dans celui des naturalistes russes ; mais M. Valenciennes en a compté cinq à celui du Musée des Pays-Bas. Ces nombres seraient l'un et l'autre assez caractéristiques. La longueur de nos individus est de quatre à cinq pouces. Le Chétodon triangle. (Chœtodon triajigulwn , K. et V. H.) MM. Ruhl et Van Hasselt ont fait dessiner à Batavia un chélodon fort semblable au stri- gangulus par la coloration de sa queue et par ses lignes en chevrons; mais les angles de ses chevrons sont plus ouverts, et son corps est plus haut à proportion. Il a en outre trois bandes à la tète : une au front et au museau, la bande oculaire, et une troisième qui tra- verse l'opercule et la poitrine. Ces bandes tirent au roux dans leur partie supérieure. Le fond de la cou- leur est jaunâtre, et se change en gris-roux sur l'ar- rière. Une bande claire , lisérée de brun , descend de derrière la dorsale sur la base de l'anale, où elle finit en pointe. La dorsale a son bord postérieur, et l'anale toute sa partie molle, lisérés de noir et ensuite de blanc. Sur la queue est un triangle noir tout en- touré de blanc. Il n'y a que trois rayons à son anale. L'individu est long de quatre pouces. Nos jeunes naturalistes l'ont nomme chœto- don triajigulwn. CHAP. I. CHÉTODONS PROPREMENT DITS. 45 Le Chétodon baronne. (Chœtodon baronessa, nob.) Le douwing-baroness de Vlaming (n.° 228), copie, mais avec une mauvaise enluminure, par Renard (pi. 43, fig. 218) sous le nom de pesque-douwing , doit être fort voisin de ce triangulum , si ce n'est pas lui-même. Il v en a aussi une copie altérée dans Va- lentyn (n.° i4-5)» intitulée pampus-Jlambé. Ses raies jaunes en chevron sur un fond gris sont pareilles, et la partie postérieure de son corps est aussi de couleur sombre , avec un bord pâle aux nageoires. Il a aussi trois bandes à la tête; les deux antérieures noires, la postérieure fauve, et la bande blanche sur la queue. Mais, au lieu d'un triangle noir sur la caudale, cette nageoire est brune, avec un tri- ple liséré noir, blanc et fauve à son bord postérieur. Il restera à examiner si ses différences vien- nent du peintre ou de la nature. Le Chétodon masqué. {Chœtodon larvatus , Ehrenb.) Parmi les poissons de la mer Rouge rap* portés par M. Ehrenberg , il en est un qu'il nomme larvatus, qui a aussi des raies disposées en chevron , mais sur un angle plus obtus que les précédens ; elles 46 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. sont jaunes sur un fond gris. Toute la tète et le museau, depuis la nuque jusqu'à la gorge, est d'un brun rouge de brique. La partie postérieure du corps, y compris l'extrémité de la dorsale et de l'anale, et presque toute la caudale, sont noires, un peu teintes de roux vers le bas. Un trait jaune sé- pare le roux antérieur, et un autre le noir posté- rieur, du fond gris du corps. Le bout de la queue est blanc, ainsi que le bord postérieur de la dorsale et de l'anale. D . 11/21 )• A.' S/22, : etc. Les individus sont longs de trois pouces à trois pouces et demi. M. Ehrenberg a bien voulu en donner un échantillon au Cabinet du Roi. Le Chétodon karraf. (Chœtodon karraf > nob.) Un autre petit chétodon de la mer Rouge, dessiné par M. Ehrenberg, a encore des raies en chevron , mais grises sur un fond bleu. Le museau est brun-roux, séparé par une ligne blanche de la bande oculaire noire, qui aune autre ligne blanche à son bord postérieur. L'arrière du corps a aussi du noirâtre, et à la base de la cau- dale est un anneau noir, séparé du noirâtre du corps par une ligne blanche. La caudale elle-même est bleue. Nous n'avons malheureusement pas ses nombres.. L'individu n'a guère plus d'un pouce. CHAP. I. CHÉTODONS PROPREMENT DITS. 47 Il est encore plus voisin du baronessa que le larvatus. Les Arabes deMassuali le nomment harrof. Le Chétodon de Mertens. (Cliœtodon Mertensii , nob.) M. de Mertens, l'un des naturalistes de l'ex- pédition russe du capitaine Lùtke , nous a montré la ligure d'un chétodon dont la forme est à peu près celle du triangulum, mais où l'angle de la dorsale est plus aigu el le mu- seau un peu plus saillant. Le fond de sa couleur est blanc et tire un peu au rosé, avec des stries grises en chevron. Il n'a qu'une seule bande oculaire noire, assez étroite. La partie épineuse de sa dorsale est jon- quille. Une large bande orangée occupe la partie molle, et toute la partie du tronc située au-dessous, et se termine en se rétrécissant sur la partie posté- rieure de l'anale; elle y a un fin liséré noir. Sur le milieu de la caudale est une bande verticale jaune. Parmi ces espèces à stries en chevron, il y en a qui se distinguent encore des autres par les petits nombres de leurs rayons mous. 48 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. Le Chétodon bifascial. (Chœtodon bifascialis , nob.; Chœtodon taunaj, Q. et G. 1 ) MM. Quoy et Gaimard en ont rapporté de l'île Guam un petit, oblong, qui, outre sa bande oculaire noire, lisérée d'argent des (Jeux côtés, en a une large, qui descend verticalement et sans interruption de la partie molle de la dorsale, qu'elle couvre en entier, sur la moitié postérieure de celle de l'anale; elle a un liséré d'ar- gent à son bord antérieur. Sur la base de la caudale est une ligne verticale noire. Le fond de la couleur est un gris jaunâtre, plus blanc vers le bas. Le dos a des stries qui descendent, et le ventre en a qui montent obliquement en avant , en sorte qu'elles font des angles très-ouverts. D. 14/16; A. 4/16. Sa longueur est de dix-huit lignes. Cette espèce est représentée dans la zoolo- gie du Voyage de Freycinet (pi. 62, fig. 5) sous le nom de chœtodon taunay ; mais la figure' est peu exacte. Quant à la dorsale et aux raies en chevrons, elles y sont oubliées. 1. Zoologie du Voyage de Freycinet, p. 079. CHAP. I. CHÉTODONS PROPREMENT DITS. 49 Le Chétodon de Leach. (Chœtodon Leachii, nob.) Les mêmes nombres de rayons, si rares dans ce sous-genre (D. M/16; À. 4/16), se sont re- trouvés dans un chétodon que nous a donné le docteur Leach, et qui a malheureusement perdu toutes ses couleurs, dont il ne reste de trace que les deux lisérés blancs de sa bande oculaire. Il est oblong comme le bifasciaïis , et a le museau encore plus court. Ln partie molle de sa dorsale est en pointe aiguë , qui va presque aussi loin que la caudale. C'est le cinquième rayon mou, qui est le plus long. L'anale est simplement anguleuse ; la cau- dale est coupée carrément. D. 14/16; A. 4/16; C. 11; P. 15; V. 1/5. Sa longueur est de cinq pouces. Nous devons faire remarquer aussi que dans ces deux espèces les dents inférieures attachées en paquet au-devant de la mâchoire, sont plus longues que les autres et terminées en cro- chets. Ce sera peut-être un jour un caractère de sous-genre. Le plus grand nombre des chétodons dont nous parlons a ses stries latérales obliques, et 7- 4 50 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. très-souvent elles sont à demi croisées, c'est- à-dire que les antérieures descendent oblique- ment d arrière en avant, et que les postérieures montent de façon à rencontrer la dernière des antérieures, et à y aboutir par des angles droits ou à peu près. Elles les croiseraient, si elles se prolongeaient. Le Chétodon vagabond. (Chœlodon vagabundus , Linn.) Le chœtodon vagabundus de Linnœus est l'exemple le plus connu de cette disposition. Il a le museau un peu saillant , et le profil con- cave. Sa dorsale et son anale sont arrondies. Les lignes brunes de la partie antérieure de son dos, depuis la dernière épine de la dorsale jusqu'à la pec- torale, montent obliquement en arrière. Celles du flanc et du ventre, en arrière de la pectorale, mon- tent au contraire obliquement en avant ; en sorte que, si elles étaient continuées, elles croiseraient les autres. Outre la bande oculaire, il a une bande noire, qui suit la base de la partie molle de la dorsale , coupe la base de la queue, et descend sur une moitié de la base de la partie molle de l'anale. En outre, ces parties de nageoires sont bordées de noir, avec un liséré blanc; et sur la caudale il y a deux bandes noires, dont celle qui est plus près de la base est un peu en croissant. Le fond de la couleur est plus ou moins jaune. Dans le frais on voit sur le brunâtre CHAP. I. CHÉTODONS PROPREMENT DITS. 51 du front que'ques lignes transverses jaunes, qui se perdent par la dessiccation. D. 13/25; A. 3/22; C. 17; P. 17 j V. 1/5. La disposition et même la forme des viscères du chœtodon vagabwidus ne différent presque pas de ce que nous avons observé dans le chœtodon slria- tus. Le foie est un peu plus gros, et la vésicule du fiel plus petite. Le canal cholédoque s'insère au même endroit sur le duodénum. H y a deux coecums de plus au pylore, c'est-à-dire huit à gauche et deux à droite de l'estomac. La vessie natatoire a un peu moins de capacité, et ses parois sont beaucoup plus minces. Ce poisson a été rapporté de l'Isle-de-France par Péron et M. Freycinet, et de Vanicolo par MM. Quoy et Gaimard lors de leur second voyage. Il habite aussi les Moluques, car les mêmes naturalistes l'ont rapporté dAmboine. On en trouve dans Renard (i. re part, pi. 23 , fig. 1 56) une figure prise de Vlaming (n.° 214)» et correctement dessinée. Les bords y sont seulement enluminés en rouge , au lieu de noir ou de violet. Renard l'appelle douwing- duchesse; dans Vlaming elle est en effet éti- quetée douwing-hartoginne , mais il l'appelle aussi major. La ligure de Bloch (pi. 204) est aussi très-bien dessinée ; mais faite d'après le sec 7 elle est coloriée trop en brun. 52 LIVRE VIL SQUAMMIPENNES. Bloch cite dans sa synonymie quelques ligures qui appartiennent à d'autres espèces, comme Renard, 1. 1, pi. 8, fig. 58, qui est notre chœtodon princeps; pi. ai, fig. î îG, qui est notre chœtodon decussatus ; et il en est de même de Klein {Miss. IV, pi. 9, fig. 2). Les n. os 34, 43 et 1 57 de Valentyn sont à peu près indéchiffrables. La figure de Seba (t. III, pL a5, fig. 18), que Bloch cite aussi, n'a pas du tout les mêmes lignes sur le corps ni les mêmes bandes sur les nageoires. C'est une espèce toute différente. Parkinson avait dessiné à Otaïti le chœto- don vagabundus, mais sans le reconnaître, et il l'avait appelé chœtodon speciosus. Sa figure est conservée dans la collection de Banks , et nous avons vu le poisson même dans celle de Broussonnet. C'est sans doute l'espèce annoncée sous ce nom et comme non décrite dans la liste que Gmelin a placée à la fin de son genre chœtodon (p. 1269). Le Chétodon de Seba. (Chœtodon Sebœ, nob. ) Il y a une espèce voisine du vagabundus , mais moins ornée, que MM. Quoy et Gaimard viennent de rapporter de la Nouvelle-Guinée, CHAP. I. CHÉTODONS PROPREMENT DITS. 55 et dont nous ne trouvons d'indication que dans Seba (t. III, pi. 26, n.° 36), ce qui nous a engagés à lui donner le nom de ce fameux collecteur. Elle a les nageoires verticales un peu plus arron- dies. Du reste ses formes, ses stries, sa bande ocu- laire, le bord noir de la dorsale et de l'anale, la bande transverse sur la base de la caudale, sont les mêmes que dans le vagabundus; mais il y manque la grande bande verticale de l'arrière du corps , et la seconde ligne de la caudale. D. 13/26; A. S/21; C. 17; P. 16; V. 1/5. Notre individu n'a que deux pouces. Seba en a un de quatre. Le Chétodon a collier. (Chœtodon collare, Bl.) Il ne serait pas impossible que le chœto- don collare de Bloch (pi. 216, fig. 1) fût de l'espèce de ce chœtodon Sebœ, et que le brun d'avant et d'après le liséré pâle de la bande oculaire y eût été exagéré, de manière à pré- senter comme trois bandes verticales brunes ou noires sur la tête; cependant Bloch lui compte deux rayons mous de plus à la dorsale. D. 12/28; A. 3/21, etc. Sa dorsale montre une ligne blanchâtre en de- 64 LIVRE VTI. SQUAMMÏPENNES. dans du bord , et il y a une bande noirâtre sur le milieu de sa caudale. La figure lui donne environ cinq pouces de lon- gueur. Bloch prétend l'avoir reçu du Japon, et lui rapporte le n.° 10 de la planche 25 , tome 3, de Seba ; mais cette figure, comme celle de Bloch, est faite d'après un individu mal con- servé y elle semble avoir le profil moins verti- cal que celle de Bloch. Le Chétodon croisé. {Chœtodon decussatus , nob.) Le golfe du Bengale nourrit une belle es- pèce, dont les stries sont disposées comme dans le vagabundus, et qui, outre sa bande oculaire, a la partie molle de sa dorsale et de son anale entièrement noire. La por- tion de queue qui est entre elles , est même teinte de noirâtre. On remarque seulement une ligne blan- châtre ou jaunâtre en dedans du bord de l'anale. La caudale est jaune, et a le bord , et une bande en croissant sur son milieu, de couleur noire. Ses pec- torales et ses ventrales sont blanches ou jaunes. Le fond de sa couleur est d'un gris blanchâtre. Son museau est assez saillant, son profil un peu con- cave, et sa dorsale et son anale sont anguleuses, D. 13/25; A. 3/21; C. 17; P. 16; V. 1/5. Notre individu est long de six pouces. CHAP. I. CHÉTODONS PROPREMENT DITS. 55 Ce poisson nous a été envoyé par M. Lesche- nault de Pondichéry, où on le nomme taraté. Russel l'a parfaitement représenté (fig. 83) sous le nom de painah, qu'il porte à Vizagapatam 5 mais il le soupçonne à tort d'être le vagabun- dus de Linnaeus. C'est aussi, à ce qu'il nous semble, cette espèce dont Klein (Miss. IV, pi. 9, fig. 2) a donné une figure, que l'on a également rapportée au vagabundus. M. Leschenault nous assure qu'elle est com- mune dans la rade de Pondichéry, et qu'elle y parvient à une longueur de dix pouces. C'est un bon manger. Le Chétodon peint. ( Chœtodon p ictus , Forsk. ) Le chœtodon pictus de Forskal (p. 65, n.° 92) doit bien peu différer de ce decussatus. La disposition de ses stries, les nombres de ses rayons, sa bande oculaire, celle de sa queue, les rubans de sa caudale, sont les mêmes. Sa dorsale est aussi de couleur noire 1 ; mais Forskal décrit au vertex cinq lignes transverses fauves, dont ni Russel 1. Il y a probablement ici dans le texle de Forskal une faute d'impression : Pinna dorsalis nigra ante radios spinosos. On doit supposer qu'il faut écrire pone au lieu à' ante; car avant les rayons épineux la nageoire dorsale n'est pas ; elle ne commence qu'avec eux. 56 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. ni moi n'avons aperçu aucune trace dans le decus- satus , et qui sont sans doute analogues à celles du vagabundus. Forskal avait observé ce poisson à Moka. Le Chétodon demi-deuil. {Chœtodon mesoleucos , Forsk. ; Chœtodon hadjan } Bl. Schn.) Le chœtodon mesoleucos du même voya- geur (p. 61, n.° 83) doit également être fort semblable et au decussatus et au pictus. Sa partie antérieure est blanche; la postérieure brune, avec douze stries noirâtres. Sa caudale est noire, bordée de blanc à son extrémité; et elle porte sur sa base une bande en croissant de couleur blan- che , à pointe fauve. Sa bande oculaire est comme dans les espèces voisines. Les ventrales sont blanches. B. 6: D. 13/24 ; A. 3/22 j C. 17; P. 16; V. 1/5. Forskal avait vu ce poisson à Moka, où on l'appelle hadjan. C'est le chœtodon hadjan de Bloch dans son Système posthume , et il ne faut pas le confondre avec son chœtodon mesoleucos ou chœtodon mesomelas de Gmelin, qui est un holacanthe. CHAP. I. CHÉTODONS PROPREMENT DITS. 57 Le Chétodon lune. (Chcetodon lunatus , Ehrenb.) M. Ehrenberg a rapporté de la mer Rouge un chétodon fort voisin du vagabundus , mais qui a les nageoires plus arrondies. Sa bande oculaire est plus large, et il a à sa partie frontale, au milieu, une tache de la couleur du corps, qui est argenté. Une large bande noire descend , en se cour- bant, depuis la moitié postérieure de la dorsale épi- neuse jusque tout près du commencement de la partie molle de l'anale. Les nageoires sont jaunes et sans bordures , excepté la caudale , qui a vers le bout un large bord noir et un liséré blanc. D. 12/25; A. 3/15; G. H; P. 16; V. 1/5. M. Ehrenberg nomme cette espèce chceto- don lunatus. L'échantillon a sept pouces de longueur. Le Chétodon bordé. {Chcetodon marginatus , Ehrenb.) Une autre espèce, également due à M. Eh- renberg, et qu'il a nommée marginatus, a comme le lunatus un museau médiocrement sail- lant, elles nageoires verticales arrondies. Son corps est argenté, à stries obliques noirâtres. Sa bande ocu- laire est réduite à une ligne étroite. Il a les nageoires jaunes, une tache noire à la poitrine, une ligne 58 LIVRE VII. SQUAMMÏPENNES. noire sur la base de la caudale, dont le bord pos- térieur est blanc. L'individu, long de quatre pouces, a ëtë pris à Massuah. Le Chétodon de Desjardins. (Chcetodon Abhortani, nob.) M. Desjardins vient de nous envoyer de TIsle-de-France un chétodon qui se place ici dans la série. Sa nuque se relève. Son museau est médiocrement saillant. Son corps, argenté, avec des reflets olivâtres, a dix-sept lignes noirâtres, toutes au-dessous de la ligne latérale, toutes descendant obliquement d'ar- rière en avant; une seule bande oculaire, noire, lisé- rée de blanc; une large teinte d'un brun noirâtre sur l'arrière du dos et la base de la dorsale; une bande brune, mal terminée, plus large en avant, le long de la base de l'anale ; une bande brune sur la queue et une ligne noire sur la caudale : l'intervalle est jaune; le reste de la caudale grisâtre. Sur l'arrière de la dor- sale et de l'anale est une teinte d'un orangé vif. Ces deux nageoires sont lisérées de blanc. Les ventrales sont jaunes, les pectorales grisâtres. D. 12/21 ; A. 3/18 ; C. 17 ; P. 15 ; V. 1/5. Longueur, trois pouces et demi. CHAP. I. CHÉTODONS PROPREMENT DITS. 59 Le Chétodon croissant. {Chœtodon lunula, noh; Pomacentre croissant, Lacëp., t. IV, p. 507 et 5i3.) Nous placerons ici un des chétodons de la mer des Indes, qui est peut-être le plus singu- lièrement coloré. Commerson en a laissé deux individus secs, et une description fort exacte, de laquelle M. de Lacépède a extrait son ar- ticle du pomacentre croissant, quoique rien dans cette description n'indique d'autres ca- ractères que ceux des chétodons. Depuis lors M. Mathieu nous en a rapporté de Hsle-de- France d'autres individus dans la liqueur, et nous en avons vu parmi les dessins conservés à la bibliothèque de Banks une très -belle figure, faite à l'île du Prince-de-Galles entre la Nouvelle -Guinée et la Nouvelle -Hollande; enfin, MM. Quoy et Gaimard viennent de le décrire et de le peindre à l'Isle-de-France. Il y en a aussi une très-bonne figure dans le recueil de Vlaming(n.° a33); et je m'étonne beaucoup que ni Valentyn ni Renard ne l'y aient copiée : elle s'y nomme douwing-zhaar (czar), titre qui convenait en effet à la bizarre magnificence de son vêtement. Il est assez élevé. Sa hauteur n'est pas tout-à-fait 60 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. deux fois dans sa longueur totale. Sa dorsale et son anale sont arrondies. Son museau est saillant, mais assez gros, ce qui fait que son profil est oblique, mais presque rectiligne. Son museau est jaune. Sa bande oculaire, qui est fort large, ne monte pas obliquement vers la nuque; mais elle va directement d'un œil à l'autre en traversant le front : elle se ter- mine de chaque côté au bord inférieur du préoper- cule. Derrière elle en est une autre, blanche ou même argentée, qui entoure la tête depuis la nuque jusqu'au bas de l'opercule. Une large bande noire, lisérée de jaune , prend de l'épaule, et monte obliquement en se rétrécissant vers le milieu de la partie épineuse de la dorsale. Une tache impaire noire, lisérée aussi de jaune, embrasse le devant de cette nageoire et ses trois premières épines, et va quelquefois rejoindre de chaque côté la bande dont nous venons, de par- ler. L'intervalle entre cette tache, la tête et la bande, tire sur l'orangé ou le brun jaunâtre. Toute la partie du corps qui est derrière la bande numérale, est jau- nâtre ou tirant au verdàtre, avec des stries brunes assez fortes, qui descendent obliquement en avant, au nombre de huit ou neuf. La dorsale est orangée. Une ligne noire suit sa base , et se courbe en s'élar- gissant, pour se terminer, sur le côté de la queue, par une dilatation arrondie, ou une sorte d'ocelle: elle est lisérée aux deux bords de jaune. En outre le bord de la partie molle de la dorsale et de l'anale a un ruban obscur qui, dans nos individus, paraît noir, mais que la figure dont nous avons parlé re- présente rouge. Celle de MM. Quoy et Gaimard CHAP. I. CHÉTODONS PROPREMENT DITS. 61 donne à ces deux nageoires un ruban orangé et un noir au bord. Il y a du rouge ou de l'orangé sur la base de la caudale, et un ruban noir ou rouge foncé règne parallèlement à son bord. Les pectorales et les ventrales sont jaunâtres. D. 12/24; A. 3/19; C. 17; P. 11; V. 1/5. La longueur de nos différens individus va de qua- tre à six pouces. Le Chétodon rubanné. (Chœtodon fasciatus , Forsk. ; Chœtodon Jlavus , Bl. Schn., p. 225, n.° 07.) Le chœtodon fasciatus de Forskal (p. 59, n.° 80) est aussi voisin de ce lunula quil est possible à deux espèces de l'être. Ses formes, ses nombres de rayons, ses stries sont les mêmes. Sa bande oculaire noire est suivie dune bande blanche plus courte, qui s'élargit dans le bas. Le devant du dos est jaune; le reste, jusqu'à la ligne latérale, noir. Une bande fauve suit la base de la dor- sale, qui ensuite est noire, puis fauve jaunâtre, et a le bord fauve terminé par une ligne brune. L'anale est fauve jaunâtre. La caudale jaunâtre a au milieu une bande brune, et au bord une ligne brune, une jaune et une blanche. Les ventrales sont jaunes, les pectorales grises. B. 6 ; D. 12/24; A. 3/19 ; C. 17; P. 16; V. 1/5. L'individu décrit par Forskal était long de trois pouces, haut d'un et demi. 62 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. Les Arabes de Djidda appellent l'espèce tabak-el-kus , nom qu'ils donnent aussi à d'au- tres espèces du genre. On en voit une bonne figure dans le Voyage de M. Ruppel (pi. 9 , % 0- Nous passons maintenant aux chétodons qui, avec des bandes plus ou moins nombreu- ses et des stries de diverses directions, ont encore ce qu'on nomme des ocelles, c'est-à- dire des taches rondes, ordinairement entou- rées d'un cercle blanc ou jaune. Quelques- uns d'entre eux sont tellement semblables à une partie de ceux que nous venons de décrire, que l'on pourrait être tenté de croire que ces ocelles sont seulement des distinctions de sexes. Le Chétodon a deux ocelles. (Chœtodon biocellatus , nob.) Ainsi MM. Lesson et Garnot ont apporté de lile dOualan un chétodon qui ressemble presque au lunula en toute chose. Même forme grosse et saillante du museau; mêmes nombres de rayons; mêmes stries descendant obli- quement. La bande oculaire passant de même en travers du front , suivie de même d'une large bande blanche ou jaune, qui entoure la tête et d'où une CHAP. I. CHETODONS PROPREMENT DITS. ()6 bande noire remonte vers la partie épineuse de la dorsale. Les nageoires verticales sont coupées et bordées de même; mais au lieu d'une bande cour- bée, qui dans le lunula descend le long de la partie molle de la dorsale et se termine en s'élargissant sur la queue, il y a dans celui-ci deux grandes taches noires bordées de jaune ou de blanc : la première bien ronde sur le milieu de la partie molle de la dorsale; la seconde sur la queue même, dont elle occupe la hauteur entre la fin de la dorsale et de l'anale. D. 12/24; A. 3/18; C. 17; P. 15; V. 1/5. L'individu de MM. Lesson et Garnot n'a guère que dix-huit lignes; mais il y en a un d'ancienne date au Cabinet, qui mesure deux pouces et demi. Le Chétodon de l'Isle-de-France. (Chcetodoii ncsogallicus , nob.) Il a encore été rapporté de l'Isle-de-France par MM. Quoy et Gaimard, un petit chéto- don extrêmement semblable au vagabundits par la forme, par la direction croisée des stries, par la bande oculaire et celle qui règne sur la dor- sale et sur l'anale; mais cette dernière est interrom- pue sur la queue, et, au lieu d'un simple bord noii% la dorsale porte au milieu du bord de sa partie molle un ocelle noir bordé de blanc. Il n'y a qu'une seule ligne noire et peu marquée sur la base de la caudale. D. 13/24; A, 3/22; C. 17; P. 15; V. 1/5. G4 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. Les individus sont à peine longs de deux poucest Nous trouvons ce petit poisson dans Vla- ming (n.° 193) sous le nom de color-œillade. Le fond de sa couleur est gris d'argent sur le corps et jaune sur les nageoires; les deux bandes sont noires? et l'ocelle bleu. C'est une copie défigurée et tout autrement coloriée de cette figure que donne Renard (i. re part., fol. 5, fig. 37), sous le nom de dou- wîng-color. C'est probablement aussi cette espèce que Nieuhof a représentée sous le nom de klip- visch ou soldat en-visch (poisson de roche ou poisson soldat), et que Willugbby a repro- duite (appendice, p. 6, tab. 5, fig. 4)- Nieuhof dit que c'est un des meilleurs pois- sons des Indes, ce qui me parait devoir s'ap- pliquer à une grande partie du genre. Le Chétodon bridé. (Chœtodon capistratus , Linn. ) a le museau médiocrement saillant, et la dorsale et l'anale terminées en angle, mais peu marqués. Sa hauteur est une fois et deux tiers dans sa longueur totale. Des stries brunes, assez foncées, couvrent son corps, et se dirigent obliquement en avant; mais les supérieures en descendant, les inférieures en mon- tant, de manière à faire ensemble des angles ou des CHAP. I. CHÉTODONS PROPREMENT DITS. 65 chevrons. Une grande tache ronde, noire, entourée d'un cercle blanc, est placée en arrière tout près de l'angle rentrant qui sépare la fin de la dorsale et la queue. Une ligne brune, accompagnée d'une ligne blanchâtre, règne sur la dorsale et sur l'anale paral- lèlement à leurs bords , et il y en a deux semblables qui coupent verticalement la caudale. La bande ocu- laire est hsérée de blanc des deux côtés, et monte obliquement à la nuque. Le fond de la couleur, qui paraît jaunâtre dans nos individus secs ou conservés dans la liqueur, est dans le frais, selon M. Poey, d'un violet clair. Le tour de la bouche et la gorge y sont jaunâtres; les ventrales, la base des pectorales et le bord de l'opercule, jaunes. M. Ricord l'a vu d'un jaune verdàlre, rayé de gris foncé; le bout du museau, la base de la queue, celle de l'anale, d'un jaune serin; l'ocelle noir velouté, bordé du même jaune; les ven- trales jaunes. D. 13/19; A. 3/17; C. 17, etc. Les viscères du chœtodon caplslralus diffèrent très- peu de ceux du slrialus. Le foie est un peu plus petit; la vésicule du fiel est grande, et placée comme celle du chœtodon slrialus. L'estomac est étroit et alongé. Il y a huit appen- dices cœcales longues et grêles, réunies sur le côté gauche de l'estomac; une neuvième sur le côté droit, pliée en V, et qui embrasse dans sa fourche la rate, qui est petite et globuleuse. L'intestin fait de nombreux replis dans l'hypo- condre droit. La vessie aérienne est grande ; sa tunique externe 7 . 5 66 LIVRE VIL SQUAMMIPENNES. a des parois fibreuses fortes et de couleur argentée, La membrane propre est mince et faiblement argen- tée. La vessie donne deux cornes minces, bifides, dont la bifurcation supérieure s'élève entre les mus- cles du cou derrière l'occiput. L'inférieure a une direction horizontale, traverse le diaphragme, et pénètre dans le crâne derrière la sortie des nerfs de la huitième paire. C'est ici une des espèces les plus connues, parce quelle habite les côtes des colonies d'A- mérique les plus fréquentées des Européens. Nous l'avons reçue de la Martinique, de Saint- Domingue, de Saint-Thomas et de Cuba. On la nomme dans les premières de ces îles de- moiselle , comme ses congénères, et à Saint- Thomas joiing-girl, ce qui revient au même, et c'est une de celles qui ont reçu à la Havane le nom de catalineta. Linnseus 1 , Seba 5 , Klein 3 , en ont publié des figures avant Bloch, et Du- hamel surtout en a une excellente 4 . De son temps on donnait à l'espèce à la Guadeloupe le nom particulier de ^risette ou de coquette. Brown l'a décrite à la Jamaïque sous le nom de striped-ajigelfisli; mais il n'en est question ni dans Margrave, ni dans Parra, ni dans Ca- tesby. 1. Mus. Ad. Fred., pi. 33, fig. 4. _ 2. Mus., t. tti, pi. a5, fig. 16. — 3. Mus. IV, pi. u, % 5. — 4. Pêches, 2. e part., sect. 4> pi. i3, fig. 2. CHAP. I. CHÉTODONS PROPREMENT DITS. 67 On en prend tonte Tannée dans des nasses le long des côtes rocailleuses des îles. Sa chair est peu estimée, et il n'y a guère que les Nè- gres qui s'en nourrissent. Le Chétodon a deux taches. {Chœtodon h imaculatus , Bl., pi. 21g, fîg. 1.) Bloch , ignorant l'origine de son chœtodon bimaculatus , suppose qu'il vient des Indes orientales; mais c'est une erreur : il est améri- cain , comme le capistratus, et il ne parait pas rare dans le golfe du Mexique. Nous l'avons reçu plusieurs fois de la Havane, et M. Poey y en a fait une description et une figure qu'il a bien voulu nous communiquer. M. Achard nous l'a envoyé de la Martinique; plus récem- ment il en est arrivé de Porto-Rico dans les collections laissées par feu Plée, et M. Ricord en a envoyé de Saint-Domingue. Son museau est saillant et assez gros , son profil légèrement concave; sa dorsale et son anale un peu anguleuses. Les stries de son corps montent presque toutes obliquement d'avant en arrière, excepté les quatre ou cinq inférieures, qui se dirigent parallèle- ment à la ligne du ventre; elles sont au reste toutes assez peu marquées. Sa bande oculaire va de la gorge à la nuque. Il y a sur la base de la partie molle de la dorsale une tache ronde noirâtre, et à sa pointe un 68 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. petit ocelle très-noir et bien tranché. L anale a un double liséré noirâtre, très-fin et très-peu marqué. Dans la liqueur, et desséché, tout ce poisson paraît jaunâtre; mais à l'état frais, d'après la description de M. Poey , le fond de sa couleur est blanc , et ses na- geoires sont d'un beau jaune. Le bord de la caudale est transparent, et il y a quelquefois une ou deux lignes brunâtres. D. 12/21; A. 8/11; C. 17; P. 15; V. 1/5. A la Martinique on l'appelle demoiselle , comme beaucoup d'autres poissons de ce genre. C'est aussi une des espèces que les colons espagnols de la Havane nomment catalinetaj mais à Porto-Rico ils l'appellent mariquita. Je n'en trouve pas plus de mention que de la précédente, ni dans Parra ni dans Margrave. Le Chétodon plébéien. (Chœtodon plebeins, Brouss.) C'est ici que vient se placer d'après ses ta- ches, quoiqu'il ait des nombres de rayons bien différens, le chœtodonplebeius nommé seule- ment par Gmelin (p. 1 269), et que nous avons trouvé dans la collection de Broussonnet. Son ocelle noir, bordé de blanc, occupe la moitié supérieure de l'espace entre sa dorsale et sa caudale. Sa bande oculaire est lisérée ds blanc ou de jaune, CHAP. I. CHÉTODONS PROPREMENT DITS. 69 et tout son corps paraît avoir été plus ou moins jau- nâtre ou verdàtre, tirant au gris ou au brun sur les nageoires verticales. Sa forme est ovale, son museau peu saillant; sa dorsale et son anale terminées en angle arrondi. Il est long de près de quatre pouces. D. 14/17; A. 4/15. Ces nombres répondent à ceux du chœtodon f as ■ cialis et du chœtodon Leachii. Il vient de la mer du Sud. Le Chétodon a queue ocellée. {Chœtodon ocellicaudus , nob.) Le Cabinet du Roi possède, du voyage de Pérou, un petit chétodon remarquable par un ocelle noir bordé de blanc, qui occupe pré- cisément toute la hauteur de sa queue à la base de la caudale. La bande oculaire s'y voit comme à l'or- dinaire, et descend jusque sous la gorge; mais il n'a pas d'autre marque noire. Toutes les stries de son corps ont la même direction, et montent oblique- ment en arrière. Son museau est médiocrement sail- lant; sa dorsale et son anale sont arrondies. D. 12/20; A. 3/17 ; C. 17; P. 15; V. 1/5, Il est long de dix-huit lignes. 70 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. Le Chétodon dorsal. {Chœtodon dorsalis, Reinw.) M. Reinwardt a nommé dorsalis un chéto- don des IMoluques, qui paraît devoir être placé ici. M. Valenciennes en a fait la description à Leyde. Sa forme est celle du decussalus , du vagabun- dus, etc. ; mais toutes ses stries montent obliquement en arrière. Sa bande oculaire est étroite. Une grande partie noire, le long de la base de la dorsale, se perd par nuances sur le dos. Sur le troisième rayon de l'anale est une tache noirâtre peu marquée, et il y en a deux noires sur la queue; l'une à son tranchant supérieur, l'autre à l'inférieur. Le bord de la partie molle de la dorsale et le milieu de la caudale ont chacun un trait fin et noir. Le fond de la couleur est jaunâtre. Les ventrales sont jaunes. D. 12/23; A. 3/1 9 j C. 17 5 P. 14; V. 1/5. Il est long de cinq pouces. M. Ruppel a donné le même poisson (pi. g, fig. 2), du moins tout semble l'annoncer; mais il compte : D 12/19 , A 3/18 Ses couleurs, prises sur le frais, sont un peu dif- férentes; le fond tire au cendré bleuâtre, prend vers le dos une teinte noirâtre. La tête est jaune, avec une bande oculaire noire. Le bord inférieur du corps et toutes les nageoires sont jaunes : il y a un liséré CHAP. I. CHÉT0D0NS PROPREMENT DITS. 71 noir à la partie molle de la dorsale et de l'anale , une tache ovale noire à la base de l'anale , près des aiguillons, et une double tache noire à la base de la caudale, dont la moitié postérieure est cendrée. L'individu, long de cinq pouces, a été pris à Mohila, où l'espèce ne paraît pas fort commune. Le Chétodon a dos noir. (Chœtodon melanotus > Pieinw.) Un autre chétodon, rapporté également des Moluques par M. Reinwardt , et nommé par lui melanotus , a le corps orbiculaire, le museau pointu; mais le front élevé et droit, comme dans le col/are. Sa hau- teur fait plus de moitié de sa longueur totale. Outre sa bande oculaire, il a un bord noirâtre à la par- tie molle de sa dorsale et de son anale, et deux taches noires sur la caudale, une en dessus et l'autre en dessous. Ses ventrales sont noires; mais ses autres nageoires et tout le fond de sa couleur sont jau- nâtres. D. Œ/2S; A. 3/13; C. 17; P. 15; V. 1/5. L'individu est long de quatre pouces. Le melanotus de Bloch 1 a aussi deux ta- ches sur la queue ; mais on lui en donne une 1. Syst. posth., p. 224; n.° 29. 72 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. de plus à la base de lanale, avec des stries obliques et le dos brun. D. 12/20; A. 3/20. Il venait de Tranquebar. Le Chétodon a une seule tache (Chœtodon unimaciilatus , Bl.,~pl. 201, fîg. 1. 1 ) a le museau court, les nageoires dorsale et anale ar- rondies. Outre sa bande oculaire il porte une tache ronde et noire sur le milieu de sa ligne latérale, une bande autour de la queue, et un bord de même cou- leur à la partie molle de sa dorsale et de son anale. Le fond de sa couleur est jaunâtre vers le dos, blan- châtre au ventre. Au-dessus de la pectorale est une grande aire blanche, avec six ou sept lignes jaunes. Il paraît qu'il y a des stries verticales sur la partie antérieure de son dos, et d'autres obliques sur ses flancs et sur l'arrière du corps. Les ventrales et l'anale sont jaunes, les pectorales et la caudale transparentes. D. 13/22$ A. 3/20 ; C. 17; P. 14; V. 1/5. Cest une des espèces que nous n'avons pas vues. Nous en empruntons les caractères de Bloch, d'un dessin que Parkinson en avait fait à Otaïti, et qui est dans la bibliothèque de Banks, intitulé chcetodon ocettatus , et d'une description de Solander correspondante à ce 1. Copié dans l'Encyclopédie méthodique, fîg*. 587. CHAP. I. CHÉTODONS PROPREMENT DITS. 75 dessin. Nous ajoutons peu de foi à l'assertion de Bloch, qu'il lui avait été envoyé du Japon, puisque lui-même, une ligne auparavant, dit qu'il habite les Indes orientales. Dans plusieurs autres circonstances nous nous sommes con- vaincus qu'il avait été trompé parles marchands hollandais, ou même qu'il ne distinguait point Java du Japon , non plus que le malais du raa- labare. A Otaïti l'espèce se nomme , comme beaucoup d'autres, palhala> ou aussi parha- parhahaticmi. Le Chétodon a miroir. (Chœtodon spéculum , K. et V. H.) MM. Kulii et Van Hasselt ont fait dessiner à Batavia un chétodon très-voisin de Vunima- culatus, et qui a la même forme et la même bande oculaire; mais sa tache noire est ovale et beaucoup plus grande, et il est tout entier d'un jaune d'or très-brillant, sans aucun anneau noir sur la queue, ni aucun liséré noir aux nageoires. Nous croyons voir treize épines à la dorsale, et trois à l'anale; mais les autres rayons ne sont pas figurés distinctement. L'individu est long de cinq pouces. Nous lui conservons le nom de spéculum, qui lui a été donné par ces deux voyageurs. 74 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. Le Chétodon a tache au flanc. (Chœtodon spilopleura, Reinw.) M. Reinwardt a rapporté des Moluques une espèce qui doit fort ressembler à Vunimacu- latus par les couleurs; mais ses nombres de rayons sont assez diffërens, Selon la description que M. Valenciennes en a faite, ses formes générales sont les mêmes. Le fond de sa couleur est jaune. Une très -grande tache ovale se montre de chaque côté près de la dorsale. La base de la dorsale et de l'anale est brune, et la première de ces nageoires a dans ce brun une tache noirâtre. La bande oculaire est comme à l'ordinaire. D. 14/17; A. 3/16; C. 17; P. 14; V. 1/5. L'individu est long de six pouces. Le Chétodon seban. {Chœtodon sebanus 3 nob.) Il est venu de diverses parties de la mer des Indes, de Timor, de Guam, de Tonga- tabou et de l'Isle-de-France par MM. Quoy et Gaimard, d'Oualan par MM. Lesson et Garnot, et de Batavia par M. Raynaud, etc., un ché- todon à peu près de la forme du decussatus, et qui a les stries disposées de même, c'est-à-dire celles de la partie antérieure du dos descendant en avant, et celles du reste du corps montant en avant, CHAP. I. CHÉTODONS PROPREMENT DITS. 75 ou clans une direction croisée avec les premières ; mais ces stries sont plus larges. Il n'a outre sa bande oculaire qu'une seule marque , savoir un ocelle rond, bordé de blanc à la partie molle de sa dor- sale, près de son angle. Celte dorsale a aussi un léger liséré brun. Tout le reste des nageoires paraît de la couleur pâle ou gris-jaunâtre du fond. D'après un dessin de M. Raynaud, on voit seulement une teinte brune sur la base de la dorsale, et sur le bord de l'anale et de la caudale. La caudale et la partie postérieure de la dorsale ont un liséré cendré. D. 13/24; A. 3/21; C. Il; P. 15; V. 1/5. Nous en avons des individus depuis un pouce jusqu'à cinq. C'est, à ce qu'il nous paraît, cette espèce que Seba a représentée (t. III, pi. 25, fig. 1 1), et aucun autre auteur n'en ayant parlé, nous lui donnons le nom de chœtodon sebanus. M. Raynaud nous apprend que l'espèce est commune à Batavia, et que sa chair y est peu estimée. Le Chétodon oeil lé. {Chœtodon ocellatus, Bl.) Bloch rapporte la figure de Seba (t. III, pi. a 5, fig. 1 1) que nous venons de citer, à son chœtodon ocellatus; mais celui-ci (pi. 211, fig. 2), si la figure est exacte, a son ocelle plus grand et posé différemment : il n'est 7$ LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. pas près du bord ni à la partie la plus saillante de la nageoire, mais vers sa base, et plus près des rayons épineux. Pour tout le reste, il est très-vrai que le poisson de Bloch est fort semblable au nôtre. D. 12/22; A. 3/19; C. 17; P. 16; V. 1/5. Il l'avait reçu des Indes orientales. Nous placerons ici des espèces distinguées des autres par un long fil qui résulte du pro- longement d un ou de plusieurs des premiers rayons mous de leur dorsale. Celles qu'on connaît viennent de la mer des Indes. Le Chétodon séton. {Chœtoclon setifer, Bl., pi. 4.26, fig. 1. 1 ) Le cliœtodon setifer ou séton de Bloch res- semble tellement au cliœtodon sebanus que nous venons de décrire, que c'est une ques- tion de savoir s'il n'est pas le mâle de l'espèce dont le sebanus serait la femelle, et si le long filet qui prolonge le cinquième rayon mou de sa dorsale n'est pas une marque de son sexe. Il a le museau pointu et saillant, le profil con- cave jusqu'au-dessus des yeux, ensuite montant droit à la nuque ; la dorsale et l'anale arrondies; une large 1. Pomacentre filament , Lacépède, t. IV, p. 5o6 et 5u. CHAP. I. CHÉTODOXS PROPREMENT DITS. 77 bande oculaire, allant verticalement de la gorge à la nuque; quatre trails rouges ou jaunes, allant d'un œil à l'autre au travers du front; le corps grisâtre pâle, passant au jaune orangé sur les nageoires ver- ticales; cinq stries d'un gris plus foncé , montant obliquement en arrière à la partie antérieure de son dos; le reste de son corps portant douze ou treize de ces stries, la plupart assez larges, et montant obliquement en avant jusqu'à ce qu'elles rencontrent la cinquième des précédentes; un ocelle noir, bordé de blanc près du bord de sa dorsale, depuis le cin- quième jusqu'au dixième rayon; un fin liséré noir à la dorsale et à l'anale, une bande jaune, suivie d'une double ligne noirâtre près du bord de sa caudale, qui est transparente. Le filet de sa dorsale, qui égale quelquefois la moitié de la longueur de son corps, est de couleur jaune. D. 13/24; A. 3/21; C. 17; P. 15; V. 1/5. La longueur de l'espèce va à six ou sept pouces. Ce beau chétodon habite toutes les parties chaudes de la mer des Indes et de l'océan Pa- cifique. Renard et Valentyn le comptent parmi les poissons des Moluques, et en ont déjà donné des ligures reconnaissables. Le premier le nomme douwing-duc V, le second simple- ment poisson-douwing 2 . Commerson lavait 1. Renard, i. re part., fol. 39, fig. 198; 2. e part., pl.3i,%. i4 5. 2. Valent^ , n.° 116. 78 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. parfaitement fait dessiner à l'Isle-de-France sons le nom de pointe-queue, et en avait laissé une description très-détaillée; mais M. de La- cépède n'a point fait graver la figure, et a sim- plement rapporté la phrase caractéristique de cet observateur au chœtodon auriga de Fors- kal, qui n'en diffère guère, en effet, que par l'absence d'une tache a la dorsale. Bloch, ayant reçu un bel individu de cette espèce de Coromandel par son ami le mission- naire John , en a donné vers la lin de son grand ouvrage (pi. 4 2 ^, fig. i) une figure très-bien dessinée; mais il l'a enluminée d'un rouge vif, tandis qu'elle devait l'être d'un gris argenté et d'un jaune d'ocre. C'est ce qui est arrivé trop souvent à ce naturaliste, pour avoir voulu co- lorier des figures qui n'étaient point faites d'a- près le frais. lia commis une faute encore plus grave, en donnant au préopercule des dente- lures qui n'y sont point, et il a induit M. de Lacépède à reproduire ce poisson dans les po- macentres, ne se rappelant pas qu'il lavait déjà mis parmi les chétodons , comme appartenant à ïauriga. M. Lesson, qui nous l'a récemment apporté de Bolabola, l'une des îles de la Société, y a joint un dessin colorié fait sur les lieux, et c'est d'après ce document et d'après la des- CHAP. I. CHÉTODONS PROPREMENT DITS. 79 cription de Commerson que nous avons décrit les couleurs. Le Chétodon cocher. {Chœtodon auriga, Forsk.) Le chœtodon auriga de Forskal (p. 60, n.° 81) pourrait être appelé un chœtodon se- tifer sans ocelle à la dorsale ; car, ce point excepté, il en a tous les autres caractères, et particulièrement ce long fil formé par le cin- quième rayon mou de la dorsale. Il est d'un blanc bleuâtre. Ses six premières stries descendent en avant, les dix autres montent. Tout l'arrière et la queue sont fauves. Le bord postérieur de la dorsale est noir. L'anale a une ligne noire, une blanche, et un bord jaune. La caudale est fauve, avec une ligne jaune en croissant et un bord blanc. Sur son front sont quatre lignes transverses fauves. Sa longueur est de cinq pouces, sa hauteur de trois. B. 65 D. 13/24; A. 3/21; C. 17 ; P. 16; V. 1/5. Forskal l'avait vu à Djidda et à Lohaia„ M. Ehrenberg l'a aussi rapporté de Massuah , et en a donné un échantillon au Cabinet du Roi. Les Arabes l'appellent moktij schausch et tabak-el-kuss. 80 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. Le Chétodon a housse. (Chœtodon ephippium 3 nob. ) Les mêmes mers produisent une espèce très-voisine du setifer, et portant de même un filet à sa dorsale* mais for- mé du prolongement de trois rayons , et où de plus l'ocelle est si grand, qu'il couvre comme une housse presque toute la dorsale et une partie du dos. Il s'a- vance sur la partie épineuse jusqu'au huitième rayon. Un large ruban jaune, suivi d'une ligne noire et d'un bord blanc liséré de noirâtre, empêche qu'il ne cou- vre toute la partie molle. Une large écharpe blanche le borde inférieurement , allant en ligne courbe du sixième et du septième aiguillon du dos au bord supérieur de la queue. Tout le reste du corps et des nageoires parait dans la liqueur jaune ou rougeâtre, mais est verdâtre dans le frais. Le museau est pointu, le profil concave , la nuque relevée , et en général toutes les formes sont semblables à celles des deux précédens; mais il n'y a point de stries sur le corps. Ce sont le troisième, le quatrième et le cinquième rayons mous de la dorsale qui forment le filet. D. 13/24; A. 3/21; C. il'; P. 15; V. 1/5. Ce beau poisson est long de six à sept pouces. M. Reinwardt Fa rapporté des Moluques, et MM. Lesson et Garnot de Bolabola, l'une des îles de la Société. Il y en a dans la biblio- thèque de Banks une belle figure coloriée, CHAP. I. CHÉT0D0NS PROPREMENT DITS. 81 faite à Otaïti par Weber lors du troisième voyage de Cook. Le Chétodon de prince. ( Chœtodon principalis , nob. ) On trouve dans Renard (2. e part., pi. 56, fig. 239), et dans Valentyn (n.° 4°7) ^ a figure d'un chétodon entièrement semblable à celui que nous venons de décrire, par les formes, par le filet, et par la grande tache noire de la dorsale; mais qui s'en distingue parce que son anale a aussi une tache pareille. Le fond de sa couleur est gris bleuâtre, et l'on y voit quelques stries longitudinales. Je ne doute pas que ces figures n'aient été faites d'après un poisson réel, et très-voisin de notre ephippium. Renard le nomme chietse- visch, ou poisson toile-peinte , nom que les Hollandais des Indes donnent à plusieurs chétodons, et Valentyn ikan-poetra-jang- adjaib, ce qui en malais signifie, dit-il, ad- mirable poisson de prince. Nous terminerons cette longue liste de cbé- todons proprement dits , par quelques espèces qui, au moyen du petit nombre des épines 7. 6 82 LIVRE VII. SQUA1MMIPENNES. de leur dorsale, nous conduisent aux chelmons. Elles viennent aussi de la mer des Indes. Le Chétodon a rubans d'or. ( Chœtodon chiysozonus , K. et V. H.) MM. Kuhl et Van Hasselt en ont décou- vert à Java une très-belle, de forme orbicu- laire. Sa longueur sans la caudale est égale à sa hauteur. Ses nageoires sont arrondies ; son museau est peu saillant, et néanmoins son profil est un peu concave. Elle se dislingue éminemment des précédentes par le nombre de ses épines dorsales, qui n'est que de neuf, fortes et élevées. Sa bande oculaire , quoique verti- cale, atteint la nuque : en dessous elle se prolonge sur la poitrine. Le museau et un espace derrière celte bande qui s'élargit vers le bas jusqu'aux ventrales, sont argentés ou dorés. Le corps a des lignes nom- breuses de points argentés, conligus, qui rempla- cent les stries des autres espèces. Sur le dos elles descendent obliquement en avant ; sur les flancs et sur le ventre elles marchent horizontalement. Il n'en parait rien sur les nageoires verticales , qui sont jaunes. La dorsale a sur le milieu de sa partie molle un ocelle noir, bordé de blanc. Une bande noire entoure la queue près de la base de la caudale. L'anale a un très-iin liséré brun. Les ventrales, pro- longées en pointe et atteignant jusqu'à la seconde épine de l'anale, sont entièrement noires. Les pec- CHAP. I. CHÉTODONS PROPREMENT DITS. 83 lorales sont plus courtes, demi- ovales et transpa- rentes. D. 9/29; A. 8/21; C. 17; P. 15; V. 1/5. Sa longueur est de cinq pouces. On possédait depuis long-temps au Cabinet du Roi un individu sec de cette espèce, que nous avions même appelé chœtodon ennea- canthuSy mais nous aimons mieux lui conser- ver le nom que lui avaient donné les jeunes et malheureux naturalistes à qui nous en de- vons de plus beaux échantillons. Le Chétodon lévré. {Chœtodon labiatus , K. et V. H.) Ces naturalistes ont encore fait dessiner ua poisson de la même côte, quils ont nommé labiatus, et qui ressemble à leur chrjsozonus par les nombres des rayons, par les longues ventrales noires, par la bande oculaire, par l'ocelle noir de la dorsale, et même par celui qui occupe comme une bande le côté de la queue ; mais il a sur un fond blanc deux larges bandes verticales jaunes, nuancées d'au- rore; l'une allant de la partie antérieure de la dorsale aux ventrales j l'autre occupant la partie postérieure de la dorsale, l'anale et l'espace intermédiaire. Le fond blanc de leur intervalle est tout semé de points assez serrés. La dorsale et l'anale sont lisérées de bleu et de blanc. Le bord des ocelles est bleu, et il y a un long trait bleu ? recourbé sur la bande jaune postérieure. 84 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. L'antérieure a, vers le bas, des stries noirâtres irrégu- lières. La caudale est jaunâtre , et a le bout cendré. L'individu n'a aussi que cinq pouces. Le Chétodon a ventrales noires. (Chœtodoîi melanopus, nob.) M. Reinwardt a rapporté des Moluques une espèce très-voisine des deux précédentes, et de même forme, avec les mêmes longues ventrales noires, la même bande noire sur la queue, et un ocelle au même endroit de la dorsale; mais qui en a aussi un sur l'anale, et où l'on ne voit pas les lignes de points argentés, si remarquables dans le chryso- zonuSy ni les points jaunes du labiatus. D. 10/27 j A. 3/17; C. 17; P. 14; V. 1/5. L'individu est long de quatre pouces six lignes. Nous l'appelons melanopus , à cause de la couleur de ses ventrales. Le Chétodon de Bennet. ( Chœtodoji Bennetti, nob. ) M. Éd. Bennet nous a fait voir au Muséum de la Société zoologique de Londres un ché- todon de Sumatra, à neuf épines dorsales, différent des précédens par la forme plus oblongue de son corps , qui est deux fois aussi long que haut. Le fond de sa couleur CHAP. I. CHÉTODONS PROPREMENT DITS. 85 est jaune. Sa bande oculaire et un grand ocelle ovale, sur le tiers postérieur du dos, sont noirs, lisérés de bleu, et il a sur le côté deux lignes longitudinales bleues, descendant un peu obliquement en arrière, l'une au-dessus, l'autre au-dessous de la pectorale. 86 WVRE VII. SQUAMMIPENNES. CHAPITRE IL Des Chelmons (Clielmon, nob.). Nous avons distingué les chelmons des ché- todons proprement dits, seulement à cause de la forme extraordinaire de leur museau, qui est long et grêle, formé par lintermaxillaire, qui se prolonge horizontalement outre mesure, et par la mâchoire inférieure , prolongée égale- ment et dans le même sens. Une membrane les unit sur moitié ou les deux tiers de leur longueur, en sorte que la bouche n'est qu'une petite fente horizontale au bout de cette es- pèce de cylindre ou de cône alongé. Les dents entourent les bords des mâchoires , et sont en fin velours plutôt qu'en soies. Le maxillaire se montre verticalement au côté de la base de ce cône , comme un petit disque presque rond. Leur profil, concave au-devant des yeux, se relève presque verticalement, de manière que le museau répond au quart ou au cin- quième inférieur de la hauteur de la tête, et que l'oeil est plus élevé d'un autre cinquième. Pour tout le reste les chelmons ressemblent aux chétodons proprement dits : leur corps est très-élevé j leur dorsale et leur anale sont CHAP. IL CHELMONS. 87 hautes et écailleuses; leur caudale est coupée carrément; leurs écailles sont assez grandes; leur ligne latérale est rapprochée du dos, dont elle suit à peu près la courbure : ils ont même des rapports avec certains chétodons pour les couleurs, ainsi que pour les bandes et les ta- ches qui les diversifient. XsXpûùv , dans Hesychius , est le nom d'un poisson indéterminé. On n'en connaît que deux espèces, toutes les deux de la mer des Indes. Le Chelmon a bec médiocre, (Chœtodon rostratus , Linn.; Chœtodon enceladus } Shaw.) qui est le plus anciennement connu, a le museau du sixième seulement de sa longueur totale , laquelle n'est pas tout-à-fait double de la hauteur- et si l'on comprend la dorsale et l'anale dans la hauteur, elle n'est comprise qu'une fois et un tiers dans la longueur. Ces nageoires sont angu- leuses , surtout la dorsale. Le corps a des stries lon- gitudinales et cinq bandes verticales, savoir : l'ocu- laire; une deuxième, qui descend de la nuque sur l'opercule et jusqu'à la base des ventrales; une troi- sième, qui va des derniers aiguillons de la dorsale au-devant de l'anale; une quatrième, allant du milieu de la partie molle dune de ces nageoires à l'autre, et la cinquième sur la queue, à la base de la eau- 88 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. dale. Elles sont d'une couleur plus foncée que le fond, lisérées de brun encore plus foncé, et de blanc en dessous du brun. On voit de plus sur la dorsale, au tiers de la longueur des rayons mous, du neu- vième au treizième, un ocelle ou grande tache ronde, noire, entourée de blanc. N'ayant observé ce pois- son qu'à l'état sec, et n'en trouvant point de des- cription faite d'après le frais, nous ne pouvons indiquer ses véritables teintes. Il n'y a à la dorsale que neuf aiguillons comprimés, légèrement arqués et assez forts. L'aiguillon de la ventrale est égale- ment assez fort, comprimé et un peu arqué. D. 9/29; A. 3/19; C. 16 ; P. 15; V. 1/5. Notre individu est long de près de six pouces. On assure que ce poisson habite les côtes de la mer et des rivières de Vile de Java, et que, lorsqu'il voit un insecte sur quelque brin d'herbe du rivage , il a l'instinct de lui lan- cer d'assez loin et avec la plus grande adresse une goutte, qui le fait tomber dans l'eau, de manière qu'il peut le saisir. Schlosser a décrit cette industrie dans les Transactions philosophiques de 1764 (p. 89), d'après Hummel, directeur de l'hôpital de Batavia. M. Reinwardt en a été récemment témoin. C'est même un amusement des Chinois de Java de tenir de ces poissons dans des vases, au-dessus desquels ils placent un insecte sur un fil ou sur un bâton. Le chelmon , pour le CIL\P. IT. CHELM0NS. 89 faire tomber, lance des gouttes d'eau à plus d'un pied de hauteur. Nous parlerons ailleurs d'un poisson d'un tout autre genre, le toxotes, qui a reçu le même instinct de la nature. Seba (t. III, pi. 25, fig. 1 7) et Bloch (pi. 202) ont donné des figures de cette espèce, con- formes à l'individu que nous avons sous les yeux. Celle de Linnaeus 1 est d'une forme plus alongée, et montre sur son anale des traces de bandes qui ne sont pas dans les autres. Dans celle de Shaw 2 la dorsale est trop arron- die, les écailles trop petites et les bandes mal distribuées. Celle de Schlosser 3 est encore plus mauvaise, en ce qu'elle ne montre aucune des bandes du corps. Le Chelmon a long bec, (Chœtodon longirostris 3 Brouss., Dec. ichtyol.) qui n'a été encore décrit que par Broussonnet, a le bec bien plus long que le précédent, et contenu seulement quatre fois et demie dans sa longueur. Sa hauteur est moindre, et est dans sa longueur près de deux fois et demie. Ses écailles sont beaucoup plus petites, ses aiguillons plus forts à proportion, et au nombre de onze ou de douze à sa dorsale 4, entre 1. Mus. Ad. Fred. , pi. 55, fig. 2. — 2. Chœtodon enceladus , Nat. Mise. , p. 67. — 3. Trans. phil. , 1764, pi. 9« 4. Broussonnet n'en compte que onze; nous en trouvons douze. 90 LIVRE VIT. SQUAWIPENNES. lesquels la membrane est profondément échancrée* ainsi qu'entre les trois de l'anale, qui sont égale- ment très-forts. Ces deux nageoires ont leur partie molle arrondie. La pectorale est très-pointue, du tiers de la longueur totale; et la ventrale a son pre- mier rayon mou prolongé en pointe, en sorte qu'elle égale presque la pectorale. Le bord postérieur de la caudale est à peine concave. Tout le corps de ce poisson, dans la liqueur, pa- raît d'un gris roussâtre; mais, selon Broussonnet, il est, dans le frais, d'un jaune citron. Au lieu de bande oculaire, il a une grande tache brune en forme de triangle, dont la base est à la hauteur du milieu de l'œil, le sommet à la nuque, un des angles à l'angle de l'opercule, et dont l'autre se prolonge en avant et se joint à son semblable pour former une ligne brune sur le haut du bec. Entre ces deux taches il y a sur le front un espace gris. La partie molle de la dorsale et de l'anale a un liséré brun ou noirâtre fort étroit. Un ocelle très-noir, entouré de blanc, est sur les six derniers rayons de l'anale, près de son bord. B. 5? D. 12/22; A. 3/18; C. 17; P. 15; V. 1/5. Notre individu est long de six pouces; celui de Broussonnet était à peu près de la même taille. La figure qu'il en a donnée est fort exacte. Le Muséum de Banks avait reçu cette espèce des îles de la Société et de celles de Sandwich ; mais on la trouve aussi dans la mer des Indes , car M. Matthieu l'a envoyée de l'Isle-de-Fraiice au Cabinet du Roi 7 et il CHAP. II. CHELMOiNS. 91 y en a une excellente figure dans le Recueil de Vlaming (n.° i \ 2) , intitulée douwiîig-songo. C'est une de celles que ni Renard ni Valentyn n'ont copiées. Conforme pour les couleurs avec la description de Broussonnet, elle nous ap- prend de plus que la caudale est verdâtre. On ne nous dit pas si cette espèce a les mêmes habitudes que la précédente, mais cela paraît assez probable daprès son organisation. 92 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. CHAPITRE III. Des Héniochus et des Zanclus. Il y a des chétodons assez semblables à ceux auxquels nous laissons ce nom en par- ticulier, mais qui s'en distinguent par la crois- sance rapide de leurs premiers aiguillons du dos, et surtout parce que le troisième ou le quatrième se prolonge en un filet quelquefois double de la longueur du corps; il ressemble à une espèce de fouet, et c'est de là que, dans notre Règne animal, nous avons d'abord tiré leur nom, qui signifie cocher. 1 Depuis lors un examen plus attentif de leurs caractères nous a déterminé à les subdiviser, et à rétablir pour ceux qui n'ont que de petites écailles le genre zanclus, ou tranchoir, autre- fois créé pour eux par Commerson. DES HÉNIOCHUS PROPRES. Us se reconnaissent aisément aux grandes écailles dont ils sont couverts. Nous en pos- sédons maintenant deux ou trois espèces. 1. Règne animal, i. re édit., t. II, p. 335; 2. e édit., t.II, p. 191. CHAP. III. HÉNIOCHUS. 05 JL'HÉNIOCHUS COMMUN. (Heniochus macrolepidotus , nob.; Chœtodon macrolepidotus, L. Bl., pi, 200, fig. 1.) La première est un grand poisson célèbre dans les Indes par son excellent goût, et connu des colons hollandais sous les noms de porte- enseigne , porte-pavillon 1 , par où ils ont voulu rappeler cette espèce de long mât qu'il a sur le milieu du dos. Ils l'appellent aussi tafel- visch, parce que c'est le poisson dont ils se nourrissent le plus, et Ruysch assure qu'à Amboine on ne donne point de repas un peu recherché sans l'y servir. Il le compare pour le goût aux meilleurs pleuronectes. 2 Linnœus l'a appelé chœtodon macrolepido- tus, bien que plusieurs autres chétodons aient les écailles proportionnellement aussi grandes; mais cette épithète rappelait le caractère le plus apparent qui le distingue de l'espèce , alors la plus voisine : du chœtodon cornutus, qui est maintenant de notre genre zanclus. 1. Vlaming, n.° 202, alpherus. Renard, t. I, pi. 3i , fig. 168, vlagman (porte-pavillon); t. II, pi. i4> fig- G6, et Ruysch, pi. 1, n.° 3, vaandrager (porte-drapeau). Valentyn, n.° 18, ikan-alferes- hidam-hidjœ (poisson porte-enseigne noir et vert); niais dans d'au- tres figures (n. os 201 et 324) il lui donne des noms difFérens, soit malais, soit même composés de malais et de portugais, comme (n.° 372 ) ikan-pampus-jang-balejar (pampus voilier). 2. Ruysch, pi. l, fig. 1. 94 LIVRE VIL SQUAMMIPENNES. Son corps est très -élevé; la courbe supérieure presque en demi-cercle, sur laquelle la dorsale élève un angle obtus d'où part le long filet ; la courbe infé- rieure presque droite et terminée en arrière par l'angle de l'anale. La hauteur n'est qu'une fois et demie dans la longueur totale, la caudale comprise. Le museau, quoique court, est assez pointu, attendu que le profil est concave. Le front et la crête du crâne s'élèvent presque perpendiculairement, en sorte que la longueur de la tête ne fait que les deux tiers de sa hauteur. La nuque est presque verticale, et la hauteur de la tête n'est que des trois cinquièmes de la hauteur totale, qui paraît encore augmentée par la saillie de la dorsale. Le diamètre de l'œil est du tiers de la longueur de la tête, et il est placé un peu au-dessus du milieu, très -près du profil. Les deux orifices de la narine en sont très- voisins; le posté- rieur, plus petit et rond, est un peu plus élevé que l'antérieur , qui est ovale et plus grand , sans rebord ni à l'un ni à l'autre. La bouche est fort petite, peu protractile; la nicàchoire inférieure plus saillante que l'autre; les dents simples et très -menues. Un petit bout ovale de maxillaire paraît derrière la commis- sure. Ni le sous-orbitaire ni le préopercule n'ont de dentelures; mais ce dernier a une légère échancrure au-dessus de son angle, qui est arrondi. L'opercule finit en angle obtus, surmonté d'un arc rentrant. La membrane branchiostège est fort cachée , et contient cinq rayons; elle n'est séparée de celle de l'autre côté que par un isthme fort étroit. La dorsale s'élève d'a- bord assez rapidement, ses deuxième et troisième ai- CHAP. III. HÉNÎOCHUS. 9i> guillons étant chacun à peu près double du précédent. Le quatrième se prolonge en un filet autant et plus long que le corps, accompagné sur toute sa longueur en arrière dune prolongation étroite de la membrane qui se dilate quelquefois au bout. Il en vient ensuite * sept et quelquefois huit autres. Le premier des sept, ou le cinquième , est seulement un peu plus long que le quatrième, et les suivans diminuent, mais lentement. Les rayons mous se relèvent lentement aussi, et suivent pour cette partie de la nageoire la courbure d'un arc de cercle. Cette partie molle égale l'autre en longueur. Le nombre des rayons y est de vingt-quatre ou de vingt-cinq. L'anale a trois aiguil- lons et dix-sept ou dix-huit rayons mous ; elle est taillée en angle saillant, dont le sommet appartient au cinquième et au sixième rayon. La caudale est coupée carrément. La pectorale est en demi -ovale assez pointu : sa longueur, ainsi que celle de la cau- dale, est du quart de celle du corps. La ventrale finit en pointe, qui atteint le premier rayon de l'anale; son épine, forte et comprimée;, n'est que d'un quart plus courte que le grand rayon mou. D. 11 ou 12/24; A. 3/18; C. 17; P. 17; V. 1/5. Il y a environ quarante-cinq écailles sur une ligne longitudinale, et trente et quelques sur une verti- cale : en y ajoutant celles de la dorsale, on en au- rait plus de quarante en hauteur; il y en a de plus larges que longues, et d'autres dont les dimensions sont égales. Leur limbe est si finement strié, qu'il faut la loupe pour s'en apercevoir. Leur éventail a douze et quinze rayons; mais les crénelures de leur bord 9G LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. radical sont insensibles ou peu marquées. Il y en a sur toute la tête, et la dorsale et l'anale en sont gar- nies jusque très-près du bord. Le fond de sa couleur est d'un blanc argenté. Le dessus du bout du museau et l'intervalle des yeux, quelquefois même tout le chanfrein, sont colorés de noir. Deux larges bandes noires traversent le corps : la première va depuis les trois premiers rayons de la dorsale, en s'élargissant, jusqu'au ventre, où elle oc- cupe depuis la base des ventrales jusqu'à la naissance de l'anale; en passant elle occupe aussi le bord de l'opercule. La pectorale est implantée sur cette bande et a sa base noire; mais le reste de la nageoire est jaune citron. Les ventrales, implantées sous le bord anté- rieur de la bande, sont entièrement noires. La deuxième bande descend des sixième, septième et huitième rayons épineux de la dorsale, en se portant obliquement en arrière; elle finit sur l'anale, dont elle couvre la moitié postérieure, au-dessus de son angle. La partie molle de la dorsale et toute la caudale sont d'un jaune citron , comme la pectorale. Je juge par les enluminures de Vlaming , que , dans le frais, le noir a une teinte bleuâtre, et l'ar- genté une teinte verdàtre. Nos plus grands individus n'ont que dix pouces de longueur. Mais l'espèce atteint une taille beaucoup plus grande, si, comme Renard et Valentyn l'assurent, il y en a de vingt et vingt-cinq li- vres \ cependant M. Leschenault nous dit qu'à CHAP. III. HÉMOCHUS. 97 Pondichéry, où on le nomme tal-parété, on n'en voit que de neuf à dix pouces. Il est vrai que ce poisson y est rare; mais il abonde dans tout le reste de la mer des Indes. Les Hollandais que nous avons cités, en ont reçu les figures des Moluques. Gommerson l'a fait dessiner à lIsle-de-France 1 , oùMM.Dussumier, Desjardius, Quoy et Gaimard l'ont vu éga- lement. M. Dussumier nous l'a rapporté de Manille; MM. Quoy et Gaimard de Célèbes et de la Nouvelle - Guinée , et M. Raynaud de Trinquemalé. Les viscères de Vheniochus à grandes écailles oc- cupent peu de place dans l'abdomen de ce poisson. Le foie remplit l'hvpocondre droit, et 1 intestin est roulé sur lui-même cinq a six fois dans le côté gauche. L'œsophage est assez long; les parois s'épaississent un peu vers le cardia. L'estomac est un sac pointu, assez grand, dont les parois sont minces. Le pylore s'ouvre sous le cardia; tout auprès de lui il y a sis appendices cœcales courtes, dont trois du coté droit de l'estomac. La vessie aérienne est petite, et ses parois sont très- minces. Le squelette a la surface du crâne très- lisse; sa crête haute comme la moitié du reste delà tête, très- pointue au sommet; son bord inférieur un peu élargi 1. M. de Lacépède a fait graver ses figures tome IV, pi. n, fig. 3, et pi. ta, fig. i. 98 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. à droite et à gauche par un rebord; une petite proé- minence au bord antérieur de l'orbite, qui se voit aussi dans le poisson desséché; vingt-trois vertèbres, dont quatorze à la queue et neuf à l'abdomen ; les côtes comprimées , un peu canaliculées à chaque face, avec de petits appendices grêles près de leur base; deux interépineux très -grêles, à sommet re- courbé en avant , entre le crâne et celui qui porte la, première épine dorsale, lequel a lui-même son som- met en forme d'épine couchée en avant. Celui de l'anale n'a point dans le bas de partie dirigée en avant. Z/Héniochus pointu. (Heniochus acuminatus , nob. ; Chœtodon acuminatus , Linn.) Le clicetodon acuminatus de Linnœus , tel qu'il l'a représenté 1 , ne diffère de notre he- niochus à grandes écailles que parce que sa quatrième épine est plus courte, ce qui peut être un accident de l'individu, et parce que sa deuxième grande bande noire semble s'étendre sur l'arrière du dos, jusqu'à la base de la partie molle de la dorsale. Je doute que l'on puisse établir une espèce sur des caractères aussi peu importans. Ce qui aura contribué à faire conserver celle-là dans les listes, c'est que Linnœus donne à sa dor- 1. Mus. Ad. Fred., pi. 35 ; fig. 3. CHAP. III. HÉNIOCHUS. 99 sale des nombres étranges (5/25); mais sa figure même montre douze ou treize aiguillons bien distincts, ainsi que l'a déjà fait remarquer Schneider 1 : peut-être n'est-ce qu'une faute d'impression, 3 pour i3. Z/Héniochus renversé. (Heniochus permutatus s Ed. Benn.) Peut-être est-ce aussi parmi les variétés qu'il faut placer un individu que M. Éd. Bennet nous a montré dans le Cabinet de la Société zoologique de Londres, et dont les couleurs sont changées de manière que ce qui est blanc dans les indiv idus ordinaires , y est noir, et vice versa. Nous devons attendre une description plus exacte de ce poisson, que promet l'excellent ichtyologiste à qui nous en devons la com- munication. Z/Héniochus bouche-d'or. (Heniochus chrjsostomus, nob.; Chœtodon chrjsostomus, Park. ) Mais il se trouve dans la Bibliothèque de Banks un dessin de Parkinson, tait à Otaïti, et 1. Bloch ? Sjstème posthume, pi. 23a. \ 00 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. intitulé chœtodon chrjsostomus , qui, s'il est fidèle , pourrait annoncer plus qu'une variété. La première bande noire prend du front, couvre la tempe et l'opercule, et passe devant la pectorale pour aboutir sur les ventrales; la seconde prend des troisième, quatrième et cinquième aiguillons dor- saux, et se rend obliquement, comme dans la première espèce, sur la moitié postérieure de l'anale, et il y en a une troisième, conliguë dans le haut à celle-là , mais qui suit le dos le long de la base de la dorsale jus- qu'à la caudale exclusivement. Du reste, cette der- nière nageoire, ainsi que la partie molle de la dor- sale et la pectorale, sont jaunes. Il y a aussi du jaune dans l'intervalle des deux dernières bandes , et le dessus du museau est orangé. On voit distinctement dans ce dessin une petite pointe au-dessus de chaque orbite. jL'Héniochus licorne, (Heniochus monoceros , nob.) rapporté récemment de FIsle-de-France par MM. Quoy et Gaimard , paraît devoir être regardé avec plus de probabilité comme une espèce particulière. Ses formes , ses nombres de rayons ne diffèrent pas de l'espèce commune, si ce n'est qu'il a au milieu de sa crête frontale, à une distance au-dessus de l'or- bite égale à celle de l'orbite au museau, une saillie conique, obtuse, tout-à-fait caractéristique. Ses pointes aux orbites sont aussi plus marquées. Le noir et le CHAP. III. HÉNIOCHUS. ï 04 blanc ne sont pas tout-à-fait distribués de même. Une bande brune occupe toute la crête antérieure du crâne. Arrivée à la hauteur des yeux, elle prend de chaque côté une petite tache noire : il y a ensuite une bande transverse pâle; puis une bande transverse noire d'un œil à l'autre, sous laquelle est encore une bande pâle. Tout le museau au-dessous de l'orbite est noir, excepté les lèvres. La grande bande noire antérieure du tronc ne part pas des premiers rayons épineux , en avant du grand, mais au contraire des deux qui suivent ce grand rayon; cependant elle se termine inférieurement comme dans l'espèce commune, et le noir y teint de même les ventrales et le bord anté- rieur de l'anale. La deuxième bande ne remonte pas sur la dorsale, et n'occupe que la partie postérieure du tronc; elle prend de même la moitié postérieure de l'anale, et elle est plutôt brune que noire. D. 12/26; A. 3/19, etc. Notre individu est long de sept pouces. Il se pourrait qu'il y eût encore parmi les figures que nous avons citées des anciens au- teurs hollandais , des poissons qui , malgré leur ressemblance avec ïheniochus macrole- pidotus, en diffèrent par quelque caractère, que l'observation parviendra à mieux déter- miner un jour. Leur porte-drapeau _, par exem- ple, qu'ils disent 1 ne pas servir à la nourriture, 1. Ruysch, pi. i,n.°3; Renard, 2 . e part., pi. i4; %• 66. \ 02 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. demeurer petit et vivre en troupes, pourrait bien n'être pas le même que le grand tajel- viscliy mais nous ne pourrions le placer dans notre liste qu'autant que nous lui aurions reconnu des différences positives. Nous n'en parlons donc ici que pour engager les voya- geurs à le rechercher. DES TRANCHOIRS (Zjnclus, Comraers.) Avec le long filet des héniochus, les zanclus ont les écailies réduites pour l'œil à une légère âpreté, qui fait ressembler leur peau à un cuir pareil à celui qui couvre certains acanthures. Le Tranchoir cornu. {Zanclus cornutus , nob. ; Chcetodon coimutus, Linn. Bl., pi. 200, iig. 2.) L'espèce la plus répandue, celle que les petites pointes de ses orbites ont fait nommer cornue, assez semblable aux héniochus pour les formes et les couleurs, en diffère beaucoup pour les écailles et pour d'autres particularités extérieures et intérieures. Son corps, moins le museau et les nageoires, offre un contour circulaire, ce qui lui a fait donner par les Hollandais des Moluques le CHAP. III. ZANCLUS. 105 nom de besan l . Ils lui donnent aussi ceux de piquier*, de trompette^ et de porte-en- seigne*. Sa figure extraordinaire et ses petites cornes l'ont rendu l'objet de la superstition de certaines peuplades, et Renard assure que les pécheurs des Moluques, lorsqu'il leur ar- rive d'en prendre un, le rejettent à la mer après lui avoir fait des génuflexions 5 , et donné d'au- tres marques de respect. C'est d'ailleurs comme la grande-écaille un excellent poisson, qui a le goût du turbot, et pèse jusqu'à douze et quinze livres 6 . On en a de bonnes figures dans Seba 7 , dans Klein 8 , dans Bloch (pi. 200, fig. 2). Com- merson l'avait décrit à Otaïti en 1767 , et en avait fait un genre sous le nom de zancltis (tran- choir) : l'ayant retrouvé en 1770 à llsle-de- France, où Ion nomme ce poisson fil-en-dos , il l'y décrivit une seconde fois comme un chétodon, et, à ce qu'il paraît, sans se rappeler son genre zanclus. Des individus entièrement semblables aux 1. Besaantje, Vlaming, n.° 2o3 ; Renard, i. re part., pi. i5, fig. 76. — '2. Idem, 2/ part., pi. 16, fig. 75. — 3. Val en f .y n , n.° 168; bonne figure. — 4. Idem, n.° 456. — 5. Moorse-afgodt (idole des Maures), Renard, 2. e part., pi. g, fig. 44- Rujsch , pi. 1, fig, 5. — 6. Renard, 2. e part., pi. 9, fig. 44- 7. Copié dans l'Encyclopédie méthodique, ichtyologie, fig. 168. 8. Miss. IV, pi. 12, fig. 2 et 5. 404 LIVRE VIT. SQUAMMIPENNES. siens ont été rapportés des Carolines par MM. Lesson et Garnot, et des îles Sandwich , de Tongataboo, de Vanicolo et de Célèbes par MM.Quoyet Gaimard. Ainsi l'espèce ne s'étend pas moins dans l'océan Pacifique que dans la mer des Indes. Nous avons déjà dit que la forme de son tronc est presque circulaire ; mais de ce cercle sortent un museau conique et pointu , une dorsale et une anale pointues, et la pointe de la dorsale se prolongeant en iilet deux fois plus long que le corps; enfin, une caudale qui s'évase un peu en croissant. Sa hauteur , prise du devant de la dorsale à la base des ventrales, est une fois et deux cinquièmes dans sa longueur, prise du bout du museau à celui de la caudale. Son épaisseur est cinq ou six fois dans sa hauteur. A compter de la dorsale, la nuque ou plutôt le crâne descend rapidement; et à compter des yeux, la courbe du profil est très-concave, ce qui f lit saillir le museau comme un cône une fois aussi long que large; et malgré cette saillie, la lon- gueur toute entière de la tête ne fait que les trois cin- quièmes de sa hauteur. La bouche est très-peu fendue et garnie de dents en soies simples , inclinées en avant : on ne distingue ni le maxillaire ni le sous- orbitaire au travers de la peau. Les deux bords du préopercule forment un angle très-obtus, et dont le sommet est arrondi. L'opercule , trois fois plus haut que long, a son bord arrondi et sans angle. Ce qui donne au tronc de ce poisson une forme CHAP. HT. ZANCLUS. 105 circulaire , c'est surtout la convexité de la poitrine vers le bas, produite par le grand élargissement des os de l'épaule. Il en résulte que le museau est pres- que au milieu de la hauteur du corps. L'œil est près du profil, et à peu près au milieu de la hauteur de la tête; son diamètre est du septième de cette hau- teur. Près de son bord, vers le bas, sont les deux orifices de la narine, fort rapprochés, petits, à peu près égaux. L'antérieur est un peu inférieur, et a un léger renflement à son bord supérieur. Un peu au- dessus de la narine, et au-devant de l'œil, est de cha- que côté une petite pointe ou corne aiguë, mais à base large, dirigée obliquement en avant et en haut. La fente des ouïes ne s'étend que depuis la hauteur de l'œil à celle de la bouche, et il reste entre elle et sa correspondante de l'autre côté un isthme charnu et épais. On ne distingue pas les rayons branchiostèges au travers de la peau ; mais la dissection m'en a montré quatre. Commerson dit qu'il n'y en a qu'un, mais c'est une erreur; il se trompe aussi en ajoutant que la quatrième branchie avorte : il y en a quatre de chaque côté, divisées chacune assez profondément en deux feuillets. La dorsale commence près du som- met de la tête, qui est aussi le point le plus élevé du corps, par deux très-petits aiguillons; mais le troi- sième se prolonge en un fil flexible deux fois plus long que le corps. Le quatrième l'égale presque. Les suivans décroissent assez vite jusqu'au septième, après lequel commencent les rayons articulés, qui eux- mêmes décroissent aussi très-vite, en sorte que la nageoire est basse sur les deux tiers de sa longueur; 106 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. elle a quarante de ces rayons mous. L'anale est aussi bien plus haute en avant , où son premier rayon mou a les deux cinquièmes de la hauteur du tronc : il y en a en tout trente-trois, précédés de deux aiguil- lons; le premier très-petit, le second du tiers de la longueur du premier rayon mou. La portion de queue derrière les nageoires n'a pas le douzième de la longueur totale; mais sa hauteur est du huitième. Les pointes de la caudale, dont le bord est légère- ment concave , en ont le huitième. La pectorale est en demi-ovale, d'un peu moins du quart de la lon- gueur. La ventrale est un peu plus longue, et sur- tout beaucoup plus pointue. B. 4? D. 11/40; A. 2/33; C. 17; P. 16; V. 1/5. Lorsqu'on examine avec une forte loupe la peau de ce poisson, elle montre pour toutes écailles des lames verticales fort étroites, assez courtes, très- serrées les unes contre les autres , et finement den- telées à leur bord antérieur et postérieur. Il s'en porte de semblables sur la moitié de la hauteur de la dorsale et de l'anale. La ligne latérale, qui ne se marque que par un léger reflet, suit la forte cour- bure du dos, en demeurant à une distance de la nageoire égale au septième de la hauteur totale. Toutes les figures montrent à ce poisson trois larges bandes noires. La première, la plus large de toutes, part de la nuque, embrasse l'œil, couvre l'épaule, l'opercule, la moitié de la joue et tout l'in- tervalle entre lome, la pectorale et la ventrale, qu'elle teint aussi en noir; la deuxième règne depuis la se- CHAP. III. ZANCLUS. \ 07 conde moitié de la pointe de la dorsale jusque sur une partie plus considérable de celle de l'anale ; la troisième couvre la caudale, excepté son bord, qui forme un croissant blanc. Le museau et la partie antérieure de la joue sont blancs, et ce blanc se prolonge en pointe sous la gorge dans le noir de la première bande; mais il y a une tache noire sur le dessus de la mâchoire inférieure, et tout le bout de l'inférieure est aussi noir. Une ligne noire des- cend le long du profil, et donne à droite et à gauche une branche qui entoure un triangle orangé, dont chaque côté du museau est orné. Deux lignes blanches partent du haut de l'œil, et se rendent, la première, en travers du front, la seconde, oblique- ment vers la nuque. Une autre ligne blanche part de l'ouïe et descend obliquement en se courbant un peu vers la racine de la ventrale; souvent il y a aussi une ligne blanche qui descend de la base de la pec- torale vers le ventre , en se tenant parallèle au bord postérieur de la première bande noire. Une ligne blanche semblable suit aussi de près le bord posté- rieur de la deuxième, et il y a un liséré blanc au bord antérieur de la troisième. L'intervalle de la pre- mière à la seconde bande est blanc antérieurement, et jaune sur le reste de son étendue ; celui de la deuxième à la troisième est tout jaune. Le blanc et le jaune s'étendent sur les portions correspondantes de la dorsale et de l'anale, qui ont en outre dans leurs parties basses une ligne orangée, une blanche et une noire toul-à-fait au bord. La pectorale est grise. 108 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. Cette description des couleurs est prise d'une figure coloriée laissée par Commerson 1 , et conforme à des individus très-frais, rap- portés récemment par MM. Lesson et Garnot; mais dans les sujets desséchés ou conservés dans la liqueur, le jaune disparaît, et l'on ne voit que du noir et du blanchâtre. 11 arrive aussi très-souvent que les petites cornes des sourcils sont usées jusqu'à la ra- cine, et il paraît que dans les très-jeunes in- dividus elles ne se montrent point encore. Nous avons de ces poissons de neuf à dix pouces de longueur, mais ils deviennent plus grands. Les différences que nous présentent les viscères de l'héniochus cornu, comparés à ceux du chétodon macrolépidote, sont tout aussi grandes que celles que nous avons trouvées dans leurs formes exté- rieures. Le foie est grand, placé sous l'œsophage, qu'il embrasse à peine dans ses lobes. Le lobe gauche est le plus petit; il est d'une forme alongée et un peu renflée à sa réunion avec le droit. Celui-ci est grand et divisé en cinq lobules, dont deux internes sont minces et pénètrent entre les replis du tube intestinal. 1. M. de Lacépède en donne une copie rapetissée (t. IV, pi. 1 1. CHAP. III. ZANCLUS. 409 La vésicule du fiel est grosse, arrondie, un peu alongée ; elle est suspendue à un canal cholédoque très-grêle, très -long, qui reçoit plusieurs vaisseaux hépato-cystiques , et qui débouche ensuite à la base d'un des cœcums. L'œsophage est un gros tube cylindrique, à parois épaisses et chargées en dedans de grosses rides lon- gitudinales. Il s'étend jusqu'à la moitié de la longueur de la cavité abdominale; il s'infléchit vers le bas , et se dilate en une grande poche qui forme l'estomac. Ce viscère se trouve ainsi placé dans une position oblique, de haut en bas et d'arrière en avant, dans l'abdomen. Sa capacité est médiocre; ses parois sont épaisses; sa veloutée est chargée en dedans de grosses rides, qui sont les prolongemens de celles de l'œso- phage. Le pylore, placé à l'extrémité de ce sac, pres- que sous le diaphragme, s'ouvre par un trou assez large; il est entouré de quatorze appendices cœcales, longues, appuyées sur l'estomac, dont elles suivent le contour. L'intestin remonte sous le diaphragme entre les lobes du foie; il passe sous l'œsophage, se courbe en même temps que lui, et revient auprès du duo- dénum; se courbe de nouveau, se porte en arrière en suivant la face inférieure de l'estomac, de manière à remonter jusqu'auprès de l'épine derrière l'œso- phage; se courbe encore, descend sous l'autre pli, et se porte vers le diaphragme jusques entre les lobes du foie en avant du duodénum; il remonte alors dans l'hypocondre gauche, et, le traversant obliquement sans faire aucun autre repli, il débouche à l'anus. 410 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. La rate est petite, alongée, et repose sur l'estomac entre les replis de l'intestin et les appendices cœcales. Les ovaires sont de médiocre grandeur, et reje- tés vers l'arrière de l'abdomen. Le squelette de l'héniochus cornu x est surtout remarquable par le développement que prennent la lame postérieure de 1 humerai et tout le cubital : ce sont ces larges lames qui enveloppent la poitrine de ce poisson dans une espèce de coffre osseux, tran- chant en dessous. Je ne lui trouve que vingt-deux vertèbres, dont neuf abdominales; elles ont des apo- physes transverses, assez larges. La neuvième se di- late de chaque côté en dessous, et forme ainsi un petit bassin pour la fin de la vessie natatoire. L'in- terépineux, qui porte la première épine dorsale, forme à son sommet en avant de cette épine, comme dans plusieurs scombéroïdes, une petite pointe ai- guë, couchée et dirigée en avant. Au-devant de cet interépineux en est un seul sans épine, simple, droit et grêle. Celui qui porte les deux premières épines anales, se termine dans le bas par une lame triangu- laire, dont la pointe est dirigée en avant. Le chcetodon canescens de Linnaeus [ché- todon grison, Lacép.), établi sur une figure de Seb a (t. III, pi. 25, n.° 7)% n'est qu un jeune individu de cette espèce, desséché et déco- 1. Il y a une figure de ce squelette dans les Planches iclityoto miques de M. Rosenthal, 3. e cah., pi. i3, fig. 3. 2. Copiée dans l'Encyclopédie méthodique, fig. 166. CHAP. III. ZANCLUS. \\\ lore. L'échantillon même de Seba est au Cabi- net du Roi , et ne laisse pas de doute sur cette identité; mais nous n'oserions affirmer que dans les nombreuses figures de Renard et de Valentyn, qui ne semblent différer que par l'en- luminure, il n'y en ait point qui n'appartien- nent à des espèces vraiment distinctes. Ce sera un sujet intéressant d'observations pour les naturalistes voyageurs. 112 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. CHAPITRE IV. Des Ephippus , des D répanes , des Sca- tophages et des Taurichtes. Nous avions appelé ephippus (cavaliers) 1 les chétodons qui ont deux dorsales , ou du moins dont la dorsale est profondément écbancrée entre sa partie épineuse et sa partie molle, et qui se distinguent encore des autres, parce que la partie épineuse n'est point garnie d'écaillés, et peut se replier, comme celle des sciènes, dans un sillon formé par la peau du dos. Leur corps est généralement de forme ovale ou approchant de l'orbiculaire. On en distingue trois petites subdivisions, dont nous avons cru devoir former autant de genres. La première, à laquelle nous conser- vons le nom d ephippus, a trois épines à lanale, et les pectorales ovales; elle possède des es- pèces en Amérique et aux Indes. La seconde, que nous appelons drepanis, est exclusivement des Indes, et, avec les mêmes épines à l'anale, a de longues pectorales pointues, taillées en faux. La troisième, les scatophages, aussi des 1. Règne animal, i. re édit., t. II, p. 555: a. e édit., t. II, p. 191. CHAP. IV. ÉPHIPPUS. \ 1 5 Indes, aies pectorales courtes, et quatre épines à l'anale. Ses écailles sont beaucoup plus pe- tites. DES ÉPHIPPUS. Z/Éphippus forgeron. (Ephippus faber, nob.; Chœtodon triostegus , L.; Chœtodon faber, Brouss., Bl. et Lacép.) L'éphippus d'Amérique le plus connu a été décrit et représenté par Sloane 1 sous les noms de faber marinus , fere quadratus ou de pilot-JisJi. Linnaeus 2 a placé ensuite cet article de Sloane parmi les synonymes de son chœto- don triostegus, qui dans la réalité était un acanthure, ainsi que le prouvent la description qu'il en a insérée dans le Prodrome du deuxième volume du Musée d'Adolphe-Fréderic (p. 70), et l'autre synonyme, qu'il a tiré de Seba (t. III, pi. 2^, lig. 4); niais il embrouille encore son histoire eu y joignant un troisième synonyme, tiré de Brown 3 , et qui est un chétodon pro- prement dit (le chœtodon capistratits). Broussonnet crut avec raison devoir con- sidérer ce nom de chœtodon triostegus comme 1. Jam., t. II, pi. 2 5 1, fig. 4- — 2. Douzième édition, p. 463. — 3. Jam., p. 454- 7- 8 1 I 4 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. appartenant particulièrement à l'acanthure 1 , et donna à i'épbippus qui nous occupe, et dont il a publié une bonne figure et une description détaillée, celui àefaber, qu'il prit dans Sloane, et que Bloch et M. de Lacépède lui ont con- servé; mais Broussonuet, de son côté, confon- dit ce faber avec le stront-visch des Indes de Nieuhof et de Willughby, qui est le cliœtodon argus ou l'un de nos scatophages, ce qui lui a fait avancer que l'espèce appartient aux deux océans. Bloch (pi. 2 1 2, fig. 2), qui a à peu près copié sa figure 2 , n'a pas adopté cette erreur; mais il réduit ce poisson à des limites trop étroites, en bornant son séjour aux côtes de l'Amérique méridionale. Nous sommes certains qu'on en prend depuis New-York jusqu'à Rio- Janéiro. Nous l'avons reçu du premier de ces 1. La phrase caractéristique de Linnœus et la description qu'il y ajoute, telles qu'elles se trouvent dans la douzième édition du Systema naturœ , n'indiquent pas exclusivement l'acanthure. Les trois rayons branchiaux mêmes ne s'y rapporteraient pas, car les acanthures en ont quatre; et quoique les éphippus en aient six, ils n'en montrent que trois à l'extérieur, et pour voir les trois autres, il faut enlever la peau de l'isthme. Mais ce qui ne laisse aucun doute, c'est la description des dents dans le tome II du Musée d'Àdolphe-Fréderic [dénies oclo seu decem,pectinati, quinquedentaiï). Cependant il n'y est pas parlé d'épines aux côtés de la queue : peut- être étaient-elles tombées, ou l'auteur ne les a-t-il pas remarquées; peut-être a-t-il lui-même confondu deux poissons diflférens. 2. Bloch dit avoir pris cette figure de Plumier; mais tout annonce qu'il en a au moins corrigé les détails d'après celle de Broussonnet. CHAP. IV. ÉPHIPPUS. î I 5 ports par M. Milbert, et du second par M. De- lalande et MM. Quoy et Gaimard. Les points intermédiaires nous en ont aussi envoyé : Cuba, par M. Poey; Porto-Rico et Saint-Barthélémy, par M. Plée ; la Martinique , par M. Achard ; Cayenne, par M. Poiteau. Il avait été adressé de la Caroline à Linnasus par Garden; et M. Mitchill la représenté (pi. 5, fig. 4), niais sous le nom de cloudy-chœtodon , parce qu'à tort il le jugeait nouveau. A Rio-Janéiro il se nomme inchada. Parmi les colons espagnols il par- tage avec d'autres chétodons les noms de chi- rivita et de palometa, et chez nos colons de la Martinique on lui donne celui de monbin, en commun avec Xholacanthe tricolor, et probablement aussi avec d'autres, tant il est vrai que les nomenclatures populaires n'ont jamais de fixité. Ce qui le prouve encore, c'est qu'à Saint-Domingue on l'appelle demoiselle , et qu'une variété un peu plus pâle s'y nomme demoiselle-marguerite. Au reste, il n'en est que trop souvent de même des nomenclatures scientifiques, et, outre ce que nous avons dit au commence- ment de cet article, le poisson dont nous par- lons en offre encore un autre exemple. Gmelin 1 l. Linn. Gmel., p. i2a5. 4 46 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. a fait de la figure de Sloane un zeus , quil nomme zeus quadratus, et M. de Lacépède a fait de ce zeus de Gmelin sa sélène quadran- gulaire \ tout en conservant dans sa liste des cbétodons le chétodon forgeron, qui est la même chose. Le corps de cet cphlppus est presque orbiculaire et parait prendre de la hauteur avec lage; car nous trouvons les grands individus plus élevés que les petits. En général, sa hauteur serait égale à sa lon- gueur, si l'on en retranchait la queue 2 et la caudale, et lorsqu'on les y comprend , elle en fait un peu moins des trois quarts. La courbe du dos descend par un arc de cercle uniforme au museau, qui ne saille point hors de cet arc. La tête a en longueur un peu moins du quart de celle du poisson, et cette longueur fait les trois cinquièmes de sa hauteur. L'œil est au milieu de la hauteur, un peu plus près du profil que de l'ouïe, et a le tiers de la longueur en diamètre. La bouche est au cinquième inférieur de la hauteur, horizontale, et fendue seulement jus- que sous le bord antérieur de l'œil. Les dents sont en soies simples et pointues. L'orifice postérieur de la narine est une fente verticale, très -près du bord antérieur de l'orbite; l'antérieur un petit trou rond, entre le précédent et le bout du museau. L'intervalle des yeux est arrondi transversalement; mais la crête du crâne est tranchante. Le préopercule est rectan- 1. Lacépède, t. IV, p. 564- 2. J'entends la portion de queue derrière la dorsale et l'anale. CHAP. IV. ÉPIIIPPUS. 4 47 gulaire; mais son angle est arrondi; ses bords n'ont aucune dentelure, ou tout au plus le doigt en per- çoit-il quelque vestige près de l'angle. L'opercule osseux a un angle obtus. La fente des ouïes est pres- que verticale; sa partie inférieure répond sous l'angle du préopcrcule, et se montre un peu à découvert, mais est fort séparée de sa correspondante, tout le dessous de la mâchoire inférieure restant entier. On voit assez aisément les trois rayons branchiostèges supérieurs; mais il y en a trois autres, que Ton ne découvre qu'en enlevant la peau de l'isthme. La pec- torale est petite et arrondie, ou demi-ovale, et s'at- tache au quart inférieur de la hauteur. Sa longueur n'est que du sixième de celle du corps; elle a dix- sept rayons. Les ventrales sont deux fois plus lon- gues; leur premier rayon mou, aiguisé en pointe, atteint la naissance de l'anale. L'épine n'a que moitié de sa longueur. La dorsale épineuse commence au point le plus élevé du dos, à l'aplomb du milieu de la pectorale, par un aiguillon à peine visible, suivi d'un second un peu plus grand, et d'un troisième qui a le quart de la hauteur totale et est encore prolongé du double par un filament membraneux; le quatrième est trois fois plus petit, et les quatre suivans diminuent encore; mais le neuvième, qui est adossé à la partie molle, se relève un peu. Il n'y a vraiment de membrane que jusqu'au cinquième. La dorsale molle a d'abord une partie pointue, des deux cinquièmes de la hauteur du corps; puis elle dimi- nue de manière à faire la faux : ses derniers rayons sont assez courts; il y en a en tout vingt-deux; c'est '1 I 8 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. le quatrième qui est le plus long et va former le som- met de la pointe. L'anale a trois aiguillons courts et forts, qui forment en quelque sorte une première nageoire, comme dans beaucoup de scombres. Sa partie molle ressemble à celle àe la dorsale; mais est un peu moins longue, et n'a que dix-huit rayons. La portion de queue derrière elle a le dixième de la longueur totale, et est d'un tiers plus haute. La cau- dale a un cinquième de plus en longueur, et est cou- pée carrément ; quand on létale , la distance entre ses angles est du tiers de la longueur totale. B. 6; D. 8— 1/22; A. S/18- C. 17; P. 17; V. 1/5. Les écailles sont presque orbiculaires , très-fine- ment striées à leur partie visible, et divisées en quatre ou cinq crénelures à leur bord caché. Elles ne sont pas grandes : on en compte au moins cinquante entre l'ouïe et la caudale , et plus de quarante entre le dos et le ventre; il n'en manque à la tête que dans la partie inférieure du museau et aux mâ- choires. Sur la seconde dorsale et l'anale elles s'éten- dent presque jusqu'au bord. La ligne latérale, courbée comme le dos et demeurant un peu au-dessus du tiers supérieur, se marque par une légère élevure tubuleuse à chacune de ses écailles; elle atteint jus- qu'à la caudale. Tout ce poisson paraît dans la liqueur teint de brunâtre, et cependant, quand on le regarde de près, on voit que chaque écaille a le milieu couleur de laiton, et les bords couleur d'étain. Six bandes verti- cales obscures, peu prononcées et de couleur iné- CHAP. IV. ÉPHIPPUS. \ I 9 gale, se dessinent sur ce fond. La première va du sommet de la tête à l'œil, et de l'œil à la gorge; c'est une vraie bande oculaire; la deuxième va de la nu- que à la pectorale ; la troisième , qui est plus étroite, de la partie épineuse de la dorsale au tiers inférieur delà hauteur du corps; la quatrième, de la fin de la dorsale épineuse à la portion correspondante de l'anale .c'est la plus large; la cinquième, du milieu de la partie molle de la dorsale à celui de l'anale; enfin, il y en a une sur la fin de la queue, à la base de la caudale. La membrane de la dorsale épineuse et les bords antérieurs de la seconde dorsale et de l'anale molle sont plus bruns que le fond, et les ventrales sont noires. D'après les notes que nous a commu- niquées M. Poéy, ces bandes verticales ont dans le poisson frais une teinte bleue, et le fond de sa cou- leur est plus blanchâtre que brun. Les bandes, comme il arrive d'ordinaire, sont moins prononcées dans les grands individus que dans les petits. Nos individus ont depuis trois jusqu'à neuf pouces. Le squelette dufaber a la crête du crâne compri- mée, mince, de la hauteur de moitié du reste de la tête. Le bord antérieur en est à peine un peu épaissi. Il y a trois interépineux grêles entre cette crête et celui qui porte le premier aiguillon dorsal. Aucun interépineux n'a de renflement. Les premiers de l'anale sont seulement plus forts, et soudés ensemble pour en porter les aiguillons comme dans tous les chétodons et la plupart des acanthoptérygiens. Il y a neuf vertèbres abdominales et quatorze caudales ; \ 20 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. leurs apophyses épineuses sont comprimées, et il se pourrait qu'avec 1 âge quelques-unes prissent des nodosités, dont il semble que l'on voit déjà des ves- tiges. Il y a quelque variété dans la longueur des pointes des nageoires de Xephippus faber; on en voit où elles se réduisent presque à une saillie anguleuse, et d'autres où elles vont aussi loin en arrière que la caudale. Je soupçonne que c'est une de ces dernières variétés, esquis- sée par Plumier, et copiée de lui dans le grand ouvrage de Bloch (pi. 211, fig. 1), qui est deve- nue le chœtodon Plumieri. Cette idée me paraît d'autant plus plausible, qu'une peinture faite par Aubriet d'après le même dessin, ou la même esquisse de Plumier , donne aux bandes non pas une teinte verte comme l'enluminure de Bloch , mais une teinte bleue telle qu'on l'observe dans lefaber frais. Il est certain aussi qu'il ne nous est jamais venu des îles d'éphip- pus dessiné comme cette figure le représente (avec six bandes entières et sans l'oculaire). Le chœtodon Plumieri n'existerait donc pas, et Bloch semble l'avoir pensé lui-même, puis- qu'il a exclu cette espèce de son Système posthume. Cependant c'est uniquement de ce chœtodon Plumieri que M. de Lacépède a composé son genre chétodiptère, dont la dé- CHÂP. IV. ÉPHIPPUS. 121 finition est à peu près la même que celle de nos éphippus, mais dont nous n'avons pas voulu conserver le nom trop mal composé: il aurait du, d'après cette définition même , y placer aussi le faber, Xorbis, le falcatus et le punctatus; et il serait difficile de deviner pourquoi il ne l'a pas fait, si l'on ne savait qu'il s'en est presque toujours rapporté à Gmelin ou à Bloch,et que le chœtodon Plu- mieri est le seul dans le caractère duquel ces auteurs aient fait entrer l'expression de deux dorsales (clorso bipinnato). JL'Éphippus GÉANT. {Ephippus gigas, nob.; Chœtodon gigas, Parkins.) L'Amérique produit un autre éphippus qui devient beaucoup plus grand, et se distingue par une teinte argentée ou plombée uniforme; qui de plus est remarquable parle renflement de sa crête du crâne , et surtout par celui du premier interépineux de son anale , qui donne à cet os la forme d'un maillet ou d'une mas- sue très-grosse au bout. C'est ce dernier os que l'on a apporté d'Amérique dans les cabinets de curiosité, que Wormius a décrit le premier 1 , 1. Mus. JVorm., p. 170. '1 22 LIVRE VIL SQUAMMIPENNES. et dont on a long-temps depuis ignoré la vé- ritable origine. Ces deux circonstances d'or- ganisation lui sont communes avec le chœto- don arthriticus de Bell, qui est un platax ; mais les formes de ces renflemens ne sont pas les mêmes dans les deux poissons. Le Cabinet du Roi reçut en 1 808 de celui de Lisbonne un individu de cette espèce pré- paré en herbier, et étiqueté enxada et guarer- va. Nous en trouvâmes ensuite une figure dans les dessins que Parkinson avait faits au Brésil en 1768 pour le chevalier Banks, et une autre dans la belle collection de peintures faite au Mexique par les soins de MM. Sessé et Moci- gno \ enfin, nous avons reçu le poisson lui- même de New- York par M. Milbert, de Cayenne par M. Frère, et de Rio-Janéiro par M. Dela- lande ; en sorte que nous avons la certitude qu'il est répandu sur la même étendue de côtes que le faber. Parkinson le nomme chœtodon gigas, et M. Mocigno chœtodon albicans. Je suppose que c'est lui qui est indiqué par Gme- lin (p. 1269) sous * e n0m ^ e chœtodon gigcis parmi les espèces que Broussonnet se propo- sait de décrire, et en conséquence je lui ai laissé ce nom. Nos Français des Antilles l'ap- pellent poisson-lune. Son corps présente latéralement un ovale assez CHAP. IV. ÉPHIPPUS. 4 25 régulier. La plus grande hauteur, qui est au milieu, est une fois et demie dans la longueur sans la cau- dale , et une fois et trois quarts en l'y comprenant ; l'épaisseur est du quart de la hauteur. La courbe du dos s'arrondit également en avant vers le museau et en arrière vers la queue. Le profil de la crête du crâne est obtus ; entre les yeux le front est un peu bombé et arrondi en travers , puis il y a une légère concavité au-dessus du museau, qui lui-même est très-court. Les yeux, les narines, la bouche, les dents, toutes les pièces operculaires, les nageoires et la ligne laté- rale sont disposées comme dans le faber. Les épines de la première dorsale paraissent moins hors de la peau; cependant la troisième est aussi la plus longue et garnie de son lambeau membraneux. Les écailles sont plus hautes que larges , arrondies tout autour. Leur éventail n'a que trois ou quatre rayons. B. 6 ; D. 8 — 1/21 ; A. S/17 ; C. 17 ; P. 17 ; V. 1/5. Dans la liqueur ce poisson est argenté, avec une bordure grise à chaque écaille. Les nageoires sont d'un gris-brun plus uniforme. Il paraît, d'après Par- kinson, qu'il règne dans le frais une teinte bleuâtre. Sa taille est considérable pour cette famille. Nous en avons un individu de seize pouces. Le squelette de cet ephippus n'est pas moins re- marquable que celui du platax arthriticus. La crête de son crâne est en triangle vertical, dont le bord postérieur égale la base, et dont le bord supérieur ou antérieur est plus long d'un quart. Sa base est .124 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. mince; mais le reste de son étendue est renflé en une masse osseuse, compacte, d'une épaisseur égale à la moitié de sa hauteur. Le bas de l'huméral prend aussi avec 1 âge un gros renflement. Linterépineux, auquel s'articulent les deux pre- miers aiguillons de l'anale, est renflé en avant, vers le bas, en une grosse masse, qui a en arrière un sil- lon où s'enchâsse linterépineux du troisième aiguil- lon; les deux premiers s'articulent dans deux petits anneaux adhérens à son bord inférieur. Cette masse grandit avec l'âge , surtout dans le sens d'avant en arrière; en sorte que dans les vieux individus elle a toute une autre forme. On pourrait même douter que tous ceux de ces os renflés qui nous arrivent d'Amé- rique soient de la même espèce. Les interépineux du dos n'ont pas de renflemens, du moins dans nos individus; mais ils se joignent les uns aux autres par des lames verticales minces. Il y en a trois grêles et sans rayons entre la crête du crâne et les premiers aiguillons du dos. Les vertèbres sont au nombre de vingt-quatre , dont dix abdomi- nales et quatorze caudales. Les deux premières côtes sont très- petites ; les sept suivantes embrassent les trois auarts de la hauteur de l'abdomen , et sont comprimées et assez fortes. La dixième vertèbre a en dessous un appendice triangulaire un peu concave, qui donne appui a l'extrémité de la vessie natatoire. Les quatre premières apophyses inférieures de la queue sont comprimées et élargies, et les trois der- nières se touchent même dans leur milieu par leurs élargissemens. La dernière de toutes a six rayons à CHAP. IV. ÉPHIPPUS. 125 son éventail. Indépendamment du premier sous- orbitaire il y a un cercle osseux étroit autour de l'orbite. Depuis que nous avons rédigé cet article, nous avons reçu une dissertation publiée à Berlin, par M. Benjamin Wolf, en 1824 , où il décrit et représente le squelette de cette es- pèce, et les singuliers renflemeus de son crâne et de son interépineux anal; mais il croit mal à propos que c'est le chœtodon faber. Celui-ci n'a point de renflemeus, et nous nous en som- mes assurés en comparant des squelettes des deux espèces de même grandeur; ces renfle- mens sont donc des différences d'espèce, et non pas d'âge. jL'Ëphippus de Gorée. {Ephippus goreensis , nob.) M. Rang vient de nous envoyer de Gorée un ephippus assez semblable au gigas, mais dont les écailles sont plus grandes et les épines de la première dorsale plus longues et plus séparées. Son corps est un peu moins haut à proportion. Sa hauteur est comprise deux fois dans sa longueur totale. Son profil , la convexité de son front entre les yeux, sont les mêmes. Le diamètre de son œil fait le tiers de la longueur de sa tête. Toutes ses dents sont \ 26 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. pointues, et forment une brosse, comme dans les autres chétodons. Sept aiguillons presque séparés, tant leur membrane est écbancrée profondément, représentent sa première dorsale. Le premier très- petit; le second presque de -moitié de la hauteur du corps, mince, assez flexible; les suivans diminuant par degrés, en sorte que le septième n'est guère plus grand que le premier; le huitième, qui commence la seconde dorsale, se relève un peu; les trois de l'anale sont fort courts. La seconde dorsale et l'anale ne forment pas de pointes saillantes comme dans les deux précédens , et sont seulement un peu plus hautes de l'avant que de l'arrière. La caudale est coupée en arc de cercle légèrement rentrant. Les pectorales sont petites, ovales; et les ventrales, d'un tiers plus lon- gues, ont le premier rayon mou aiguisé en filet. D. 7 — 1/19 ; A. 3/15 ; C. 11 ; P. 15. On ne compte que quarante écailles demi -circu- laires de l'ouïe à la caudale, avec quatre crénelures au bord radical , et cinq stries à l'éventail. Celles des nageoires sont fort petites. Tout ce poisson paraît argenté; chaque écaille a un bord étroit brunâtre. Les nageoires sont d'un gris brun. Tout le devant de la tête est aussi teint de brun. Il n'y a aucun renflement ni aux interépineux du dos ni à ceux de l'anale. La crête du crâne est fort élevée, mais non renflée. Notre individu est long d'un pied. chap. iv. éphippus. \27 Z/Éphippus orbe. (Ephippus orbiSj, nob. ! ; Chœtodon orbis, Bl.) L'espèce de cette première petite tribu que l'on trouve aux Indes, a été représentée parBloch (pi. 202, fig. 2). Il l'avait reçue de Tranquebar 2 . M. Leschenault nous l'a envoyée de Pondichéry , et M. Dussumier du Malabar 5 mais il ne paraît pas qu'elle soit commune, surtout dans les îles , et aucun des autres voyageurs qui nous ont procuré tant de pois- sons de la mer des Indes, ne nous a apporté celui-là. Sa forme est un ovale approchant de l'orbiculaire. Son profil antérieur, depuis la nuque jusqu'aux ven- trales , représente surtout un demi-cercle , dont le museau n'interrompt pas même la continuité par une saillie. Sa hauteur est une fois et trois quarts dans sa longueur totale. Il est fort comprimé ; son dos et la crête de son crâne sont tranchans. La hauteur de sa tète en comprend une fois et demie la longueur, et en ajoutant la gorge, elle la com- prend deux fois, Ses dents sont courtes • le premier rang est un peu aplati , mais sans dentelures à la pointe. Les deux premiers aiguillons de sa dorsale 1. Chœtodon orbis , Bl., pi. 202, fig. 2, copié dans l'Encyclo- pédie méthodique, pi. 3go. Chétodon orbe, Lacép. , t. IV; p> 4^8 et 491. 2. Bl. Schn., p. 2Ô2, n.° 60. 128 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. sortent à peine d'entre les écailles; mais le troisième, le quatrième et le cinquième s'alongent en filets minces, mais élastiques; le troisième, qui est le plus long, a plus de moitié de la hauteur du corps. Les quatre suivans sont courts; et le dernier est presque caché dans la base de la dorsale molle. Les épines de l'anale sont courtes , et la première surtout. Ces deux nageoires sont à peu près d'égale hauteur sur leur longueur. La caudale est coupée carrément. Les pectorales sont ovales, obtuses, et n'ont pas tout-à- fait le septième de la longueur totale; mais les ven- trales sont du double plus longues et très- pointues. Leur épine n'a qu'un cinquième de moins que leur premier rayon mou. La pièce écailleuse de leur base en atteint le tiers et au-delà. Les nombres de ses rayons sont: D. 8 — 1/19»; A. 3/15; C. 17; P. 19; V. 1/5. Les écailles de cette espèce sont grandes : on n'en compte que trente-cinq sur une ligne longitudinale, et dix-neuf ou vingt sur une verticale, toutes lisses et membraneuses aux bords, plus hautes que lon- gues, irrégulièrement crénelées au bord caché , et marquées de quinze ou dix -huit stries courtes , inégales, et qui ne font pas l'éventail; celles des na- geoires sont petites , et ne s'étendent pas fort avant. Sa couleur paraît un bel argenté, un peu teint de violàtre vers le dos; et ses nageoires sont jaunâtres. 1. Lacépède (p. 4^8) dit : D. 7/21. Il n'aura probablement consulté que la figure de Bonnaterre, copiée de celle de Bloch, mais où l'on a omis les deux premiers aiguillons du dos. Bloch a compté comme nous. CHAP. IV. DRÉPANES. \ 29 Notre individu est long de six pouces. Celui de Bloch est de même taille ; mais il l'a représenté plus petit. Bloch dit ses narines simples et loin des yeux ; c'est qu'il n'a vu que l'orifice antérieur. Le posté- rieur est, comme dans les autres chétodons , une fente verticale, voisine du bord de l'orbite. Ni cet auteur ni M. Leschenaultne donnent aucun renseignement sur les habitudes de ce poisson, ni sur ses qualités comme aliment; M. Dussumier s'en tait également. Cette espèce, peu commune, n'aura pas attiré l'attention. DES DREPANES. La mer des Indes produit quelques poissons de ce genre assez semblables entre eux, pour que nous puissions en donner une description commune , et remarquables surtout par de longues pectorales taillées en faux, très-poin- tues, et qui atteignent jusqu'à la base de la caudale. &§s7rccvi] signifie une faux. Leur forme est presque quadrangulaire , très- comprimée. Leur dos s'élève en angle obtus, et il y a un angle obtus à son opposite, au commence- ment de l'anale. La distance de ces deux sommets est égale à la longueur du corps sans la caudale. Celle-ci est d'un peu plus du cinquième du reste 7- 9 \ 50 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. Du sommet du dos, la ligne de la nuque et du front descend en serpentant un peu, ayant une légère convexité à son origine, une autre à la nuque, une entre les yeux, et une au museau. Son ensemble ce- pendant a une convexité générale ; mais le profil tombe rapidement de l'œil à la bouche. Une autre ligne descend plus uniformément de ce même som- met vers la queue. Celle qui va de la bouche à la saillie anale est un peu concave derrière les ven- trales; et la quatrième remonte vers la queue, sans presque avoir d'inflexion. La hauteur de la tête n'est pas tout-à-fait double de sa longueur. L'œil est plus haut que le milieu de la hauteur, et la bouche au quart inférieur ; elle est très-peu fendue , et a ses dents courtes, serrées, toutes simples et très-fines. Le maxillaire montre en arrière sa moitié posté- rieure elliptique , posée obliquement. Le préoper- cule descend plus bas que la bouche, et a son angle arrondi, avec de fines dentelures à son bord infé- rieur. L'opercule, trois fois plus haut que large, a son bord inférieur très -oblique, et son angle très- obtus. La dorsale naît tout près du sommet du dos par un ou deux aiguillons à peine visibles, en avant desquels est une épine couchée et dirigée vers la nuque. Le troisième aiguillon, au sommet même, est un peu plus grand que ceux qui le précèdent ; le quatrième, le plus long de tous, a le cinquième de la hauteur du corps. Les suivans diminuent par de- grés; tous sont comprimés et pointus, et ont leur base enveloppée de deux lames écailleuses. La dor- sale molle s'élève plus même que l'aiguillon le plus CHAP. IV. D RÉPANES. \ 5 ï ïon g. Son bord s'arrondit en arrière, et il en est de même de celui de l'anale, dont les trois épines sont courtes; la deuxième est la plus grosse. La caudale est coupée carrément. Les ventrales ont leur deuxième rayon en filet, qui atteint la naissance de l'anale; leur épine est d un quart plus courte , et la pièce écailleuse de leur base des deux tiers. Les écailles sont médiocres, arrondies, et n'ont que très-peu de rayons à leur éventail : il y en a de petites sur les parties molles des nageoires dorsale et anale jusque très-près des bords. La ligne latérale fait un angle plus obtus que celui du dos. Le limbe du prtoper- cule,la moitié inférieure de l'opercule, et le sous- opercule, n'ont pas d'écaillés. B. 6; D. 8 — 1/21 ; A. 3/17; C. 17 j P. 16; V. 1/5. Russel a décrit trois espèces ou variétés de ces poissons. La première, son latte (p.? 79), se distingue par des suites verticales de points bruns assez gros, écartés, qui descendent jusqu'au milieu des flancs , sur un fond argenté. La seconde , son ter la (n.° 80), est d'une couleur unie, et a seulement les nageoires verticales plus brunes. La troisième (n.° 81), qu'il nomme aussi terla, a sur ses nageoires verticales une large bande brune, qui suit le milieu de leurs rayons. \ 32 LIVRE VIT. SQUAMWIPENNES. Mais l'auteur nous apprend que les pêcheurs confondent .souvent ces trois poissons sous ce nom commun de ter la. On en Tait, selon lui, peu de cas comme aliment. Les deux dernières sortes cependant sont un peu meilleures que la première. La Drépané ponctuée. (Drepane punctata, nob. ; Chœtodon punctatus, Linn. ; Latte, Russel, n.° 79.) Le latte était depuis long-temps au Cabinet du Roi à l'état sec, et on l'a reçu depuis peu, dans la liqueur, du Malabar, par M.Dussumier, et des envois que MM. Kuhl et Van Hasselt ont faits de Java au Musée royal des Pays-Bas. Tout nouvellement MM. Quoy etGaimard l'ont rap- porté du Havre-Dorey, à la Nouvelle-Guinée. Il nous parait que c'est le chœtodon punctatus décrit par Linnaeus d'après un échantillon du Cabinet de l'Académie de Stockholm, et que M. de Lacépède a nommé chéto don faucheur. 1 Il est d'une belle couleur d'argent brillant , avec 1. Linnseus n'a compté que quatre rayons aux branchies et huit aiguillons au dos; mais c'est une faute qui a dû être difficile à éviter, s'il n'a pas eu recours à la dissection. Tout le reste de sa description s'accorde, surtout ces mots : Porte anum. dilataium , en les expliquant d'une dilatation dans le sens vertical. Quand il ajoute : Figura cyprlni , il entendait sans doute la brème. CHAP. IV. DRÉPANES. 135 des reflets dorés; ses points bruns sont disposés sur sept ou huit lignes verticales ; ses nageoires sont jau- nâtres. Il y a un point brun dans l'aisselle de la pec- torale. Nos individus sont longs de six à huit pouces. Russel en a un d'un pied. Les individus qui ne passent pas trois ou quatre pouces ont sur la crête du crâne quelques dente- lures pointues, qui s'effacent avec l'âge. Cette espèce habite aussi les côtes méridio- nales de la Chine et le nord de la Nouvelle- Hollande; car nous en avons vu une belle figure faite à Canton par les soins de M. Dus- sumier, et Solander, qui la décrit bien, dit l'avoir vue remonter dans les rivières près du détroit de L'Endeavour. La Drépane peigne. (Drepane longimana, noh.-, Chœtodon longimanus, Bl. Schn.; Terla, Russel, n. os 80 et 81.) Le premier terfa de Russel nous a été en- voyé de Pondichéry par M. Leschenault. On le nomme sur cette côte sipou-tarëté , ce qui signifie tarëtë-peigne. Plus récemment M. Bélenger nous Ta en- voyé de Mahé, sur la côte de Malabar, et nous venons de le recevoir en quantité du même pays par M. Dussumier. 454 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. C'est le chœtodon longimanus de Bloch 1 , ainsi que nous nous en sommes assurés par son individu et par l'étiquette de sipou-sarattei que Daldorf y avait inscrite à Tranquebar. Il paraît entièrement d'un gris argenté, avec une teinte brunâtre sur une partie des nageoires , dont le fond est jaunâtre. Le deuxième terla de Bussel (n.°8i) est au plus une légère variété de l'autre. Les jeunes de cette espèce ont des carac- tères assez marqués pour que Ion puisse les prendre pour une espèce particulière, si l'on n'en voyait tous les passages. Leur corps argenté est teint de violàtre vers le dos, surtout à la tête, avec cinq bandes verticales grisâtres. Dans les plus petits la crête du crâne est finement dentelée en scie à sa partie supérieure; et la portion de nuque qui est au-dessus, a des dente- lures en sens contraire, dues aux sommets des in- ter 'pineux qui précèdent l'épine couchée en avant de la dorsale; mais on voit déjà les dentelures dimi- nuées sur les individus un peu plus grands, et les bandes verticales s'y effacent petit à petit. MM. Kuhl et Van Hasselt avaient envoyé de ces jeunes individus de Java, et M. Dussu- mier vient d'en rapporter avec des adultes. 1. Syst. posth., p. 223, CHAP. IV. DRÉPANES. i 55 Nous avons disséqué nos deux drépanes à longues pectorales. Dans la ponctuée le lobe gauche du foie se pro- longe dans l'hypocondre en une pointe assez aiguë; il est moins épais que le lobe droit, qui est tronqué et plus court. La vésicule du fiel est globuleuse, argentée et suspendue à un canal cholédoque assez long, qui débouche sous le cœcum droit. L'œsophage est court, et débouche dans un esto- mac assez grand, globuleux, un peu comprimé de droite à gauche. Ses parois sont minces, et n'ont de plis qu'à la face supérieure. La branche montante est courte et épaisse. Nous n'avons vu que deux ap- pendices cœcales courtes , assez grosses. L'intestin est grêle, il n'était pas assez entier pour que nous ayons pu suivre ses replis. La rate est assez grosse, ovoïde, et placée dans l'hypocondre droit derrière la pointe du foie. Les laitances sont alongées , placées dans le fond de l'abdomen, et pliées dans le milieu de leur lon- gueur, afin de se porter vers le diaphragme pour déboucher auprès de l'anus. La vessie natatoire est grosse, alongée, arrondie en avant, et prolongée par deux cornes assez lon- gues, peu grosses, très-pointues, qui se portent de chaque côté des interépineux de l'anale dans l'épais- seur des muscles de la queue. Les reins sont épais , noirs ; ils versent l'urine par deux uretères assez longs, qui passent entre les cornes de la vessie aérienne et débouchent dans une vessie urinaire assez longue, placée sous la portion inférieure 156 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. des laitances. Ses parois sont minces et transparentes. Dans la drépane peigne le lobe droit du foie est pointu, et se porte plus en arrière que dans la ponctuée. La vésicule du fiel est un peu plus grosse et plus alongée. Nous avons trouvé trois appendices cœcales au pylore. Les sacs à ovaires sont rejetés dans le fond de l'abdomen, grands, et non pas plies comme les lai- tances de l'autre espèce. La vessie aérienne est de même forme que dans le précédent; son corps est plus gros, et ses cornes sont un peu plus courtes. Les reins sont semblables, ainsi que le trajet des uretères et la position de la vessie urinaire. L'estomac était rempli de pattes d'insectes , que nous croyons être des débris d'araignées aquatiques. DES SCATOPHAGES. Le dernier genre de ces chétodons à deux dorsales, celui qui a quatre épines anales, a aussi les épines dorsales plus nombreuses; on lui en compte onze, et il se fait remarquer en outre par l'extrême petitesse de ses écailles. Le SCATOPHAGE ARGUS. (Scatopkagus argus, nob. ; Chœtodon argus, L.) La première de ses espèces a été décrite depuis long-temps par Nieuhof, qui lui attri- CHAP. IV. SCATOPIIAGES. 457 bue un goût singulier pour les excrémens hu- mains, d après lequel les Hollandais lui ont donne, dit-il, le nom de stront-visch (piscis stercorarius). Il ajoute que ce poisson se porte près des latrines et des autres lieux où il peut se repaître de ce mets dégoûtant 1 . Ruysch ré- pète le même fait, et prétend qu'il suit à cet effet les navires 2 . Renard 3 reproduit aussi l'as- sertion de Nieuhof; mais Valentyn 4 n'en parle pas. Russel 5 , qui a vu la même espèce sur la côte de Coromandel, ne fait non plus aucune mention de cette particularité. Bloch 6 , sans dire sur quelle autorité, prétend que c'est un poisson d eau douce qui pénètre dans les ma- rais, et s'y nourrit d'insectes. Il est certain qu'il se trouve dans le Gange; car nous en avons reçu de cette rivière par M. Raynaud. Il se trouve aussi à la côte de Malabar, d'où M. Dussumier nous en a rapporté. On n'est pas plus d'accord sur le goût de la chair de ce poisson que sur ses habitudes. Selon Russel, il ne paraît jamais sur les tables des Européens. Ruysch dit que Ton n'en mange que faute d'autres alimens. Nieuhof, au con- 1. Nieuhof, t. II, p. 269, fig. 6, et Willughby, App., p. 2, pi. 2. — 2. Ruysch, p. 11 , n.° 6, ikan-fay. — 3. Renard, t. II, pi. 1 , n.° 211, ikan-taci. — 4. Valentyn, n.° 180. — 5. Russel, t. I, n.° 78. — 6. Rloch, 6. e part., p. 63. \ 38 LIVRE VII. SQUÀMMIPENNES. traire, assure qu'il est très-bon, soit rôti, soit bouilli, et Valentyn le déclare gras et très- délicat au goût. M. Leschenault se borne à nous dire qu'on le mange a Pondichéry, mais n'en fait point déloge particulier. Peut-être toutes ces assertions sont-elles vraies selon les lieux et les circonstances. Cest le chcetodon argus de Linnaeus et des auteurs méthodiques, ainsi nommé à cause des taches rondes dont son corps est couvert. B'och en a donné une bonne figure (pi. 204. rlg 1), et Russel le représente aussi très-bien (n.° 78) sous le nom de pool-chitsilloo. Il y en a encore une très-bonne figure dans M. Ruchanan (pi. i4, fig. 4 1 )? sous I e nom de chcetodon pairatalis. A Pondichéry on l'appelle pil-sédé. Son nom malais est ikan-cacatoa-babing- tang {poisson-perroquet tacheté). l Son corps est comprimé en ovale court. Sa hau- teur n'est qu'une fois et demie dans sa longueur, en n'y comprenant pas la queue; en la comptant, elle y est presque deux fois. L'épaisseur varie du quart au cinquième de la hauteur. La tête a un peu plus du quart de la longueur totale, et est de moitié plus haute que longue. Le milieu du dos est presque rectiligne sur plus de moitié de sa longueur, et sa 1. Valentyn, n.° 180. CHAP. IV. SCATOPHAGES. 439 courbe descend à peu près également en avant et en arrière. À la nuque, après être descendue assez rapi- dement, elle devient un peu concave au-dessus des yeux, et redevient convexe pour former un museau court et bombé dans les deux sens. L'œil est au-dessous du milieu et plus près du museau que de l'ouïe. Son diamètre est de plus du quart de la longueur de la tête. Les orifices de la narine sont à la hauteur du milieu de l'œil, tous deux grands : le postérieur est une fente elliptique verticale, près du bord de 1 or- bite; l'antérieur, un trou rond, légèrement rebordé plus près du bout du museau. La bouche n'est fen- due que jusque sous l'orifice postérieur; elle est médiocrement protractile. Le maxillaire, qui est fort petit, se cache entièrement dans l'état de repos sous le sous-orbitaire, qui est à peu près rectangulaire. Les dents sont très-fines, très-serrées, à pointe simple. Le préopercule a son angle arrondi , sans dentelures. L'opercule a vers le haut une échancrure en segment de cercle entre deux pointes assez aiguës, et son bord, au-dessous de la seconde, descend obli- quement en avant. La membrane des ouïes s'unit à sa correspondante , en traversant sous l'isthme , auquel elle s'attache cependant intimement. La pectorale est ovale, obtuse, et du septième à peu près de la longueur totale. Les ventrales s'attachent plus en arrière, sous le milieu à peu près des pecto- rales , et l'on aurait pu faire de ce poisson un abdo- minal à aussi juste titre que des cirrhites et des cheilodactyles. Leur épine est très- forte , un peu plus longue que la pectorale. Les rayons mous la 440 LIVRE VII. SQUAMMÏPENNES. dépassent très-peu. La portion épineuse delà dorsale occupe toute la partie rectiligne et supérieure du dos. Ses onze rayons, alterna livemenl plus larges à droite ou à gauche, comme d.ns beaucoup d'autres acanthoptérygiens j n'ont de membrane que jusqu'à moitié ou aux deux tiers de leur hauteur : c'est le quatrième rayon qui est le plus long; sa hauteur est deux fojs et demie dans celle du corps. En avant et en arrière ils décroissent, mais lentement. Le onzième se relève un peu, il adhère à la partie molle, qui elle-même s'élève encore et prend une forme arrondie. L'anale a quatre épines très-fortes, qui n'ont aussi qu'une courte membrane ; la quatrième adhère à la partie molle , qui s'arrondit comme la dorsale. La portion de queue derrière les nageoires est du dixième de la longueur totale, et sa hauteur a un quart de plus. La caudale est coupée carré- ment, et du sixième de la longueur totale. B. 6; D. 10—1/16; A. 4/14; C. 17; P. 18; V. 1/5. Les écailles sont très-petites, et par conséquent en très-grand nombre, presque carrées, à angles arrondis. Leur bord radical na que deux ou trois cKnelures; elles deviennent encore beaucoup plus petites sur les nageoires. La ligne latérale suit à peu près la courbe du dos. Ce poisson paraît d'une couleur argentée, légère- ment teinte de verdàtre, et a tout le corps semé de taches brunes , rondes , d'un diamètre moindre que celui de son œil, un peu nuageuses, assez rappro- chées. On en voit aussi sur la dorsale, entre les rayons CHAP. IV. SCATOPHAGES. 441 de la partie molle, et même quelquefois sur toutes les nageoires verticales : il n'y en a point au ventre ni à la poitrine. La taille à laquelle il arrive communément est d'un pied. Il a le canal intestinal très-long, roulé cinq à six fois sur lui-même, enveloppé par un tissu cellulaire graisseux très- épais. L'estomac n'est qu'un simple tube, dont le diamètre est triple de ctdui de 1 intestin. Arrivé aux trois quarts de la longueur de la c.ivité abdominale, il se plie subitement, et remonte pres- que jusque sous le diaphragme. Un léger rétrécisse- ment marque à cet endroit le pylore, qui est entouré d'une vingtaine d appendices cœcales grêles, serrées lune contre l'autre. Le duodénum longe la branche montante de l'estomac, sans se recourber; la gran- deur de son diamètre diminue successivement. Le foie est petit. La rate est ronde, noire, cachée sous le pylore. La vessie aérienne est simple, assez grande; ses parois sont minces et argentées. Le squelette de Yar^us l a la surface du crâne médiocrement poreuse; sa crête presque aussi éle- vée que la moitié du reste de sa tête; dix vertèbres abdominales et quatorze caudales; les deux premiers interépineux, sans aiguillons, grêles, terminés en haut par une pointe couchée; le troisième, qui porte 1. On peut prendre une idée de ce squelette par la figure que donne M. Rosenthal (Planches ichîjotomiques, pi. i5, fig. 2) sous le nom de chœtodon striaius , mais qui est du genre actuel, et probablement de notre espèce rubannée. Il faut remarquer ce- pendant qu'il lui manque ie$ deux premiers interépineux. ^42 LIVRE VII. SQtTAMMIPENNES. le premier aiguillon , plus grand, mais de même forme à son sommet; le premierinterépineux de la queue, qui porte les deux premiers aiguillons de l'anale, terminé dans le bas par une lame verticale triangulaire, dont la pointe est tournée en avant; l'apophyse épineuse, descendante de la première ver- tèbre caudale, élargie dans le haut par deux lames qui y forment un bassin ovale et peu concave; les côtes grêles, peu canahculées, n'ayant d;tns le haut que de petits appendices grêles; le cubital étroit et fort échancré, et le coracoidien grêle et descendant jusqu'aux ventrales. M. Duvaucel nous a envoyé du Bengale des individus entièrement semblables à ceux que nous venons de décrire, mais où les taches sont presque effacées 5 il yen a même quelques- uns où on ne les aperçoit pas du tout. Le SCATOPHAGE DE BoUGAINVILLE. (Scatophagus Bougahwillii , nob.) M. le baron de Bougainville, fils d'un navi- gateur célèbre, et qui marche sur les traces de son père, a rapporté de son dernier voyage autour du monde un scatophage très-sembla- ble à Xargus, mais plus épais, dont les rayons du dos sont plus courts à proportion (le quatrième n'a que le quart de la hauteur du corps), et qui n'a point de taches sur le corps, mais seulement des points noirs le long CHAP. IV. SCATOPHAGES. 145 du bord supérieur du dos, des deux côtés de la base de la dorsale. L'individu est long de sept pouces et demi. Il se pourrait que ce fut une espèce parti- culière; mais n'en ayant qu'un individu assez mal conservé, nous ne la présentons comme telle qu'avec quelque doute. Le SCATOPHAGE ORNÉ. (Scatophagus ornatus 3 nob. ) MM. Quoy et Gaimard ont rapporté d'Am- boine un scatophage semblable à ïargus pour les formes et le nombre des rayons, mais dont les taches sont plus petites et plus éparses. Le fond de sa couleur est vert; il a sur le devant du front et de la nuque une ligne verticale et deux chevrons aurore : une ligne aurore règne aussi à côté de la partie antérieure de la dorsale épineuse, et une tache de la même couleur se voit entre les deux dorsales. Les nageoires verticales et les ventrales sont teintes d'aurore, avec du noirâtre vers leur base. Les pectorales sont blanchâtres. M. Quoy, qui" l'a disséqué, lui a vu un estomac oblong, un intestin roulé en spirale, et point de cœcums; mais ce dernier fait aurait besoin d'être revu. Il a été pris dans l'eau douce- 144 LIVRE VII. SQUAMMU-iiNWES. Le SCATOPHAGE POURPRÉ. {Scatophagus purpurascens , nob.) M. de Mertens nous a fait voir la figure d'un scatophage de la mer des Indes, aussi très- semblable à YargiiSj à taches aussi petites qu'à Yornatus, mais plus nom- breuses et plus serrées, et qui est tout entier d'une couleur rosée, avec une teinte jaunâtre vers le dos et vers le ventre. Sa ligne latérale est représentée plus droite, et le naturaliste qui nous en a commu- niqué ce dessin compte dix-neuf rayons mous à sa dorsale et quinze à son anale. L'individu est long de six pouces. Le Scatophage rubanné. {Scatophagus fasciatus , nob.; Chétodon tétr acanthe , Lacép.) Un dernier de ces scatophages à quatre épines anales n'est connu que par un échan- tillon et une figure que Commersou en a lais- sés ; c'est le chétodon tétracanthe de M. de Lacépède (t. III, pi. 25, n.° 2, et t. IV, p. 727). Ses formes, les nombres de ses rayons, ses écailles, sont les mêmes que dans Y argus; mais tout son corps est gris -brun, varié par cinq larges bandes verticales d'un brun plus foncé; lune à la nuque, les deux sui- vantes sous la partie épineuse de la dorsale, la qua- CHAP. IV. SCATOPHAGES. 145 trième sous la partie molle , la cinquième sur la queue, à la base de la caudale. Le front est aussi coloré en brun. D'après la figure de Commerson, le tour de la bouche, le dessous de la mâchoire infé- rieure, les ventrales, la partie molle de la dorsale, et toute l'anale et la caudale, sont jaunes. La partie épineuse de la dorsale et les pectorales sont noirâ- tres. L'individu est long de cinq pouces. Commerson n'a rien écrit sur le dessin ni sur l'échantillon , et l'on ne trouve rien dans ses papiers au sujet de cette espèce , en sorte que Ion ne sait pas où il l'a recueillie. 1 Le rédacteur de Xlttiolitolovia veronese a o considéré comme identique avec Yargus un poisson fossile de Montebolca, qu'il représente planche 5, fig. i\ et en effet ce fossile est un scatophage à quatre épines anales et onze dor- sales , et avec des premiers interépineux de même forme que dans Y argus; mais la dif- férence spécifique est bien facile à trouver. Dans le fossile, la seconde épine dorsale est plus haute que toutes les autres; dans le vi- vant, c'est une des plus basses : il en résulte 1. Le squelette donné par M. Rosenthal (Planches ichtvoto miques, 3. e cah., pi. i3, fîg. 2) pour celui du chœtodon t riatus , me parait celui de l'espèce actuelle, du scatop/iagus fascialus. 7. IO 146 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. tout une autre forme dans la partie épineuse de cette nageoire. Nous ne citerons quelques-uns de ces ché- todons fossiles et préluderons ainsi à notre traité des ichtyolites, que parce que ces es- pèces étant celles sur lesquelles on s'est le plus appuyé pour établir l'identité des fossiles avec les êtres vivons , et parce que la considéra- tion de leurs formes, prises en général, étant en effet propre à donner cette illusion, il était bon de montrer dès à présent combien ces ressemblances sont incomplètes. On le verra beaucoup mieux encore lorsque nous en serons arrivés à la partie de notre ouvrage où nous traiterons ex professo des poissons fossiles. DES TAURICHTES. Parmi les figures étranges de poissons qui nous ont été conservées parRuysch, Renard et Valentyn, et qui ont pendant si long-temps excité la défiance des naturalistes, il n'en est point qui soit faite pour provoquer ce senti- ment plus que celle qu'ils ont désignée par le nom malais àikan-karbauw ou poisson-buffle 1 , 1. Vlaming, n. c 2i7 ? chinees-joosje , of ihin-carhamx' (poisson- buffle); Ruysuhj pi. 20, lig. 6, see-koe (vache de mer); Renard; CHAP. IV. TAURICHTES. I 17 et cependant il n'en est peut-être pas de plus exactement conforme à la nature : ces cornes aiguës et recourbées, cette protubérance au- dessus de la tète, ces aiguillons comprimés et inégaux, cette singulière distribution de couleurs, existent en effet dans un poisson de l'archipel des Indes, dont nous avons déjà trois échantillons sous les yeux. Sa dorsale, sans être aussi échancrée que dans les éphippus et leurs démembremens , lest cependant dune manière assez sensible pour quon ne puisse pas le laisser parmi les chétodons proprement dits , et son troisième rayon , quoique élevé au-dessus des autres, et paraissant même quelquefois augmenté d'un filament , ne se prolonge pas assez pour qu'on puisse en faire un liéniochus ou un zanclus; d'ailleurs la pro- tubérance de sa crête du crâne lui donne un caractère assez marqué pour 1 ériger en genre, et tout nous fait croire que d'autres espèces viendront se ranger sous cette nouvelle sub- division. Nous lui avons donné le nom de tàitrichtJiys , en traduisant en grec son nom malais. t. I, pi. 3o. fig. i64> joosje , of chineese-duh-el (diable chinois), copié de Vlaming; Valeulyn, n.° 71, iknn-carba'Mv-l'iitaimnanis ( poisson-buffle brun), copié de Vlaming. \ 48 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. Le Taurichte varié. ( Taurichthjs varius , nob.) L'espèce s'appellera taurichthjs varius. Sa hauteur est une fois et trois cinquièmes dans sa longueur, et son épaisseur trois fois dans sa hau- teur. La longueur de sa tête est le quart de sa lon- gueurtotale, etsa hauteur, en y comprenant, comme on le doit, toute la crête du crâne, est presque le double de sa longueur. Son profil se divise en trois parties : une supérieure, légèrement convexe, compri- mée, qui descend obliquement jusqu'à une proémi- nence osseuse, obtuse, dirigée en avant; une moyenne , très- concave, arrondie transversalement , qui descend de cette proéminence jusqu'au milieu du dessus des orbites; sa terminaison est marquée de chaque côté par une corne aiguë, recourbée latéralement, et qui tient îi l'orbite, à la partie antérieure de son bord supérieur; enfin, une troisième, également concave, qui descend depuis les cornes jusqu'au bout du mu- seau, lequel est court, pointu, et singulièrement peu fendu pour l'ouverture de la bouche. La portion du crâne qui s'élève ainsi au-dessus du sourcil, est un peu plus haute que le reste de la tête, l'œil com- pris. Le diamètre de l'orbite est du tiers de la lon- gueur de la tête , et du sixième de sa hauteur. Le préopercule a son angle arrondi, avec une légère apparence de dentelure. L'opercule, deux fois plus haut qu'il n'est long, a un angle obtus, et au-dessus un arc un peu rentrant. La dorsale naît un peu au-dessus du sommet de la crête du crâne, qui est aussi le CHAP. IV. TAURICHTES. \ 49 point le plus élevé du corps, par un aiguillon court, suivi de deux autres un peu plus longs. Le quatrième, qui est le plus haut, est plus que double du troisième; ensuite ils décroissent, mais plus len- tement qu'ils n'ont augmenté. Tous sont comprimés et en forme de lames de sabre. Le onzième et der- nier est encore presque aussi haut que le premier des mous : il y en a vingt-cinq de ceux-ci, formant une partie molle à bord légèrement arrondi. L'anale est un peu plus alongée en demi-ellipse, et a trois aiguillons très-forts, bien que comprimés, et dix- sept rayons mous. C'est à peine s'il y a un peu de queue nue avant la caudale, dont la longueur est un peu plus du sixième de la longueur totale, et qui a son bord à peine en arc légèrement rentrant. La pectorale est un peu en faux, et du quart à peu près de la longueur. Les ventrales égalent les pecto- rales , et leur pointe atteint le commencement de l'anale. D. 11/25; A. 3/17; C. 17; P. 14; V. 1/5. Les écailles sont de grandeur médiocre : il y en a environ cinquante sur une ligne de l'ouïe à la cau- dale, et trente-cinq ou quarante sur une ligne ver- ticale à l'endroit où elles s'élèvent le plus sur la dor- sale. Elles sont presque carrées ; les stries de leur partie antérieure sont à peine visibles h. la loupe ; leur éventail a sept ou huit rayons; les crénelures en sont peu marquées. Il ne s'en étend que jusque sur la moitié de la hauteur des nageoires verticales. Conservé dans la liqueur, le fond de sa couleur paraît d'un brun plus roussàtre vers le dos , plus 150 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. noirâtre vers le ventre. Une bande verticale d'un vert argenté descend des premiers rayons de la dor- sale sur l'opercule et sur la poitrine, où elle s'élar- git. Le brun du dos monte sur les écailles qui cou- vrent le devant de la dorsale; mais sur le reste de cette nageoire il y a une large bande orangée, qui en occupe le milieu, et est séparée du dos par une autre d'un argenté verdàtre. La position de la na- geoire fait que ces deux bandes sont obliques à l'axe du poisson; elles s'étendent l'une et l'autre sur la queue. La partie supérieure de la dorsale est blan- châtre; mais il y a du noir entre les troisième, qua- trième et cinquième rayons. La caudale est blan- châtre, la pectorale grise, l'anale toute brune, la ventrale noire. Ces couleurs paraissent peu différer de l'état frais, et répondent assez bien à celles de la figure de Vla- ming; mais R.enard, dans sa copie, en a exagéré toutes les teintes, et en a fait un habit d'arlequin. L'individu qui a servi de sujet pour cette des- cription , est long de quatre pouces ; et en comp- tant les aiguillons dorsaux , sa hauteur est à peu près égale à sa longueur. Nous en avons un sque- lette de six pouces. Il ne parait pas que l'espèce devienne beau- coup plus grande, car Valentyn la traite de petit poisson. 11 ajoute quelle est d'un goût très-délicat. Le squelette du taurichte se distingue de tous les autres par cette crête du crâne, presque aussi éle- CHAP. IV. TAURICHTES. loi vée que le reste de la tête, et produisant en avant une protubérance conique. Derrière elle sont deux interépineux grêles, sans rayons. Les interépineux suivans se louchent par leurs lames antéro- posté- rieures; et il y a des lames semblables aux apo- physes épineuses des sept ou huit premières vertè- bres abdominales. Je compte dix de ces vertèbres, et quatorze de celles de la queue. Les côtes sont ca- naliculées en avant et en arrière dans une bonne par- tie de leur longueur, mais peu élargies. Elles em- brassent presque toute la hauteur de l'abdomen. Le Taurichte vert. (Taurichthys viridis, nob.) Indépendamment de ce premier poisson- biiffle, que nous avons décrit d'après nature, les auteurs que nous avons cités en représen- tent un second 1 , qui nous est inconnu, et au- quel ils donnent entre autres caractères un filet prolongeant l'un de ses premiers aiguillons dorsaux, qui le rapprocherait beaucoup des héniochus. La distribution de ses couleurs est à peu près comme dans le précédent ; mais les teintes en sont 1. Vlaming n'a pas cette figure; mais elle est dans Rujsch (pi. 20, fig. 5) sous le nom de see-os (bœuf marin), dans Renard (t. II, pi. 10, fig. 49) sous le nom de joosje-joosje , et dansValentjn (n.° 161) sous celui de ikan-carbauw-hidjoe (poisson-buffle vert). 452 LIVRE VII. SQUAMM1PENJVES. fort différentes : le fond en est vert ; la tête et le ventre brun , et les deux bandes d'un bleu foncé. Renard prétend que les habitans d'Amboine regardent la cendre de ses arêtes comme un remède contre la fièvre , et que les femmes portent au cou le long aiguillon de sa dorsale, dans Fidée de se préserver des maladies de matrice. Si ces récits ont quelque fondement, ils doivent aisément faire retrouver l'espèce, ce qui donnera les moyens den faire une description plus complète. CHAP. V. HOLACANTHES. \ o5 CHAPITRE Y. Des Holacanthes et des Pom acanthes. DES HOLACANTHES. Le genre des holacanthes se distingue facile- ment des autres chétodonoïdes par un grand aiguillon qui tient à 1 angle de leur préoper- cule et se dirige en arrière dans letat de re- pos, mais qu'ils peuvent écarter avec le préo- percule lui-même, et qui devient alors pour eux une arme très-puissante à ajouter à celles que fournissent les aiguillons de la dorsale et de l'anale. La plupart ont aussi les bords de leur préopercule dentelés, et M. de Lacépède en sépare, sous le nom de pomacanihes, ceux qui n'offrent point cette particularité. Nous trouvons l'application de ce dernier caractère susceptible de trop d'équivoque pour l'adop- ter, et néanmoins nous ferons, mais par d'au- tres motifs, une division séparée de quelques- uns de ces pomacanthes de M. de Lacépède, et nous les placerons à la suite des holacanthes. Il y a de ces poissons dans les deux Indes, et ils y sont généralement comptés au nombre des meilleurs que l'on puisse servir sur les \ 54 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. tables, comme aussi des plus beaux que l'œil du naturaliste puisse contempler, et des plus dignes d'être imités par le pinceau de l'artiste. jL'Holacanthe ciliaire. (Holacanthus ciliaris, Lacép.; Chœtoàon ciliaris, L. et Bl.; Chétodon couronné , Desmar.) Nous commencerons par une grande et belle espèce du golfe du Mexique, qui n'a encore été décrite que très-imparfaitement par nos auteurs méthodiques, quoiqu'ils laient fort mullipliée. Elle est assez bien dessinée dans Willughby (pi. 0,3, tig. î), mais d'après un individu sec et décoloré, qui n'avait plus aucune des mar- ques singulières qui distinguent l'espèce. Lin- nseus paraît avoir représenté * un individu al- téré autrement, et qui ne montrait que les lignes latérales de la tète. C'est sur cet individu qu'il établit son es- pèce du chœtodon ciliaris. Blocli en a donné ensuite (pi. 214) une figure très-correctement dessinée, mais faite sur un individu décoloré par la liqueur, qui paraissait tout gris, et ne conservait d'autre 1. Mm. Ad. Fred., pi. 33, fîg. i. CHiP. V. HOLACANTHES. 4^5 linéament que le cercle de la nuque , mais teint en noir. Plus tard 1 il a reproduit cette espèce une seconde fois, sous le nom de chœtodon Parrœ; car Yisabelita de Paria (pi. 7, fïg. 1) ne diffère du chœtodon ciliaris de Bloeh que pour avoir été figuré d'après le frais. M. Desmarest lui a donné un troisième nom, celui de chétodon couronné, dans sa première Décade ichtyologique , quoique la ressem- blance de son poisson avec le ciliaris de Bloch ait dû le frapper au premier coup d'ceil. Enfin, j'ai tout lieu de croire qu'elle en a reçu un quatrième de Shaw; car je pense que c'est à cette espèce qu'appartient la figure, à ki vérité assez grossière et mal coloriée, de Catesby (t. II, pi. 3i), dont Shaw a fait son chœtodon squamulosus. 2 D'après la comparaison suivie que nous avons faite de leurs articles , et le degré d'exactitude dont nous les jugeons respecti- vement capables, nous osons affirmer que tous ces auteurs n'ont vu qu'une seule et même espèce , celle dont nous parlons ici. Mais nous ferons remarquer une faute d'un autre genre : celle de Linnaeus, qui a cité très- 1. Syst., p. 255. — 2. Nat. Miscell, p. 2 7 5. \ IS6 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. mal à propos la figure 4 > planche a83 d'Ed- wards, comme représentant le chcetodon ci- liaris ; car elle appartient au tricolor , et néanmoins c'est justement celle-là que Bon- na terre a choisie pour représenter le ciliaris (lig. 179); en sorte que qui ne consulterait que les planches de ce dernier écrivain , ne parviendrait jamais à reconnaître le chceto- don ciliaris. Nos colons de la Martinique, qui ne s'in- quiètent guère des nomenclatures scientifiques de l'Europe, ni des discussions qu'elles occa- sionnent parmi les naturalistes, appellent ce poisson le portugais, d'un nom qu'ils dérivent de ses couleurs jaune et bleue , mais qu'ils étendent à beaucoup d holacanthes et de po- macanthes, et même à des chétodons ordi- naires de leurs parages, dont les couleurs sont fort différentes. Choris nous l'a aussi envoyé de la Martini- que sous le nom de patate. A Porto-Rico on le nomme palomet a (petit pigeon), nom qui dans l'ancienne Espagne est propre à la castagnole, mais qui parmi les co- lons espagnols du Nouveau-Monde est devenu générique pour beaucoup de chétodons. La collection de dessins duMexique le nomme isabèlita> comme les habitans de la Havane. CHAP. V. HOLACANTHES. 157 Ce poisson est assez répandu dans l'archi- pel des Antilles : on l'y pèche par tout le long des côtes ; mais on y eu fait peu d'estime , parce que sa chair est dure. Son corps, vu de côté, est d'un bel ovale. En n'y comprenant pas la caudale , sa hauteur est une fois et trois quarts dans sa longueur; et en l'y compre- nant, deux fois et un cinquième; l'épaisseur est du tiers de la hauteur. La ligne de la nuque se courbe, et celle du profil, quoique droite, descend rapide- ment, ce qui rend le museau très-obtus. La dorsale et l'anale ne sortent de la circonscription de l'ovale que vers le tiers postérieur, pour se prolonger cha- cune en une pointe aiguë qui dépasse la caudale. Leurs rayons se raccourcissent ensuite par une courbe concave. La queue derrière elles est très- courte, et la caudale, qui n'a que le cinquième de la longueur totale, est coupée carrément. La lon- gueur de la tête ne fait que les trois quarts de sa hau- teur et le cinquième de la longueur totale. Le devant du museau est arrondi transversalement. L'œil répond au tiers supérieur de la tète, et au quart antérieur; il est rond et a le quart de la longueur en diamètre. Il y a d'un œil à l'autre un diamètre et demi. L'orifice postérieur de la narine est ovale, à la hauteur du bord inférieur de l'orbite, un peu plus en avant. L'antérieur, un peu plus bas, est petit, rond et rebordé; plus bas encore, et près de la mâchoire, il y a un petit pore rond et sans rebord. La bouche n'est pas plus large que l'œil., et peu protractile. Ses lèvres sont \ '68 LIVRE VIL SQUAMMIPENNES. membraneuses et assez larges ; ses dents en forme de soies pointues; les extérieures les plus longues. Les deux branches delà mâchoire inférieure se touchent lune l'autre en dessous par leur bord interne. Le maxillaire supérieur se montre derrière la commis- sure petit, obiong et vertical. La partie antérieure du sous-orbitaire , qui recouvre le pédicule du maxil- laire, a trois ou quatre fortes dentelures à son angle antérieur et inférieur. La joue est plus haute que longue. Le bord montant du préopercule est pres- que vertical, et armé de dents pointues, écartées les unes des autres, inégales, dirigées en arrière, et en nombre variable, de six ou sept à dix ou douze. A son angle est une forte épine comprimée, pointue, dirigée en arrière, et qui dépasse la fente des ouïes. A son bord inférieur sont encore une ou deux fortes dents, dirigées obliquement en arrière; et il y en a aussi deux ou trois au bord inférieur de linteroper- cule. Il y a même des individus où l'on en voit une ou deux au bas du subopercule. Autant que j'en peux juger par mes échantillons, c'est dans les fe- melles que ces dents sont plus nombreuses. L'oper- cule n'en a aucunes; il est plus haut que long, et coupé en angle très-obtus. La fente des ouies des- cend en arc jusque sous l'angle de la mâchoire inférieure, où la membrane se joint à l'isthme : on v compte six rayons , qui se recouvrent oblique- ment les uns les autres. L'os scapulaire a quelques pointes que l'on distingue mal, parce qu'elles se col- lent contre les écailles voisines. La longueur de la pec- torale est cinq fois et demie dans celle du poisson, CHAP. V. HOLACANTHES. \ 59 et sa largeur à la base deux fois dans sa longueur. Elle est attachée au tiers inférieur de la hauteur, cou- pée en demi-ovale, obtuse, et compte dix-huit rayons. La ventrale s'attache à l'aplomb du bord postérieur de la base de la pectorale; elle est un peu plus longue et de forme pointue. Son épine est comprimée et d'un tiers moindre que son premier rayon mou. La dorsale commence au-dessus de la brise de la pectorale. Ses épines sont fortes et droites; elles crois- sent très-lentement à compter de la première , et de façon que leurs pointes demeurent dans une ligne droite entre elles et avec les rayons mous jusqu'au septième, qui est le plus long, et forme avec celui qui le précède et celui qui le suit la pointe de la production en forme de faux de cette nageoire. Les rayons mous diminuent ensuite rapidement jusqu'aux onzième et douzième, après lesquels ils sont courts et forment la partie de cette nageoire dont le bord redevient vertical. Il y en a quatorze épineux et vingt et un mous, tous tellement enveloppés par les écailles, qu'excepté les trois premiers, qui ont entre eux des portions échancrées de membrane nue , on ne voit; que leurs pointes. L'anale est coupée en faux, exactement comme la dorsale, et sa pointe se porte autant en arrière, quel- quefois même davantage ; mais elle ne commence que sous le huitième rayon de celle-ci. Elle a trois rayons épineux, dont les deux premiers n'ont der- rière eux que des portions de membrane nue, et vingt mous, enveloppés décailles. Ces deux nageoires sont si épaisses, que leurs faces latérales se continuent 460 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. sans ressaut avec les côtés du corps. La portion nue de queue qui est derrière elles ou entre elles, a le quatorzième à peu près de la longueur totale, sur une hauteur double; mais les écailles se continuent sur la caudale jusqu'à moitié de sa longueur. Elle a dix-sept rayons, est un peu arrondie au bout, et ne va pas aussi loin en arrière que les pointes des deux autres nageoires verticales. B. 6; D. 14/21; A. 3/20; C. 17; P. 18; V. 1/5. Toute la tête est écailleuse, excepté le bord des lèvres ; mais hors la joue et le tiers inférieur de l'opercule, ses écailles sont petites, celles du vertex et du front surtout. Le corps a environ cinquante écailles sur une série longitudinale, et trente sur une verticale. Les plus grandes sont au milieu; elles diminuent par degrés sur les nageoires , et finissent par y devenir très-petites; elles sont presque aussi longues que hautes : leur bord antérieur est en angle tres-obtus et fortement strié en longueur. Les stries se terminent chacune par une dentelure aiguë ou un cil court. Les bords latéraux sont en arc de cercle, et la partie cachée a un éventail de six ravons et au- tant de crénelures; mais entre les grandes écailles que nous venons de décrire, et dans 1 angle que les deux placées au-dessus 1 une de l'autre forment par leur rapprochement, il y en a plusieurs petites en triangle isocèle, dont l'angle aigu du sommet est du côté de la racine, et dont la partie de la base se voit au dehors, et est striée et ciliée comme le bord des grandes. ChAP. V. HOLACANTHES. 161 La couleur générale de ce beau poisson résulte du ton violet de la base des grandes écailles , de toutes les petites , et d'un trait jaune vertical , plus large au milieu, sur le bord de chacune des grandes. Sui- vant qu'on le regarde dans un sens ou dans l'autre, il peut paraître doré, verdàtre ou chatoyant- mais lorsqu'on porte l'œil perpendiculairement à la face latérale, ces traits se voient disposés régulièrement en quinconce sur un fond violet, et font un effet très-agréable à la vue. Ce même effet de couleur se porte sur la dorsale et sur l'anale; mais les pointes de ces nageoires prennent une belle couleur rouge, et tout leur bord a un liséré d'un beau bleu d'azur. A leur partie postérieure et verticale ce liséré s'élar- git et est quelquefois suivi d'un second liséré blan- châtre. La caudale , les pectorales et les ventrales sont d'un beau jaune orangé. La gorge et la poi- trine sont d'un gris violet uni, sans traits jaunes. Sur la nuque, en avant de la dorsale, est une tache ronde et d'un brun-noir tacheté de bleu , entourée d'un cercle bleu. Il y a aussi un ruban bleu au bord de l'opercule plus large dans le haut, et sur la base de la pectorale une large tache d'un bleu noirâtre ou bru- nâtre, bordée vers le bas de bleu d'azur. Le bord des lèvres est de ce même bleu. Quelques individus ont une ligne bleue, qui remonte du bord antérieur du préopercule au-devant de l'œil, et de là vers le cercle bleu de la nuque, où elle rencontre celle de l'autre côté; et d'autres en ont encore une, qui part du côté du cercle de la nuque, et descend derrière l'œil et sur le limbe du préopercule. Enfin, on voit 7. 11 \ 62 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. quelquefois aussi des taches bleues sur la joue; mais ces lignes et ces taches disparaissent généralement sur les grands individus, qui n'ont plus de bleu que le cercle de la nuque, le bord des lèvres, celui de l'opercule, la tache à la pectorale, et les bordures de la dorsale et de l'anale. Nous avons des individus de cette espèce qui ont jusqu'à quatorze pouces de longueur. Cette description , prise d'exemplaires très- bien conservés, arrivés récemment de Saint- Thomas, et confirmée par celle que M. Poey a faite sur le frais à la Havane , montre com- bien sont peu exactes les diverses enluminures de Bloch et de Catesby ; celle même de Parra est grossière , comparée à la nature. Z/HOLACANTHE TRICOLOR. (Chœtodon tricolor, Bl.) Les côtes atlantiques de l'Amérique produi- sent dans leurs parties chaudes un autre hola- canthe, très-semblable au ciliaire pour l'en- semble et les détails de ses formes, mais tout autrement coloré. C'est la veuve-coquette de nos colons de la Guadeloupe, nommée ainsi parce que la moitié de son vêtement est noire , mais agréa- blement tranchée avec les autres parties, qui sont d un jaune vif. CHAP. V. HOLACANTHES. 165 M. de Lacépède compare dune manière pittoresque cette disposition de couleur à un manteau de velours noir, sur une robe de drap d'or. A la Martinique ce poisson se nomme mon- bin; mais on l'y nomme aussi portugais , et à la Havane catalineta , comme plusieurs autres chétodons. Edwards a donné (pi. a83', fig. 4) une ligure médiocre de la femelle, qu'il intitule acarauna 1 , et le prince Maurice en avait laissé une dans le recueil de Mentzel, intitulée paru*; mais ces deux noms sont au Brésil des désignations génériques qui embrassent plusieurs chéto- dons, et celui di acarauna comprend même des acanthures. Edwards ayant fait sa ligure d'après un in- dividu décoloré par la liqueur, il a rendu les 1. C'est celle que Bonnaterre , ainsi que nous l'avons dit, a copiée (Encyclopédie méthodique, planch. ichtyolog. , ûg. 179) pour représenter l'espèce précédente. *2. Bloch prétend (i2. e part., p. 97) que le prince Maurice l'appelle acarauna , et cite son Livre ainsi : t. II, p. 1 44- Mais il a tout brouillé : il j a dans le Liber principis , t. II, p. 3i2 , un acarauna qui est un acanlhure, et notre hola anthe tricolor n'est représenté que dans le Liber Mentzelii, p. 120, sous le nom de paru. La citation de la page 1 44 s ^ rapporte à Margrave, et non au Liber principis, et c'est i'acanthure qui y est représenté. M. Lichtenslcin fait déjà ces observations (Mém. de l'Acad. de Berlin, 1820 et 1821), et nous en avons coustaté la justesse. 1 64 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. parties pâles comme si elles étaient d'un blanc pur, ce qui n'est point exact, car les deux sexes sont colorés de même. Duhamel 1 et Parra 9 ont bien représenté le mâle. Bloch surtout en a donné une très-belle figure vers la fin de son grand ouvrage sous le nom de chœtodon tricolor (pi. 4 2 ^); mais il avait d'abord confondu cette espèce avec une autre dans laquelle le noir et le pâle ne se par- tagent pas de la même manière, et qui est son chœtodon bicolor (pi. 206); et c'est à celle-ci qu'il a rapporté mal à propos les figures d'Ed- wards et de Duhamel. 1/ holacanthe irîco/or, ou veuve- coquette, est en général de la même forme que le ciliaire, si ce n'est que chacun des angles de sa caudale se prolonge en une petite pointe; que les pointes de sa dorsale et de son anale ne dépassent pas celles de la caudale, et même que, dans la femelle, leur prolongation n'est presque rien, et ne forme pas un fil, comme dans le maie ou comme dans les deux sexes du ci- liaire ; mais quelles y sont seulement anguleuses. Les dentelures des bords du préopercule sont aussi bien plus faibles ; mais l'épine en est forte , dans le mâle surtout, qui l'a même plus grosse à pro- portion. Ses dentelures y sont au contraire encore moins apparentes que dans la femelle. Les dentelures 1. Pèches, 2. e part., sect. 4? pi- i3, fig. 1, la veuve-coquette. 2. Parra, pi. 7, fig. 2, calalinela. CHAP. V. HOLACANTHES. 1 ()0 du bas du sub-opercule ne paraissent un peu que dans la femelle , et elle a celles de l'interopercule plus nombreuses, mais moins fortes. Le mâle n'y en a qu'une ou deux. Les deux sexes ont trois ou quatre fortes dents ou petites épines à l'angle inférieur du sous-orbitaire. Les écailles sont disposées, configu- rées et striées comme dans le ciliaris, et la ligne laté- rale est tout aussi peu apparente. Enfin, les nombres des rayons ne diffèrent que fort peu. D. 14/19; A. 3/18; C. 17; P. 18; V. 1/5. Le jaune et le noir sont distribués sur le corps comme il suit: les lèvres sont noires. La tête, la nu- que, l'épaule, la gorge et la poitrine, ainsi que les pectorales et les ventrales, sont jaunes. Tout le reste est noir jusqu'à la queue. La ligne qui sépare en avant le noir du jaune, commence à la quatrième ou à la cinquième épine dorsale, descend obliquement en avant jusque près de 1 aisselle delà pectorale, d'où elle se recourbe et se porte en arrière pour se ter- miner au commencement de l'anale. Ce noir finit par une ligne verticale sur le milieu de la portion de queue qui est derrière la dorsale et l'anale; le reste de la queue et toute la caudale sont jaunes. Le mâle n'a qu'un petit liséré jaune au bord postérieur de sa dorsale, mais dans la femelle ce liséré est plus large, et il y en a aussi un tout autour de l'anale. La troisième couleur de ce poisson est un rouge de vermillon , qui teint l'épine du préopercule, la membrane des épines de l'anale, et dans la femelle une partie du bord infé- rieur de la même nageoire, et un peu de celui de la dorsale. 4G6 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. Les distinctions que nous établissons entre les deux sexes, sont fondées sur les indications que M. Plée a jointes aux individus quil a recueillis à Saint-Thomas, et. pour les couleurs nous avons consulté les notes de M. Poey; mais l'individu que Bloch représente, et qui, d'après les pointes de ses nageoires, paraît être un mâle , a des bords jaunes ou rouges à la dorsale comme à l'anale. L'enluminure répand aussi du rouge sur beaucoup plus d'endroits quil ne parait y en avoir dans la nature. La taille de nos individus va jusqu'à dix pouces et demi et onze pouces. Nous avons disséqué cette espèce. Ses viscères dif- fèrent sensiblement de ceux des chétodons propre- ment dits par plus de longueur de l'intestin, ce qui a nécessité plus de replis et d'ondulations vers la partie postérieure de l'abdomen, en arrière de l'es- tomac. Le foie est grand et composé de deux lobes, qui couvrent l'estomac et la plupart des nombreuses appendices cœcales qui entourent le pylore. La vésicule du fiel est très-grande, en cul -de- sac, cylindrique, appuyée sur le côté supérieur de l'œso- phage. Le canal cholédoque est long, grêle, et s'in- sère entre les cœcums. L'œsophage est de longueur médiocre , il fait un pli à angle droit, et descend dans la cavité abdo- CHAP. V. HOLACANTHES. 167 minale; mais il se porte bientôt en avant, et se di- late pour former l'estomac, dont la capacité n'est pas très-considérable. L'entrée de l'estomac au pylore dans Tintestin est large, et autour du pylore il y a vingt-trois cœcums longs et grêles, placés presque tous sur le côté gauche de l'estomac. Le duodénum est large; il se porte vers le dia- phragme , et se plie pour se contourner suivant les nombreuses ondulations de Tintestin. Il diminue de près de moitié de largeur. Il y a une très- grande vessie natatoire, à parois membraneuses, blanchâtres, non argentée. Elle oc- cupe toute la longueur de l'abdomen , et s'étend même un peu au-delà par deux fourches peu longues qu'elle envoie de chaque côté de la queue. Le squelette a vingt-quatre vertèbres , dont neuf abdominales et quinze caudales. Les côtes embras- sent les deux tiers de l'abdomen; elles sont légère- ment canaliculées en avant et en arrière, et portent leur appendice à leur quart supérieur. Ces appen- dices se continuent le long des vertèbres de la queue jusqu'à la sixième, s'attachant à la racine de ses apo- physes épineuses descendantes. La crête interpariétale ne s'élève point au-dessus du crâne, et est même fort courte dans le sens horizontal. Je ne vois pas d'inter- épineux entre elle et celui de la première épine dor- sale. Les interépineux en général ont leurs lames la- térales assez saillantes, mais minces et tranchantes. Aucun d'eux n'est renflé. 168 livre vii. squammtpennes, Z/Holacanthe bicolor. (Chœtodon bicolor^ Bl.?) Le Cabinet du Roi possède depuis long- temps un holacanthe assez semblable à ce tri- color par la division de ses couleurs en deux grandes masses. Sa forme est la même; ses épines aussi, sauf celles de l'interopercule, qui sont moindres, et celles du sous-orbitaire , qui sont plus nombreuses et plus petites ; mais la partie noire de son corps est séparée de la pàlè en avant par une ligne verticale , qui prend du cinquième rayon épineux de la dorsale, et descend au milieu de l'espace qui est entre les ventrales et l'anale. Un ruban plus blanc sépare les deux couleurs. Sur la queue la séparation se fait comme dans l'espèce précédente, et l'on voit de plus au crâne de celle-ci une tache ronde et noirâtre au-dessus des yeux. D. 15/16; A. 3/18, etc. Sa dorsale et son anale finissent simplement en angle, et sa caudale est coupée carrément. La liqueur a altéré les couleurs de nos indi- vidus ; mais il ne nous a pas été difficile de reconnaître l'espèce dans la ligure io6(pl. 19), de Renard; et nous avons appris par là, et encore mieux par l'original, qui est dans Vla- ming(n.° i8) ? CHAP. V. HOLACANTHES. 469 que la partie antérieure du corps et la queue sont orangées, et la postérieure, ainsi que la tache du crâne, d'un noir plus ou moins bleuâtre. Renard nomme cette espèce color-sousou- nam, et Vlaming pangerang. L'existence de sa figure dans leurs recueils prouve suffisam- ment quelle habite l'archipel des Indes. Il nous parait bien vraisemblable que c'est de cette espèce, altérée aussi par la liqueur, que Bloch a fait son cliœtodon hicolor (pi. 206, fig. 1), et si dans le texte il la nomme aca- rauna, et la dit à la fois des deux Indes, c'est parce qu'il l'a confondue avec l'espèce précé- dente. Nous devons faire observer cependant qu'il compte quatre rayons de plus que nous à la dorsale (1 5/20) ; mais il est très-possible qu'il les ait comptés sur un individu de l'espèce d'Amérique. Il cite aussi comme synonymes les n. os 35 et 121 de Renard, et le n.° 48 de Valentyn. Nous ne savons pas bien ce qui en est pour le premier; mais les deux autres appartiennent certainement à une autre espèce , au meso- leucos de Bloch (pi. 216, fig. 2) qui va suivre- 1 70 LIVRE VII. SQUÀMUIPENNES. Z'HtfLACANTHE MULAT. (ffolacanthus mesoleucos > nob. ; Chcetodon jneso- leucoSj Bl.j Chcetodon mesomelas,Crm.; leMulat, Lacép., t. IV, p. 528 et 537.) Le chcetodon mesoleucos de Bloch (pi. 216, fig. 2) est un bolacanthe voisin des précédens, et qu'il faut se garder de confondre avec le chcetodon mesoleucos de Forskal, qui est un chétodon proprement dit. Celui de Bloch avait déjà été représenté dans Renard (fol. 22,fig. 121) et dans Valentyn (n.° 48) d'après le n.° 176 de Vlaming. Sa forme est comme dans le bicolor. Ses nageoires sont arrondies. Le noir de sa partie postérieure se change par nuance en une couleur jaunâtre à la partie antérieure. Une large bande oculaire brune descend de la nuque à la gorge. Les lèvres sont brunes, et la queue jaune. Telles sont les couleurs du poisson frais, et qui se rapportent à celles que Ion trouve dans Vlaming , dont l'enluminure est probablement faite d'après nature. Il donne un ton bleuâtre aux parties brunes ou noires, un jaune pâle aux pectorales et à la caudale, et un jaune orangé aux ventrales. Bloch, qui n'avait vu qu'un poisson décoloré, colore en gris ou en blanchâtre les parties jaunes. D. 12/17; A. 3/18, etc. Nous avons un individu long de cinq pouces et demi. CHAP. V. HOLACANTHES. \7 \ Vlaming avait fait dessiner cette espèce aux Moluques; en effet, MM. Kulil et Van Hasselt l'ont envoyée de Java au Musée royal des Pays- Bas. Bloch prétend lavoir reçue du Japon. Ylaming l'appelle parallelogram ou colour, Renard simplement parallelogram , Valentyn ikan-koeloer-hidj oe ou poisson couleur vert. Ce dernier en vante beaucoup le goût. 1/HOLACANTHE AMIRAL. {Holacanthus navarchus , nob.) Vlaming (n.° 22) a, sous le nom de camuys- neus (nez camus), la figure dune bien belle espèce de ce genre, que nous croyons aussi posséder, mais tellement décolorée que nous n'osons affirmer qu'elle soit la même. Renard (t. I, fol. 16, n.° 92 ) a copié cette figure de Vlaming 5 mais, plaçant à côté (n.° 93) celle de Ximperator, il a transposé les noms, et donné à la première celui de douwin g- admirai, qui appartient à la seconde. Il l'a aussi très-mal enluminée. Le même poisson revient, mais encore plus grossièrement rendu, dans Renard (t. II, pi. 4? flg. 17), et toujours sous ce nom de douwing- admiral. Ces deux figures sont copiées dans Valentyn (n. os 58 et 64). Mais, comme à son \ 72 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. ordinaire, il donne pour chaque figure un nom différent : le n.° 58 s'appelle éventail-du- Japon; le n.° 64, trompette-du- Japon . Ruysch , qui les donne aussi (pi. i5, fig. 10 et 1 1), les appelle gravin (comtesse). Ce que l'on peut apercevoir dans ces figures, quel- ques variations qu'aient subies leurs noms et leurs enluminures, c'est que ce poisson a le devant et l'arrière du corps diversement colorés de teintes fon- cées, et que sur le milieu est une très-large bande plus claire, venant de la dorsale, arrondie dans le bas , et qui n'atteint pas la ligne du ventre. C'est ce dont notre individu offre aussi des traces. Il paraît aujourd'hui, dans la liqueur, d'un noir foncé, avec des reflets bleuâtres; la large bande du milieu de son dos semble d'un brun jaunâtre , et le bord de son anale est blanchâtre. Toutes ses formes , ses écailles, ses dentelures, ses nageoires sont exacte- ment comme dans le bicolor. D. 14/16 î A. 3,17, etc. Il répond aussi assez bien à la description que Ruysch donne de sa ligure 10 : Tôt uni corpus quodammodo violaceum est, sed maculis distinctum nisi quod de rnedio €tc summo corpore procédât macula flava ac magna quœ fere med uni corpus occupât. M. Valenciennes a trouvé la même espèce mieux conservée au Cabinet royal des Pays- Bas. CHAP. V. HOLACANTHES. 4 73 Sa couleur est un brun presque noirâtre, et au milieu du corps est une demi-ceinture blanche. L'a- nale et la caudale ont le bord blanc. Les ventrales sont blanchâtres , et ont les premiers rayons bruns. L'individu vient de Java, et est long de trois pouces et demi. Z'HOLACANTHE TROMPETTE! (Holacanthus tibicen, nob.) Nous croyons devoir rapporter ici un ché- todon anciennement conservé au Muséum des Pays-Bas, dont les formes et la distribution des couleurs sont à peu près les mêmes que dans le précédent, mais qui a quatre épines à l'anale. L'aiguillon du préopercule est très-fort, et atteint presque la base de la pectorale. Son bord inférieur a trois petites pointes. Le bord montant a des dente- lures nombreuses, fines et aiguës. Toutes les écailles sont striées. D . 14/16; A. 4/16, etc. Dans son état actuel il paraît brun. Une grande tache pale occupe le haut de l'opercule et la partie voisine de l'épaule, et il y en a une autre, ellip- tique, verticale, sur le milieu du dos, dans la moitié supérieure. Les lèvres paraissent avoir aussi été pâles; mais ses vraies teintes sont sûrement fort altérées. La longueur de l'individu observé par M. Valen- ciennes est de quatre pouces. 'I 74 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. Z/HOLACANTHE ASFUR. {Chœtodon asfur, Forsk.) C'est ici qu'il faut placer le chœtodon asfur de Forskal, qui est noir et a sur le milieu du corps une large bande jaune, arquée en avant et pointue à ses extré- mités, qui se dirigent en arrière. Sa dorsale et son anale sont en forme de faux, et s'étendent horizon- talement en arrière. Sa caudale est arrondie, fauve et lisérée de noir. L'individu ainsi décrit par Forskal était long de cinq pouces. Cette description convient parfaitement à un individu long de six pouces que M. Ruppel a rapporté de la mer Rouge, et qu'il a donné au Cabinet du Roi. Ses nombres sont : D. 12/21'; A. 3/22; C. 17; P. 16; V. 1/5. Les Arabes de Lohaia l'appelaient tabak- el-herr ou asfur; ce dernier nom veut dire moineau. Forskal lui donne un aiguillon fort au préo- percule, mais ne parle pas de dentelure, qui 1. Ici il n'y a qu'un 3 clans Forskal; c'est 33 qu'il faut lire, et alors on aura 12/21 en écrivant à notre manière. M. de Lacépède suppose treize Bayons mous; mais cela est impossible : on aurait sous la barre 25, nombre où il n'y a pas de 3. CHAP. V. HOLACANTHES. \ 7ï> en effet n'y est presque pas sensible, ce qui a déterminé M. de Lacépède (t. IV, p. 5 18, 52i et Ô24) a en taire un pomacanthe. Z/HOLACANTHE HADDAJA. (Holacanthus haddaja, Forsk.) Forskal décrit un holacanthe qu'il a vu à Mocka, où on le nomme haddaja, et qu'il re- garde comme une variété de son asfur. Ses couleurs sont encore plus agréables. M.Ehren- berg en a dessiné à Massuahun échantillon de sept pouces, et en a rapporté plusieurs. Sur le fond noirâtre du corps on voit à la partie antérieure des traits en forme de croissant et d'un noir plus foncé. Le front et le bord de la dorsale et de l'anale sont bleus. La pointe de la dorsale est verte sous le bord bleu. Toute la partie du corps, en arrière de la bande jaune, a des raies irrégulières brunes et bleues. La queue et la caudale sont jaunes, avec quelques traits bruns sur la queue, et un bord noir suivi d'un liséré blanc au bout de la caudale. D. 12/21 5 A. 3/20, etc. Forskal dit que cet holacanthe a la chair amère, mais non vénéneuse, et qu'on le prend dans des nasses, en lui offrant pour appât des lambeaux de l'animal du strombe. M. Ehrenberg a aussi rapporté de Massuah un holacanthe très-semblabie au précédent, \ 76 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. mais dont la bande jaune est beaucoup plus courte, et ne s'étend ni sur la dorsale ni même sur le tiers inférieur du corps. D. 12/20; A. 3/18, etc. Il nous semble que ce doit être une simple variété. Z/IÏOLACANTHE TACHETÉ. {Chœtodon maculosus t Forsk. , pi. 62, n.° 85.) Le chœtodon maculosus de Forskal, ou Xholacanthe arusel de M. de Lacépède (t. IV, p. 028 et 537), doit se rapprocher de Xasfur, et particulièrement de la dernière des variétés que nous venons de décrire. Avec les caractères génériques il a une dorsale qui s'élève en arrière, finit par une pointe aiguë, coupée en faux, sous laquelle son boid redevient vertical; une anale triangulaire, une caudale un peu arrondie, des ventrales aiguës, qui atteignent au-delà de l'anus. D . 12/22-; A. 3/21 \ etc. Le fond de sa couleur est un cendré soyeux. Sur sa nuque sont plusieurs traits bleus, transverses. Quelques tacbes de même couleur se voient sur ses opercules et sa gorge. Une grande tache jaune, tron- quée en arrière, arrondie en avant, est placée à l'ar- rière du milieu de son corps. La queue et la caudale ont des gouttes jaunes. Les noms iïarusa ou Rarusel-el-bahr, qu'il porte à Lohaia, signifient Jiancée et fiancée- CHAP. V. HOLACANTHES. \ 77 de-mer j ils se donnent à plusieurs poissons comme marque de leur grande beauté. M. Ehrenberg en a donné au Cabinet du Roi un échantillon long de cinq pouces. Z'HOLACANTHE MOKHELLA. {Holacanthus mokhella, Ehr.) Une belle espèce, due encore à M. Ehren- berg, et très-voisine des précédentes, se nomme à Massuah mokhella. Tout son corps est d'un bleu foncé brillant, mar- qué de lignes verticales nombreuses, peu régulières, d'un bleu clair sur le devant, blanchâtres vers l'ar- rière, où les dernières se contournent en spirale. La dorsale et l'anale bordées de bleu clair; la pointe de la dorsale verte sous le bleu, et de ce vert il part une bande jaune, mais qui ne descend que jusqu'à moitié du corps. Le bout de la queue et la caudale sont jaunes. Ces holacanthes à raies verticales bleues se lient par cette distribution de couleurs augeo- métrique et aux espèces voisines; mais ils sen écartent par la pointe aiguë de leur dorsale. 12 '1 78 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. Z/HoLACANTHE ANNEAU. {Chcetodon annularis , Bl., pi. 2i5, fig. 2; Hola- canthe anneau, Lacép., t. IV, p. 526 et 535.) Ce caractère dune pointe grêle à la dorsale, qui ne se répète pas à l'anale, s'observe aussi dans le chcetodon annularis de Bloeh , ou holacanthe anneau de M. de Lacépède. A la vérité, Bloch ne lui donne pas cette confor- mation dans sa figure, mais c'est qu'elle est faite d'après un individu mutilé. Il a commis une autre faute en considérant ce poisson comme identique avec le douwing-marquis de Renard, qui est un chétodon proprement dit (le chcetodon Meyeri, Bl. Schn.), et M. de Lacépède, qui possédait ce douwing-marquisj, dont il a fait mal à propos un holacanthe (son holacanthe jaune-et-noir, notre chcetodon Meyeri), n'en a pas moins copié la citation de Bloch. 1 Russel 2 a donné une excellente figure de l'espèce actuelle sous le nom de sahni-tschapi , et il lui marque bien la longue pointe aiguë de sa dorsale. 1. Comme il ne vérifiait jamais les citations des autres, il a copié ici jusqu'aux fautes d'impression : Renard, t. II, pi. 20» fig. i35; au lieu de : t. I, pi. 25, fig. i35. 2, Poissons de Vizagapatam , n.° 88. CHAP. V. HOLACANTHES. 479 Cet liolacanthe annulaire a sa hauteur une fois et trois quarts dans sa longueur totale. Sa forme est d'ailleurs celle du genre Ses dents ont très-sensible- ment une petite pointe de chaque côté de la grande On aperçoit à peine les dentelures de son préoper- cule; mais l'épine en est forte et a un sillon à sa face externe. L'angle du sous-orbitaire n'a que trois ou quatre petites dentelures, quelquefois à peine visi- bles. Ses épines dorsales, au nombre de treize, vont en s'alongeant de la première à la dernière. La pointe aiguë de cette nageoire, formée principalement par les troisième, quatrième et cinquième rayons, dé- passe la caudale; celle-ci est coupée carrément. L'anale a son bord à peu près parallèle à sa base, c'est-à-dire qu'elle ne forme pas de pointe ni même d'angle saillant. Les ventrales atteignent presque à sa base. D. 13/22; A. 3/21; C. 1T; P. 18; V. 15. C'est un des holacanthes les plus agréablement colorés. Le fond paraît d'un brun verdàtre clair, avec une tache un peu plus foncée sur chaque écaille. Au- dessus de l'épaule, près du haut de l'ouïe, est un anneau bleu. Six rubans bleus, étroits, descendent obliquement en avant : le premier, du septième ou huitième aiguillon dorsal vers l'anneau; son extré- mité supérieure remonte sur le bord antérieur de la longue pointe de la nageoire. Les suivans partent de différens points de la partie molle de la dorsale, et se courbent la convexité dirigée en bas et en arrière, mais de manière à revenir en avant aux environs de la pectorale. Sur la base même de la 1 80 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. pectorale est un trait bleu. L'anale a trois lignes de même couleur, parallèles à son bord. A la tête on remarque un trait bleu entre les yeux et l'œil, qui se continue à l'opercule , et un autre , qui part du museau, passe sous l'œil, et va aussi à l'opercule. Le bord de l'opercule lui-même est bleu. Enfin, il y a deux ou trois lignes verticales bleues sur la queue. Les pectorales et la caudale sont jaunes, les ventrales brunes. Cette espèce devient assez grande. Nous en avons un individu d'un pied de long. Il nous a été apporté de Pondichéry par M. Sonnerat. Nous en avons aussi de plus pe- tits des Moluques. Il y en a une grande et belle figure dans le recueil de poissons peints à Malaca pour le major Farkhar. Z/HOLACANTHE EMPEREUR. {Chœtodon imperator, Bl. 194 ', Lacép., t. IV, pi. 12, fig. 3.) Le plus célèbre des holacanthes pour la sin- gularité de son vêtement et la beauté de ses couleurs, est celui que les Hollandais des Mo- luques ont appelé empereur- du- Japon, et dont ils se sont plus à multiplier les figures. l 1. Ruysch, pi. 19, fig. 1. Cette figure a sur le front une espèce de couronne, qui est imaginaire. Valentyn, n.°5i, ikan-djamban- CHAP. V. HOLACANTHES. 181 Il n'est pas cependant du Japon, comme le dit Blocli, et comme le répètent d'après lui Gmelin et de Lacépède, mais de toutes les parties chaudes de la mer des Indes. C'est aux Moluques qu'en ont été faites les figures pu- bliées par Ruysch , Valentyn et Renard; et Com- merson l'a décrit et dessiné à l'ïsle-de-France 1 , où nos colons lui donnent le nom plus modeste de guingarrij, emprunté des fines étoffes de coton de l'Inde, rayées comme ce poisson. Il est d'une forme un peu plus élevée que la plupart des espèces du genre. Sa hauteur n'est pas tout-à-fait deux fois dans sa longueur. Son museau est un peu retroussé. Sa mâchoire infé- rieure avance plus que l'autre. Sa dorsale et son anale se terminent en angle obtus vis-à-vis la base de la caudale, et ne se prolongent pas en pointe. Ses ventrales n'atteignent pas son anale. Les dente- lures du bord montant du préopercule sont peu marquées. On distingue celles du bord inférieur, au nombre de quatre ou cinq. L'aiguillon de l'angle est très-grand et très-fort. L'angle du sous- orbitaire n'a que trois ou quatre petites dents. Les dents ont une petite dentelure à chaque côté ds la tecrel, ou poisson-de-galion; n.°37o, empereur-du- Japon ; n.°4'B, poisson-couronné : c'est la même figure que Ruysch. Renard, t. I, fol. 16, fig. 95, douwing-camus. L'original de celle-ci est dans Vlaming, n. u 225, sous le nom à* amiral. Idem, t. II, pi. 56, fig. 208, empereur-du- Japon. 1. Sa figure est gravée dans Lacépède, t. IV, pi. 12, %• 3. \ 82 LIVRE VIL SQUAMMIPENNES. base de leur pointe. Les écailles sont encore plus petites et plus nombreuses qu'à l'annulaire ; mais striées et ciliées de même dans toute leur partie vi- sible, ce qui donne à leur ensemble une apparence de velours. Elles se rapetissent par degrés sur les nageoires verticales, et se changent sur la tête en une simple granulosité un peu âpre. D. 14/20; A. 3/19; C. 17; P. 19; V. 1/5. Tout le corps de ce poisson est d'un bleu noi- râtre; trente ou trente-deux lignes d'un jaune orangé en parcourent l'étendue depuis le bord de la dor- sale, se portent en avant, en descendant un peu, et se terminent à l'épaule, à la gorge et à la poitrine, qui, ainsi que la tête, sont du bleu noirâtre du fond. Sur l'anale on en voit trois ou quatre paral- lèles aux dernières du corps; mais qui s'effacent successivement. Sur la tête se voient deux lignes bleu clair, qui traversent le front, entourent l'œil, et descendent vers le bord postérieur du préoper- cule. Une autre ligne de cette couleur borde l'oper- cule , et se prolonge au-devant d'une tache très- noire , qui est à la base de la pectorale. Cette nageoire elle-même est noirâtre. Les ventrales sont d'un jaune brun; mais la caudale toute entière est d'un beau jaune vif. Ce poisson est grand pour son genre ; il passe souvent un pied et même quinze pouces. Cest, dit-on, de tous les poissons que l'on mange communément aux Indes le plus esti- mé j on compare sa chair à celle du saumon. CHAP. V. HOLACANTHES. 185 Notre description des couleurs est emprun- tée de Commerson, qui l'a faite sur le frais ; et nous la croyons plus exacte que les enluminures de Renard, et même que celle de Bloch , qui met un fond jaune à toute la partie antérieure aux pectorales, aux ventrales, et au bord de la dorsale et de l'anale. Quant aux formes, nous les avons prises sur nature; mais il se pourrait qu'il y eût pour la dorsale une différence de sexe; car dans le dessin de Vlaming, copié par Renard (t. I, fol. 16, fig. 93), la dorsale parait beaucoup plus pointue. Tout nous fait croire que cet holacanthe est le premier citharœdus d'Jilien -, que cet auteur décrit eu ces termes : « Il nait dans la « mer Erythrée un poisson plat comme une « sole. Ses écailles ne sont pas très-âpres. Sa c couleur est un peu dorée, et il a de la tète « à la queue des lignes noires, semblables à « des cordes, ce qui l'a fait nommer citharède. « Sa bouche est serrée, noire, entourée d'un a cercle jaune; le sommet de sa tête est varié « de lignes noires et dorées; ses nageoires sont « mélangées de jaune et de roux, et sa queue « est noire, excepté le bout, qui est blanc. * 1. Anim., 1. XI, c. 23. 1 84 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. La nomenclature des anciens serait bien fa- cile à retrouver, s'ils l'eussent toujours consta- tée par des descriptions aussi exactes. Z'HoLACANTHE DUC. {Holacanthus d«.r,Lacép.; Chœtodon fasciatus, B1., P 1. i 9 5.') Il y a dans les Indes un autre bel holacan- the, rayé, mais en travers, que les Hollandais des Moluques ont appelé duc ou duchesse* et toile-peinte°, et qui est le chœtodon fascia- tus de Bloch ou le chœtodon aux, de Gmelin, ïholacanthe duc de M. de Lacépède , mais dont l'espèce a été doublée parle peu d'atten- tion des naturalistes à remonter aux sources. Bloch tenait sa figure de Boddaéït, et celui- ci dit quelques mots de l'espèce dans une lettre imprimée en 1782, dans les Écrits de la Société 1. Chœtodon dux et Chœtodon Boddaerti, Gmel. ; Holacantht duc et Âcanthopode Boddaërt , Lacép. ; Ikan-sengadjî-molucco (pois- son-duc des Moluques), Valentyn, n.° 5oy. Dans un autre endroit (n.°4o5) il l'appelle ikan-sarasa-jang-sarisca , ce qui signifie, dit-il, grand poisson-saraza rayé. 2. Douwing-duchesse , Renard, t.I, fol. i4, fig- 81. Cette figure est moins mauvaise que la plupart de celles de cet auteur. On en Toit l'original dans Vlaming (n.° 200) sous le nom de harioginne (duchesse). 3. Chietze-visch ou toile-feinte, Renard, t. II, pi. 58, fig. 16^. Chietze ou cilz est le nom hollandais des indiennes. Rujsch , p. 1 4 , ad tab. 8 , fig. 1 . CHAP. V. HOLACANTHES. 48» des naturalistes de Berlin (t. III, p. 4^9). Il ren- voie en même temps à un écrit où il en avait donné, quelques années auparavant 1 , une des- cription plus ample , et une bonne figure, sous le nom de chœtodon diacanthus. Bloch, im- primant son article en 1788 2 , reconnaît bien devoir sa figure à Boddaërt, mais ne fait au- cune mention des deux ouvrages où ce mé- decin hollandais en avait parlé. En 1789 ou 1790 Gmelin , ne consultant que le premier de ces écrits, ne le comparant point à l'article de Bloch, et en traduisant trop littéralement une phrase , en tire une es- pèce qu'il appelle chœtodon Boddaerti, et qui, dit-il, a deux épines aux ventrales (spinis ven- tralium duahus-). Enfin, M. de Lacépède, ne consultant que Gmelin, imagine que cette phrase signifie qu'il y a à chaque ventrale deux piquans et pas de rayons mous, et fait du chœtodon Boddaerti un acanthopode Boddaërt , tout en laissant le chœtodon dux dans les holacanthes. 1. Epistola ad Gaubium de chœtodonte diacantho. Amsterdam, 1772, iii-4.° i 2. Grande Ichtyologie, édition française, t. VI , p. 09 et 4°. 3. Boddaërt avait dit dans sa lettre : Zwei grosse Siacheln an den Bauchflossen (deux grandes épines aux ventrales), ce qui signi- fiait simplement une grande épine à chaque ventrale , ainsi qu'où le voit par ce qu'il dit dans l'Epitre à Gaubius. 188 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. Nous devons encore faire remarquer que Bloch cite parmi les synonymes de son chœ- todon fasciatus , le douwing-bdtard d'Jfa- roke de Renard (t. II, pi. 16, fig. 77), qui est un chétodon proprement dit et probablement Yoctolineatus , et que dans cette confusion perpétuelle que son ignorance fait du javanais avec le japonais, il prétend que ce sont les Japonais qui appellent ce poisson duc, ce qui a fait conclure à M. de Lacépède que cette es- pèce est du Japon, ainsi que la précédente. 1 Or, s'il y a quelque chose de certain en ich- tyologie, c'est que toutes les deux sont des parages les plus chauds de la mer des Indes. Nous en avons déjà donné des preuves pour l'holacanthe empereur. Quant à l'holacanthe duc, outre les témoignages irrécusables de Vlaming, de Renard et de Valentyn, nous avons celui de MM. Lesson et Garuot,qui ont rapporté l'espèce du Havre-Dorey, à la Nou- velle-Guinée. MM. Quoy et Gaimard viennent de l'en rapporter également. On ne peut pas raisonnablement chercher sous le climat du Japon des poissons que l'on sait d'ailleurs vivre dans le voisinage de la ligne. 1. Lacépède , l. IV, p. 536. CHAP. V. HOLACANTHES. \ 87 Cet liolacanthe duc est d'une forme plus oblon- gue que ceux dont nous avons parlé jusqu'ici. Sa hauteur est deux fois et demie dans sa longueur. Son museau saille un peu, et son profil est légère- ment concave. Ses dents m'ont paru simples. L'ori- fice supérieur de sa narine est rond et ouvert; l'infé- rieur a un rebord saillant 1 . L'aiguillon du bas de son préopercule est long et fort, et atteint presque sa pectorale. Les dentelures du bord montant sont assez fortes; mais il n'y en a point au bord inférieur, et celles de l'angle du sous-orbitaire, au nombre de trois ou quatre, sont très-petites. Sa dorsale et son anale sont coupées en arrière en angle un peu arrondi au sommet. La caudale est aussi un peu arrondie. Ses ventrales sont pointues, mais n'atteignent point l'anale. Je ne vois qu'une petite dentelure au côté antérieur de ses dents. Les écailles sont presque car- rées, finement striées à leur partie visible, et avec cinq ou six crénelures au bord radical. D. 14/19; A. 3/19; C. 1"Z; P. 16; V. 1/5. Les couleurs de cet holacanthe sont très-agréa- bles. Sa tête, sa gorge et sa poitrine sont d'un gris tirant au violet. Une ligne bleue, lisérée de brun, descend de chaque côté du haut du front vers le devant de l'œil, et une autre de la nuque le long du 1. En général, nous ne parlons pas, dans les descriptions des espèces, des circonstances de formes qui s'accordent avec ce qui a été dit de la première. Nous mentionnons les orifices des narines de celle-ci , parce qu'il a été dit qu'elle n'en avait qu'un. On le dit de beaucoup d'autres ; mais c'est ce qui n'a peut-être pas lieu dans un seul poisson osseux. 1 88 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. bord postérieur de l'œil, et un peu plus bas : il y en a une impaire entre les deux, une sur le bord du préopercule, et une sur celui de l'opercule. Tout le tronc, jusqu'à la base de la caudale, est divisé par bandes alternativement jaunes et bleues, avec de larges rubans brun pourpré entre elles. Il y a neuf bandes jaunes, neuf bleues, et dix-huit rubans bruns. Les six ou sept derniers de ces rubans descendent sur l'anale, dont le fond est bleu, et s'y recourbent à peu près parallèlement a son bord, de manière à venir se rejoindre en avant à ceux du milieu du corps. La partie épineuse de la dorsale a aussi sur sa base quelques prolongemens des bandes et des rubans qui lui correspondent, mais qui se perdent bientôt. Son bord et toute la partie molle sont d'un bleu noirâtre, avec un liséré très-étroit, noir et bleu, La caudale est jaune, ainsi que les ventrales. Les pec- torales sont transparentes. Nos individus sont longs de huit à neuf pouces, Valentyri parle avec éloge de ce poisson comme aliment. Zv'IÏOLACANTHE A QUEUE JAUNE. (Holacanthus chrjsurus , nob.) Un bel holacanthe, qui a quelque rapport avec le duc, a été rapporté par M. Gaimard. Il est plus haut à proportion, et a les écailles plus petites, l'épine du préopercule plus courte, et une petite pointe aiguë à l'angle de la dorsale. Tout CHAP. V. HOLACANTHES. 189 son corps paraît d'un brun foncé. Une ligne bleuâtre descend de la nuque , entoure le bas de l'œil , et aboutit à la bouche. De sa partie horizontale descen- dent trois lignes de même couleur vers le bord de l'interopercule. Sur l'opercule est une ligne verti- cale , qui se conlinue devant la pectorale jusque vers l'aisselle de la ventrale; et il y en a une autre plus avant sur la poitrine. En outre, le corps a de chaque côté six grandes lignes arquées, blanchâtres, alternativement plus larges et plus étroites , qui s'étendent sur la dorsale et sur l'anale, et dans leurs intervalles on en voit d'également arquées; mais qui se détachent à peine du fond par leur teinte. La caudale est tronquée et entièrement d'un beau jaune, comme celle de lholacanthe duc, avec un fin liséré noir au bout. D. 13/19; A. 3/19, etc. L'individu est long de cinq pouces. Z/HOLACANTHE GÉOMÉTRIQUE. {Holacanthus geometricus , nob.; Chœtodon nicobareensis , Bl.) Bloch a décrit et représenté ce poisson en 1801, dans son Système posthume (p. 21g, n.°9, pi. po), sons le nom de chœtodonnico- bareensis, et M. de Lacépède (t. IV, p. 528 et 53^), en i8o3, sous celui lholacanthe géo- métrique) qui le caractérise beaucoup mieux; mais on en avait depuis long-temps une ligure \ 90 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. dans Renard (t. I , fol. 5, fig. 35), d'après Vla- ming (n.° 8o). Il porte dans ces auteurs le nom de douwing-formose , qui lui est bien dû aussi d'après la régularité de sa coloration. Sa longueur contient deux fois sa hauteur. Ses écailles sont fort petites, et les dentelures de son préopercule imperceptibles , en sorte que , dans la méthode de M. de Lacépède, il aurait dû être un pomacanthe. Sa dorsale et son anale s'arrondissent en arrière. Sa caudale est aussi un peu arrondie. D. 14/20; A. 3/19, etc. Si l'on excepte la moitié postérieure de cette der- nière nageoire, qui est d'un blanc uniforme, tout le reste de ce poisson est d'un brun noirâtre, dessiné de lignes alternativement blanches et bleues , et dis- posées d'une façon très- singulière. Sur l'arrière du corps, avant la portion de queue qui n'a point de nageoires, est un cercle blanc, autour duquel les autres lignes sont disposées presque concenlrique- ment; mais comme ces cercles s'agrandissent à me- sure quils s'éloignent du premier, il n'y en a que trois ou quatre qui soient entiers, encore se dj visent- ils en arrière pour former un réseau à larges mailles rondes sur la partie postérieure de la dorsale et de l'anale et sur la queue. Plus en avant il n'y a que des portions de cercles, au nombre d'encore trois ou quatre, terminées aux bords supérieur et inférieur du corps. A la tête elles sont moins régulières : on y en voit quatre ; une du maxillaire à l'angle de la mâchoire inférieure , une du devant de l'œil à la CHAP. V. HOLACANTHES. 191 gorge, une allant du front, par derrière l'œil et le long du bord du préopercule, au côté de la poitrine et aux ventrales; enfin, une de la nuque sur l'oper- cule, au-devant des pectorales, et jusqu'au ventre derrière les ventrales. Il y en a de plus trois en tra- vers du front. Le bord de la dorsale et de l'anale est blanchâtre. Ce poisson paraît rester dans de petites dimen- sions, comme de trois ou quatre pouces. On devinerait difficilement pourquoi Ruysch et Valentyn ont négligé une espèce comme celle-ci, lune de celles dont le dessin aurait dû le plus les frapper. .L'HoLACANTHE A DEMI-CERCLES. (Holacanthus semicirculatus , nob.) Péron a rapporté de Timor, et MM. Lesson et Garnot de Bourou, de Waigiou et du port Praslin, à la Nouvelle-Irlande, un holacanthe assez semblable au géométrique par ses cou- leurs, pour qu'au premier coup d'ceil on puisse le croire de la même espèce; mais comme il n'a point de cercles entiers, et seulement des demi-ellipses ou des lignes droites, nous avons cru devoir l'appeler holacauthus semicircu- latus. Sa nuque est plus relevée et son museau plus obtus que dans le géométrique, et son aiguillon 32 LIVRE VII. SQUATVrMIPENNES. du préopercule est encore plus court; mais la forme de ses nageoires est la même. Ses écailles sont pres- que aussi petites. D. 14/21; A. 3/21. etc. Il a douze lignes blanches, dans les intervalles desquelles en sont autant de bleues plus étroites. La première des blanches est derrière les lèvres; la seconde au-devant de l'œil; la troisième derrière, et se prolonge sur le préopercule et la poitrine jus- qu'aux ventrales; la quatrième descend de la nuque le long du bord de l'opercule, et jusque derrière les ventrales ; la cinquième, du septième rayon dor- sal au-devant de l'anus (celles-ci commencent à se courber en arc de cercle) ; la sixième va du commen- cement de la partie molle à celui de l'anale ; la sep- tième réunit les extrémités postérieures de ces deux nageoires, et est courbée en demi-ellipse; les trois suivantes, courbées en arc de cercle, remplissent la concavité de la précédente : il y en a deux droites sur la queue, et deux serpentantes sur la cau- dale. Les cinquième, sixième et septième, ainsi que les bleues de leurs intervalles, arrivées sur les na- geoires , s'y ploient diversement pour former un petit labyrinthe. H y a aussi des traits irrégulière- ment ployés sur la dernière moitié de la caudale , dont tout le bord est blanchâtre. Tout le long du profil du front à la bouche est une ligne blanche impaire, et il y en a une semblable sous la gorge et la poitrine. Le pluo giand de nos individus est long de quatre pouces et çbjxû sur deux pouces et demi de hauteur. CHAP. V. HOLACANTHES. 193 Quoique l'espèce en paraisse plus commune que celle du géométrique , nous n'en trouvons point de trace dans les auteurs. Les habitans de Waigiou la nomment mami. ^'HOLACANTHE A LIGNES ALTERNES. (Holacanthus alternans , nob.) Une espèce voisine, et cependant distincte, vient d'être rapportée de Madagascar par MM. Quoy et Gaimard. Sa dorsale a en arrière une longue pointe aigui- sée comme dans Xannularis; son anale est simple- ment anguleuse; du reste, ses formes sont les mêmes que dans le demi-cerclé. Tout son corps est brun, semé de petites taches plus brunes , qui deviennent au contraire plus pâles que le fond sur la queue et sur la partie molle de la dorsale et de lanale. Sur chaque côté régnent sept ou huit lignes blanches, verticales , courbées en arc de cercle , la concavité en arrière , alternativement plus larges et plus étroites; quelquefois les étroites disparaissent, en sorte que le nombre total est moindre. Sur la queue il y en a trois à peu près droites. La caudale en a quelquefois une ou deux, et une rangée de petits traits longitudinaux; d'autres fois elle n'a que des points. A la tête il y en a une impaire le long du chanfrein, et trois qui parcourent verticalement sa hauteur, savoir : une immédiatement derrière la commissure des lèvres, une qui passe par le bord 7. i3 494 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. antérieur de l'orbite, et une derrière le bord posté^ rieur. Une quatrième descend de la nuque sur l'oper- cule. La poitrine en a deux obliques ; la première aboutissant à la ventrale, la seconde passant devant la base de la pectorale , et quelquefois une plus étroite entre deux. D. 13/21; A. 3/19, etc. Nos individus sont longs de cinq, de six et de sept pouces. Z/HOLACANTHE BLEU. (Holacanthus cœruleus , Elirenb.) M. Ehrenberg a rapporté de la mer Rouge un petit holacanthe , d'un pouce ou de dix- huit lignes, assez voisin des deux précédens, et qui a sur un fond bleu d'indigo treize ou qua- torze lignes blanches verticales, arquées et alterna- tivement plus larges et plus étroites. Sa caudale est jaune et arrondie, ainsi que sa dorsale et son anale. D. 12/15; A. 3/15, etc. Les Arabes de Massuah le nomment gJiar. Z/HOLACANTHE A SIX BANDES. (Holacanthus sexstriatus 3 K. et V. H.) Le Cabinet du Roi possède depuis long- temps un holacanthe à six bandes verticales brunes, que MM. Kuhl et Van Hasselt, qui Tout retrouvé à Java, ont appelé holacanthus CHAP. V. HOLACANTHES. \ 9o sexstriatusi et nous croyons devoir lui conser- ver ce nom par égard pour la mémoire de ces deux intéressantes victimes de l'histoire natu- relle. Son museau est assez saillant comparativement, et son profil un peu concave. C'est à peine si l'on aperçoit à son préopercule quelques vestiges de dentelure ; mais l'aiguillon de l'angle est fort et creusé d'un sillon à sa face externe. Sa hauteur est deux fois dans sa longueur totale. Sa dorsale est coupée en angle obtus , et son anale s'arrondit. Sa caudale est coupée carrément. Ses ventrales sont plus longues qu'aux autres espèces, et leur pointe atteint le troisième aiguillon de l'anale. D. 13/20; A. 3/19, etc. Sa tête et sa poitrine sont dun brun violâtre. Une bande blanchâtre descend de la nuque derrière l'œil le long du bord du préopercule, et se termine à l'aiguillon; elle est jaune dans le frais. Le corps parait gris jaunâtre, et dans le frais il est orangé, avec une tache ronde et d'un brun violet sur le mi- lieu de chaque écaille, et cinq bandes verticales dun brun violet clair, qui laisse encore paraître les taches plus foncées des écailles. En comptant celle qui se trouve derrière la bande blanchâtre de la tète, cela en fait six. La dernière répond à la fin de la dor- sale et de l'anale : il y en a même une septième à la racine de la caudale. Les parties molles de ces deux nageoires sont, ainsi que la caudale , semées de taches nombreuses, rondes pour la plupart, qui paraissent '196 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. brunes dans la liqueur , mais qui sont bleues dans le frais. Les ventrales sont toutes brunes. Cet holacanthe devient grand pour son genre. Notre individu est long de huit pouces. Celui du Cabinet de Leyde a un pied de longueur sur six pouces de hauteur. Nous croyons l'espèce nouvelle pour la science. Z/HOLACANTHE A TROIS TACHES. {Kolacanthus trimaculatus , Lacép., Mém. inéd.) M. de Lacépède , dans un mémoire qu'il destinait à la collection du Muséum, et où il traitait de quelques espèces nouvelles de pois- sons, mais que sa mort Ta empêché de faire pa- raître, décrivait un holacanthe qu'il nommait trimaculatus y parce que son caractère le plus apparent consiste en trois taches brunes , pla- cées lune sur la nuque, les deux autres près du haut de chaque orifice branchial. Il en igno- rait l'origine; mais M. Valenciennes a retrouvé la même espèce dans le Musée royal des Pays- Bas à Leyde, où. elle a été apportée des Mo- luques par M. Reinwardl. Il a le corps ovale, le museau assez saillant, la hauteur deux fois dans la longueur; la caudale ar- rondie, la dorsale et l'anale en angle obtus, ne dé- passant pas le milieu de la caudale ; les ventrales CHAP. V. HOLACANTHES. 107 pointues, mais atteignant à peine l'anale; les dente- lures du préopercule fines, son aiguillon long, mais un peu grêle. D. 14/17; A. 3/18, etc. Dans la liqueur tout son corps, sa tête et ses nageoires paraissent d'un jaune doré, le milieu de chaque écaille plus clair, les bords plus obscurs. De ses trois taches brunes, celle de la nuque est composée de deux cercles contigus; celles du haut des oper- cules sont circulaires et un peu plus claires dans le milieu qu'au pourtour. Une large bande noire oc- cupe tout le bord inférieur de l'anale. A l'état frais , ainsi que nous l'apprenons des des- sins de M. de Mertens , il est du plus beau jaune citron, et les taches et la bande d'un noir très-foncé. Les individus des deux Cabinets sont longs de cinq pouces. Nous n'avons rien trouvé dans les auteurs qui nous ait paru se rapporter à cette espèce. Z/HOLACANTHE TOUT-JAUNE. ( Ho lacan th us Jla vissim us. ) M. de Mertens nous a montré parmi les des- sins de la dernière expédition russe un hola- canthe d'Uléa, à nageoires anguleuses, entièrement d'un jaune de gomme-gutte, avec une légère teinte de rouge der- rière l'opercule. D. 15/15; A. 3/16, etc. Sa longueur n'est que de trois pouces et demi. i 98 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. Z/HOLACANTHE ORANGÉ. (Holacanthus luteolus , nob. ; Chcetodon luteolus, Park.) îl y en a un très-semblable d'Otaïti dans les dessins de Parkinson, mais orangé, à front et museau teints de gris, et à nageoires plus arrondies. D. 16/ ? 11 le nomme chcetodon luteolus. Z/Holacanthe Lamarck. (Holacanthus Lamarck, Lac, t. IV, p. £26 et 532.) Lholacanthe que M. de Lacëpède a dédié à son célèbre collègue M. de Lamarck, n'avait point été décrit dans les auteurs méthodi- ques , et sous ce point de vue il pouvait être considéré comme nouveau pour la science; mais sa figure et son histoire étaient déjà de- puis long-temps consignées dans ces riches re- cueils sur les poissons des Indes, dont on doit la publication à Ruysch 1 , à Valentyn (n. os 84 et 85) et à Renard (t. I, fol. 26, fig. 1 44 et i45), et comme sa queue , prolongée en deux très-longues pointes, est le trait le plus appa- 1. Ruysch, Theatr. anim., 1. 1, p. 29, pi. i5, fig. 4 cl 5. CHAP. V. HOLACANTHES. 199 rent de sa conformation, c est d'après elle qu'on l'y désigne. On lui donne le nom hollandais de la lavandière ou du hoche-queue, quick- steert (queue vive , queue qui se remue avec vivacité). Son museau est court , son corps oblong. Sa lon- gueur sans la caudale contient deux fois sa hauteur, et en l'y comprenant, trois fois. Les dentelures de son sous-orbilaire et de son préopercule sont bien marquées ; l'aiguillon de l'angle du préopercule est long et fort. Sa dorsale et son anale s'élèvent peu et se terminent en angle. La pointe des ventrales est aiguë, et atteint au-delà de l'origine de l'anale. La caudale, y compris ses pointes, fait le tiers de la longueur totale; mais ses rayons mitoyens sont de plus de moitié moindres que ceux des pointes. Les écailles sont grandes, striées et ciliées comme dans la plupart des espèces. D. 15/15; A. 15/n,etc. Dans la liqueur il paraît d'un jaune-brun doré, avec une tache jaune sur le vertex en avant de la dorsale, et trois bandes longitudinales brunes, qui partent de l'œil et régnent jusqu'à la caudale. La première est immédiatement au-dessous de la ligne latérale, la seconde à la hauteur de l'œil , la troisième à celle des pectorales. Les venl raies et la partie épineuse de la mem- brane sont brunes; le reste des nageoires est de la couleur du corps. La caudale est semée de points bruns sur toute sa partie moyenne. 200 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. D'après les figures originales de Vlaming (n. cs 24 et 26), assez bien copiées par Renard, le poisson frais est argenté, tirant au bleu d'acier vers le dos. Ses bandes sont brunes; il en a quelquefois une qua- trième du côté du ventre, qui ne s'avance pas jus- qu'aux ventrales. La tache de sa nuque est jaune ou verte, selon les individus. 1 Notre sujet est long de sept pouces; mais selon Valentyn l'espèce atteint la longueur d'un pied et plus. Sa chair, au rapport du même auteur, est blanche, ferme et d'un goût très -agréable. Ruyschet Renard assurent que les deux sexes ne s'abandonnent pas , et que si l'un est pris , l'autre suit le pêcheur, et se jette même dans les filets ou sur le rivage. Ce serait une habi- tude bien singulière dans la classe des pois- sons ; mais il ne s'agit probablement que de quelque fait individuel, et observé à l'époque du frai. DES POMACANTHES. On a pu remarquer que les holacanthes dont nous avons parlé jusqu'ici, ont la forme plus ou moins approchante de l'ovale, et que les épines de leur dorsale, peu inégales entre i. Vlaming, et les autres d'après lui, disent que l'individu à quatre bandes et à tache verte est la femelle. CHAP. V. POMACANTHES. 201 elles, et généralement au nombre de treize ou quatorze, ne descendent pas au-dessous de douze. L'Amérique en produit d'autres , qui n'ont que neuf ou dix épines dorsales, lesquelles gran- dissent de la première à la dixième, et font monter le bord antérieur de la nageoire plus ra- pidement: leurs dents extérieures ont toujours ces pointes plus petites aux côtés de leur pointe principale, que nous n'avons remarquées que dans un petit nombre des précédens, et leurs sous-orbitaire et préopercule ontconstamment le bord entier et sans dentelure ; en général, ils ont le corps plus haut que les autres, et une apparence au total un peu différente , surtout en ce que les longues pointes de leur dorsale et de leur anale sont placées plus en avant , et se détachent mieux que dans celles des es- pèces précédentes où ces nageoires sont ainsi aiguisées. C'est à ces poissons que l'on pour- rait réserver le nom de pomacanthe qui avait été donné par M. de Lacépède à tous les ché- todons à préopercule armé d'un aiguillon , mais où le bord de cet os n'a pas ou ne lui parais- sait pas avoir de dentelure. Les Anglais des Antilles les connaissent en général sous les noms de Jlat-Jish et ftindian- Jish ? et nos colons fiançais sous celui de por- 202 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. tugais , qu'ils donnent aussi à quelques hola- canthes. Les Espagnols d'Amérique, et surtout de la Havane, les nomment cliirivita ou chivirita. Le POMACANTHE DORÉ. (Chœtodon aureus, Bl., pi. ig3, fig. 1.) Le premier de ces chirivita, que Parra a bien représenté (pi. 6, fig. 2), a le corps entier coloré d'un jaune plus ou moins doré ou plus ou moins grisâtre, selon les individus, avec des taches brunâtres ou noirâtres sur chacune de ses écailles , mais très-inégales en grandeur et en intensité; en sorte que le poisson semble irrégulière- ment moucheté. Nous en avons reçu de beaux échantillons, pris à Saint-Thomas par M. Plée, et à Saint- Domingue par M. Ricord. Comparé avec l'holacanthe ciliaire, sa forme est plus élevée, et son profil plus vertical. Sa hauteur n'est que deux fois dans sa longueur totale. Sa tête est de plus d'un tiers plus haute que longue. Il n'y a aucune apparence de dentelure aux pièces opercu- laires de la femelle, et c'est à peine si l'on en voit quelques vestiges dans le mâle. L'épine du préoper- cule est plate, tranchante et plus courte dans les deux sexes que celle du ciliaire. La mâchoire infé- rieure avance sensiblement plus que l'autre. Les dents CHAP. V. POMACÀNTHES. 205 du rang extérieur ont deux petites pointes bien vi- sibles à la base de la pointe principale. Ses aiguil- lons sont moins nombreux, encore plus enveloppés; et la pointe de sa dorsale y tient plus en avant, pres- que au milieu de la longueur de la nageoire, et au tiers de celle du corps, en sorte que la portion de nageoire qui est derrière cette pointe , suit encore une courbe parallèle à celle du dos : ce sont prin- cipalement les quatrième et cinquième rayons mous qui la composent. La pointe de l'anale part plus en arrière que celle de la dorsale : toutes les deux sont étroites et aiguës, et dans le mâle elles dépassent le bout de la caudale; mais dans la femelle celle de la dorsale ne répond qu a l'aplomb du milieu de cette nageoire. La caudale a une petite pointe à chacun de ses angles. Les ventrales, plus alongées qu'au ciliaire, dépassent de leur pointe le commencement de l'anale. D. 9/30; A. 3/24; C. 17; P. 18; V. 1/5. La couleur, gris-jaunâtre inégalement moucheté ou comme sablé de brun, qui revêt tout le corps, se change sur les nageoires en un jaunâtre plus uniforme, et sur la tête en un jaune tirant à l'o- rangé. Le bord postérieur de la caudale a un ru- ban blanc ou transparent. Les pectorales sont aussi un peu transparentes. Les ventrales paraissent bru- nâtres. Nous avons des individus de douze et quinze pouces de long. Schneider considère ce chirmta jaune 204 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. comme une variété du noir, qui est le paru, et dont nous parions dans l'article qui suit; mais je doute que cette opinion soit fondée , attendu que j'ai sous les yeux les deux sexes de l'un et de l'autre, et en individus à peu près de même grandeur. Je crois plutôt que le chirivita jaune est le cliœtodon aureus, que Bloch a donné (pi. 193, fig. i) d'après une esquisse de Plumier, où le nombre des rayons n'était pas bien marqué (il en compte douze épineux et douze mous à la dorsale); mais nous avons une figure peinte de ce même poisson, faite par Aubriet sur les es- quisses originales de Plumier, et où. l'on voit distinctement neuf aiguillons à la dorsale; il y marque aussi un bord étroit, transparent ou verdâtre à la caudale, et en général toute sa circonscription ressemble encore plus que celle de Bloch aux individus que nous avons sous les yeux. Cette figure porte pour titre seseri- nus aureus, aculeatus,pinnis cornutis, P. Plum. Les Anglais de Saint -Thomas nomment cette espèce parry, peut-être par souvenir du nom de paru qui appartient à la suivante. M. Plée nous assure que c'est un des poissons les plus communs aux petites Antilles, et qu'il peut alonger son museau de manière à le faire ressembler un peu à celui d'un chelmon. CHAP. V. POMACANTHES. 205 Le POiAIACANTHE NOIR. {Chœto don paru, BI.) Un second chirivita, également bien repré- senté par Parra (pi. 6, fig. 1), est de couleur noire, avec un trait jaune sur chaque écaille. Il a été représenté plus anciennement par Margrave 1 et par Pison (p. 55), sous le nom de paru y qu'il porte chez les indigènes du Bré- sil septentrional, mais qui pourrait bien y être générique. Bloch a fait graver de nouveau (pi. 197) la figure originale du recueil du prince Maurice, qui avait été mal rendue par le gra- veur de Margrave. Telle qu'il l'a donnée, elle exprime assez bien l'ensemble du poisson lors- que ses nageoires ne sont pas redressées; mais comme les deux sortes de rayons n'y sont pas bien distinguées, Bloch a cru y compter douze aiguillons. Pour nous, nous ne pouvons en trouver que neuf, comme dans l'espèce jaune, encore faut-il rechercher les premiers sous la peau au moyen du scalpel , et les autres ne montrent que leur pointe. Les nombres sont les mêmes, ou à peu près, que dans le précédent. D. 9;30 ; A. 3/23 ; C. 11 ; P. 18 ; V. 1/5. 1. Bras., p. l44- 206 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. Sa taille est au moins égale; mais son vêtement est différent. Le fond de sa couleur est un brun noi- râtre, uni sur la tête et les nageoires, et qui, sur tout le corps, est semé de traits verticaux un peu arqués et disposés en quinconces d'un jaune pale. Ces traits forment le bord externe de certaines écailles; mais il n'y en a pas sur toutes, et néan- moins celles qui n'en ont pas sont aussi grandes que les autres , et n'ont pas , comme à lholacanthe ciliaire, des formes et des dimensions parliculières : il y a encore un ou deux rangs de ces traits sur la base de la dorsale ; mais plus petits que ceux du corps. L'aiguillon du préopercule est jaune, et l'on voit une bande de la même couleur sur la base de la pectorale. Un de nos individus est long de quinze pouces. M. Plée nous apprend qu à la Martinique , où on lui donne aussi le nom de portugais, on en pêche du poids de douze à quinze livres, et que c'est un des poissons qui s'y vendent le plus cher (à quinze sous la livre). Le pomacanthe noir a le foie épais, embrassant l'œsophage inférieurement , et se prolongeant en deux pointes peu alongées, qui recouvrent la crosse du duodénum. La vésicule du fiel est grande etalon- gée; ses parois sont épaisses et très-solides. Elle est suspendue à un long canal cholédoque, qui reçoit un grand nombre de vaisseaux hépato-cystiques tant que le canal court entre les lobes du foie. Il des- cend ensuite le Ion" du duodénum et vient débou- CHAP. V. POMACANTHES. 207 cher derrière le pylore, en arrière de l'insertion des appendices cœcales. L'œsophage, à son origine, est très-large; il se rétrécit ensuite un peu, et ne com- mence à se dilater qu'après avoir parcouru les trois quarts de la longueur de l'abdomen. Le canal ali- mentaire se plie et revient vers le diaphragme , de sorte que l'estomac est placé au-dessous de l'œso- phage. Ses parois sont fortes, peu charnues, et lisses à l'intérieur. Un très -fort étranglement marque le pylore, qui est muni de quinze appendices cœcales, longues , grosses et coniques. Le diamètre du duo- dénum est un peu plus petit que celui de l'œso- phage, à l'endroit où il est le plus étroit. L'intestin se dirige vers le diaphragme, et se replie dans la bifurcation du foie en se portant dans l'hypocondre droit, où il fait un assez grand nombre de replis, ce qui rend sa longueur considérable. Il revient alors sous le duodénum, rentre dans le côté gauche sous l'estomac, et va déboucher à l'anus après s'être un peu dilaté. La rate est placée entre l'œsophage et l'estomac; elle est triangulaire. Les organes géni- taux sont rejetés à l'arrière de l'abdomen. Les sacs à ovaires sont gros et bientôt réunis en un seul; ils s'ouvrent derrière le rectum. Nous avons trouvé l'œsophage et l'estomac de ce poisson remplis d une grande quantité de fucus, dont les feuilles et les vési- cules étaient à peine attaquées par les dents de 1 animal. Dans le squelette la crête du crâne s'élève en triangle du quart de la hauteur de la tête. Il y a huit vertèbres abdominales et quatorze caudales. Les apophyses épineuses montantes des abdomi- 208 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. nales sont dilatées d'avant en arrière, et se tou- chent presque. Les deuxième, troisième, quatrième et cinquième des apophyses descendantes des cau- dales se touchent effectivement. Tous les interépi- neux des nageoires se touchent de la même ma- nière, et ont de plus des lames latérales très-sail- lantes : il y en a deux grêles entre la crête du crâne et celui de la première épine de la dorsale. Le corps de l'hyoïde, l'épaule et le coracoïdien sont confor- més comme dans lholacanthe tricolor. Le POMACAWTHE A ÉCHARPE. (Pomacanthus balteatus , nob.) Il y a cle ces chirivita semblables aux deux précédens pour les formes, et qui s'y rapportent même respectivement pour le fond des cou- leurs, mais qui s'en distinguent par des bandes pâles plus ou moins nombreuses sur le corps; peut-être n'en sont-ils que des variétés. Celui que nous nommerons balteatus se rapporte- rait alors à la première espèce ; car il est comme elle moucheté de brun-noir, et iné- galement sur un fond de couleur gris- jaunâtre. Une bande blanche ou jaune-clair descend, en s'arquant un peu en avant, depuis la base de la dorsale, au milieu de sa partie épineuse, jusqu'au ventre , au milieu de l'espace qui est entre les ventrales et la caudale. La caudale a un ruban blanchâtre, qui l'en- toure à sa base et à ses trois autres bords ; quelque- CHAP. V. POMACANTHES. 209 fois aussi une ligne blanchâtre, étroite, descend de la nuque le long du bord vertical du préopercule. Le tour de la bouche et la moitié de la pectorale, vers sa pointe , sont également blanchâtres ou jau- nitrps D. 9/33; A. 3/23; C. 1T; P. 18; V. 1/5. Nos individus sont longs de six et de huit pouces. Il y en a un que M. Plée a envoyé de Porto Rico, où on le nomme palometta , comme d'autres holacanthes. L'espèce y est rare. Cet observateur a examiné son estomac, et n'y a trouvé que des débris de fucus. Le POMACANTHE A CEINTURE. (Pomacanthus cingulatus , nob.) Un autre , que nous appellerons cingulatus > se rapprocherait davantage au paru, et a de même sur un fond brun-noir des traits ar- qués en quinconce, et de plus une bande pâle, pla- cée comme dans le baheatus , et une autre sur la base de la caudale; quelquefois il y en a aussi une seconde sur les flancs. D. 9/30; A. 3/24, etc. Autant que l'on peut comprendre les descrip- tions de Brown 1 , c'est celui-ci qui est son qua« 1. Jam., p. 4^4? n° 4- 7. l4 210 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. trième chétodon, dont Bonnaterre 1 a fait son chœtodon lutescens, et M. de Lacépède (t. IV, p. 5 18, 52 1 et 523) son pomacanthe jaunâtre. Le Pomacanthe a cinq bandes. (Pomacajithus quinquecinctus , nob.) Un troisième , que nous nommerons quin- quecinctus, n'est peut-être qu'une variété du précédent et même du paru. Il a les mêmes traits en quinconce, et les mêmes bandes que le précédent ; mais on lui en voit deux de plus, savoir; une en avant, de la nuque à la gorge, une très-arquée, du milieu de la partie molle de la dorsale à celui de l'anale. Dans quelques individus ces bandes paraissent ti ès-blanches. Sa caudale est entourée tout autour d'un ruban blanc comme dans le balteatus. D. 9/30; A. 3/23, etc. C'est cette espèce ou variété à cinq bandes en particulier, que Margrave a décrite, et fort exactement (p. 1 78), sous le nom de guaperva; il mentionne même expressément les petits traits en croissant : Squamulis tegitur, qua- rum orœ [quarunidam tantum ,non omnium) jimbrias habent flavas instar se?nilunularum. Et la ligure du livre de Mentzel (p. 127) y est 1. Encjclop. méthod., planch. d'ichtyol. explic, p. 182. CHAP. V. POMACANTHES, 21 1 entièrement conforme. Cette figure nous ap- prend de plus que dans le frais les bandes et les petites lignes des écailles sont d'un beau jaune sur un fond noir. C'est aussi l'espèce que représente Seba (t. III, pi. a5, fig. 5); mais Lin- naeus l'a confondue avec son chœtodon arcua- tus, qu'il représente lui-même sous ce nom 1 , et qui est aussi Xacarauna nigra zonis luteis distincta de Willugbby (pi. O, 3, fig. 4 ) et le poisson figuré par Seba (t. III, pi. 23, fig. 5 et 6), et il est fort excusable de s'y être trompé; car, à l'exception des petits traits jaunes, la ressemblance est presque complète. Le PoM ACANTHE ARQUÉ. (Chœtodon arcuatus , Linn. et Bl.) C'est le véritable chœtodon arcuatus que Bloch donne planche 2o4> fig- 2. Il a les bandes exactement placées comme le pré- cédent; une autour de la bouche, une de la nuque à la base des ventrales en suivant le bord vertical du préopercule, une prenant des premiers rayons mous de la dorsale, et, en faisant un arc convexe en avant, aboutissant à la base antérieure de l'anale; une en arc concentrique à la précédente, allant du milieu de la partie molle de la dorsale à celui de 1. Mus. Ad, Fred., pi. 55, fig. 5. 212 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. l'anale; enfin, un ruban qui encadre tout autour la caudale. Cependant c'est bien une espèce distincte; ses écailles sont plus petites , et le fond de sa cou- leur est un brun-noir uniforme , sans aucun de ces traits en quinconce qui se voient sur les deux pré- cédens. D. 10/29; A. 3/22, etc. C'est probablement ici le premier chéto- don de Brown, et dans ce cas l'espèce serait d'Amérique comme les autres. Nos échantil- lons ne portent malheureusement point de notes sur leur origine. Nous avons pu examiner les viscères d'un petit po- macanthe arqué. Ils ressemblent par leur disposition et par la longueur de l'intestin à ceux du poma- canthe noir; mais nous y avons compté deux grandes appendices ccecales de plus , en sorte qu'il y en a dix- sept. Elles sont aussi plus longues et plus grêles. CHAP. VI. PLATAX. 215 CHAPITRE VI Des Platax (Platax , nob.). Les platax n'ont pas tout-à-fait les dents des chëtodons. Celles du premier rang sont tranchantes et divisées en trois lobes ou den- telures; structure dont on voit aussi quelque chose dans plusieurs holacanthes , mais que les platax ont plus prononcée. Ce n'est que par derrière ces premières dents qu'il y en a en brosse, comme dans les chëtodons ordi- naires. Leur forme s'éloigne aussi beaucoup de celle du reste des squammipennes. Leur corps, très-comprimé et très-élevé, ne semble pas avoir de partie épineuse à sa dorsale, parce que les épines de cette nageoire , en petit nombre, se cachent dans son bord an- térieur , qui est fort épais et se continue en une seule ligne avec le crâne, qui lui-même est très-élevé. Il en résulte que la nageoire ne semble composée que de ses rayons mous, dont les premiers sont très-longs, et lui for- ment une pointe qui dans quelques espèces est plus haute que tout le corps, et qui se recourbe en arrière comme une lame de faux. 214 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES, L'anale est conformée de la même manière, et le poisson se trouve ainsi avoir des dimen- sions plus considérables dans le sens de la hauteur que dans celui de la longueur. Les pomacanthes offrent déjà quelque chose de cette structure, mais dans un bien moindre degré, et toutefois l'on peut dire d'eux qu'ils sont à quelques égards aux holacanthes ce que les platax sont aux chétodons proprement dits. On observe aussi dans le ptéraclis cette hauteur excessive des nageoires dorsale et anale, et elle est toujours faite pour étonner. De quelle nécessité peuvent être de pareilles voiles verticales et placées dans le sens de la longueur du poisson, surtout lorsqu'il s'agit de poissons déjà si comprimés? Linnseus paraît avoir confondu plusieurs de ces platax avec celui qu'il avait décrit dans le Musée d'Adolphe - Frédéric sous le nom de chœtoàon pinnatus , et il faut avouer que dans l'état où on les voit ordinairement dans les cabinets, il est bien difficile de les distin- guer. Bloch a saisi un des meilleurs caractères que l'on puisse y employer, celui des rayons mous de la dorsale; et c'est ainsi qu'il a éta- bli son chœtodon teira, qui a vingt-neuf de ces rayons , et son chœtodon vespertilio , qui en a trente-six. Mais depuis que les espèces CHAP. VI. PLATAX. 215 se sont multipliées, il s'en est trouvé de nom- bres intermédiaires, et très-rapprochés de ces deux-là; en sorte que Ion a été obligé de recourir à de faibles détails de formes, de proportions et de distributions des couleurs, qui, pour des espèces si semblables, ne don- nent pas des caractères bien certains. Nous décrirons cependant les diversités que nous ont présentées les individus à notre disposi- tion, laissant à ceux qui les observeront à l'état frais , à confirmer ou à rectifier nos conclusions sur le nombre et les limites des espèces. Tous les poissons connus de ce genre ap- partiennent à la mer des Indes , ou à l'océan Pacifique, et passent pour de bons mangers. Nous avons cru pouvoir leur appliquer le nom de xhaflccg, qui exprime assez bien leur forme; il appartenait, il est vrai, selon Athé- née (p. m. 309), au coracin du Nil, c'est-à-dire au bolty (labrus niloticus, L.; chromis nilo- tica, nob.); mais on a fait des détournemens de noms plus importans. 216 LIVRE VII. SQUÀMMIPENNES. Le Platax de Gaimard. (Platax Gaimardij nob.) Nous prendrons d'abord pour premier ob- jet de comparaison un petit individu, très- bien conservé, qui est depuis long-temps au Cabinet du Roi, et dont le semblable s'est retrouvé à la Nouvelle-Guinée. La hauteur de son corps, prise depuis la base an- térieure de sa dorsale à celle de son anale , égale sa longueur depuis la bouche jusqu'à la fin de la caudale ; sa dorsale a presque la même hauteur de sa base à sa pointe , et l'anale a bien un quart de plus. Loin que son museau soit proéminent, la ligne de son profil, depuis la nuque jusqu'aux ventrales, n'est qu'un arc de courbe légèrement convexe. La crête de son crâne s'élève tellement que sa tête est plus de deux fois plus haute qu'elle n'est longue. L'oeil est à peu près au milieu de cette hauteur, un peu plus près du profil que de l'ouïe. Son dia- mètre est deux fois et demie dans la longueur de la tête. La bouche est fendue horizontalement au quart inférieur de la tête, et ne pénètre que sous le tiers antérieur de l'œil. Chaque mâchoire a une bande de dents en brosse et un rang extérieur de dents plates, tranchantes, divisées chacune en trois pointes. L'ori- fice postérieur de la narine est une petite fente ver- ticale tout près de l'œil; et l'antérieur un petit trou rond entre cette fente et la bouche. Entre les yeux CHAP. VI. PLATAX. 217 le devant de la tête est rond et presque égal en lar- geur au tiers de sa longueur ; mais plus haut sa crête s'amincit, et se continue avec la ligne du de- vant de la dorsale. Le préopercule a un bord ver- tical, un horizontal, et leur angle est arrondi; son limbe est un peu ridé. L'angle de l'opercule est très-obtus, et son bord inférieur très- oblique. Le bas de la membrane branchiale est découvert et écailleux ; elle se joint à l'isthme sous l'angle de la mâchoire par une union assez large. La dissec- tion y découvre six rayons. L'épaule est lisse, mais sans armure. Au-dessous de la bouche la gorge forme un bord obtus, qui s'élargit et s'aplatit un peu entre les ventrales. Il y a encore entre la crête osseuse du crâne et le commencement de la dorsale un espace assez long, mais qui monte rapidement. C'est au sommet du corps que la dorsale commence; elle a cinq épines cachées dans son bord antérieur par la peau écailleuse qui le revêt, et ne montrant que leurs pointes disposées en échelons, parce que ces épines vont croissant, et que la cinquième est huit fois plus longue que la première. Le premier rayon mou est lui-même double de la cinquième épine, et le septième, qui est le plus long, dépasse encore d'un quart le premier : ils décroissent ensuite rapidement jusqu'au trente-quatrième, qui est le dernier et qui égale à peine la première épine. L'anale commence vis-à-vis des premiers rayons mous de la dorsale ; elle a trois épines placées aussi en échelons et à demi cachées dans son bord antérieur. C'est son premier rayon mou qui est le plus long et dépasse d'un 218 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. quart la hauteur du corps : les suivans décroissent aussi rapidement qu'à la dorsale ; il y en a en tout vingt-huit. Les deux nageoires, quand elles se diri- gent en arrière, dépassent de beaucoup la caudale. Le premier rayon mou de la ventrale atteint au milieu de celui de l'anale; le second légale presque; les trois derniers sont assez courts. L'épine de cette nageoire n'a pas le tiers de la longueur du premier rayon mou. La pectorale est petite et faible, de figure ovale, du cinquième de la longueur totale : on y compte dix- huit rayons. La caudale a le quart de la longueur totale; elle est coupée carrément et a, comme à l'or- dinaire, dix-sept rayons entiers. Le tronçon de queue, qui la porte en arrière des deux autres nageoires ver- ticales, n'a guère que le vingtième de cette longueur; mais sa hauteur est quadruple. B. 6; D. 5/34; A. 3/28; C. 17; P. 18; V. 1/5. Tout ce poisson est couvert de petites écailles, un peu plus hautes que longues, finement pointil- lées et ciliées à leur partie visible, et dont l'éveniail a six rayons et six crénelures ; elles ne s'étendent pas aussi avant sur la dorsale et sur l'anale que dans les chétodons proprement dits , et n'en couvrent guère qu'un quart : à la caudale elles ne prennent qu'un cinquième. La ligne latérale suit une courbe un peu moins convexe en avant que celle du dos; elle se continue jusqu'à la caudale et se marque par une suite de petits tubes simples. L'individu que nous décrivons et qui est depuis long-temps dans la liqueur , a sur un fond gris argenté CHAP. VI. PLATAX. 219 quatre bandes verticales plus obscures : la première, qui est la bande oculaire, descend du vertex à la poitrine en embrassant l'œil ; la seconde vient de la nuque et passe derrière les pectorales ; la troi- sième va du milieu de la dorsale à l'anale; la qua- trième couvre une partie plus ou moins large de la queue. La dorsale, l'anale et les ventrales sont en grande partie teintes de noirâtre. Cet individu a trois pouces dix lignes du museau au bout de la queue. Il est ancien au Cabinet, et l'on ignore son origine. Un individu, un peu moindre pour la taille, rapporté récemment de la Nouvelle - Guinée par MM. Quoy et Gaimard, a les bandes distribuées absolument de même, mais d'un brun noirâtre , et leurs intervalles d'un argenté un peu bleuâtre ; sa caudale est d'un jaune pâle : la pointe de sa dorsale s'alonge davantage à propor- tion; on y compte deux rayons mous de moins: D. 5/32; A. 3/26, etc. Le Platax de Raynaud. (Plataac Raynaldi, nob.) M. Raynaud en a rapporté un de Kaits,, sur la côte occidentale de Ceilan, qui a des nageoires assez semblables à celles du pré- cédent, mais dont l'anale est moins longue que la dorsale, et dont le corps est surtout beaucoup moins 220 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. élevé. Sa hauteur , prise du commencement de la dorsale à celui de l'anale , est d'un cinquième moin- dre que la longueur totale : D. 5/32; A. 3/23, etc. Il paraît d'un argenté violâtre; la bande oculaire et la bande pectorale s'y voient, quoiqu'un peu effa- cées ; la large bande postérieure y est presque in- sensible ; la dorsale, l'anale et les ventrales sont teintes de noirâtre ; la caudale semble avoir été grise : elle est un peu échancrée en croissant. Sa longueur est de cinq pouces. Nous croyons retrouver la même espèce dans un individu envoyé de Pondichéry par M. Bélenger, et long de sept pouces. D. 5/33; A. 3/24, etc. Ses proportions sont les mêmes ; il est dessé- ché, mais on y aperçoit des traces d'une dis- tribution semblable de couleurs. Le nom de ce poisson à Pondichéry est sadakain. Sa chair, selon M. Bélenger, est de très- bon goût. Il se tient autour des navires pour y attraper des débris d alimens , et devient très-grand. On le pêche surtout pendant la mousson du nord. Le major Farkhar en a fait dessiner un tout pareil à Malaca, où on le nomme ikan-leeman- leeman. CHAP. VI. PLATAX. 221 Le Platax d'Ehrenberg. (Platax Ehrenbergii, nob.) M. Elirenberg a rapporté de Massuah et de Lohaia des individus fort semblables aux pré- cédens par les formes, mais dont les rayons sont plus nombreux à la dor- sale et à l'anale : D. 5/37; A. 3/26, etc. Ils sont d'un argenté teint de violàtre, et l'on n'y voit que la bande oculaire et la pectorale; il y en a une étroite sur la base de la caudale. La dorsale, l'anale et les ventrales ont plus d'argenté que dans les précédens; les ventrales et les pectorales sont même dans le frais d'un jaune verdàtre, comme la caudale. Le plus grand est long de six pouces. C'est à ceux-là que nous croyons pouvoir rapporter la figure i5 (pi. 23, t. III) de Seba. Peut-être faut-il y rapporter aussi le chœto- don pinnatus du Musée d'Adolphe-Fréderic (pi. 33 , fig. 6), qui est dit avoir D. 5/55. Mais ses nageoires, quoique coupées en faux, pa- raissent bien plus longues. Cependant ce ne peut pas être le teira, qui n'a que D. 5/50. Le Cabinet du Roi possède d'ancienne date un petit individu fort décoloré, qui parait aussi de cette espèce par ses formes, et où nous comptons : D 5/38 . A 3 / 2 ^ etc 222 LIVRE VII. SQUAM.YIIPENNES. Un individu rapporté par M. Ruppel a : D. 5/36 ; A. 3/5 , etc. Il nous parait que c'est bien cette espèce que M. Whitchurch-Bennett x a représentée sous le nom de vespertillo. Sa figure, peinte d'après le frais, est jaune; le dos, les nageoires verticales et ventrales, la bande oculaire et une trace de bande pectorale sont bruns. Il y a à la base de la caudale une bande brune. Le reste de cette nageoire est jaune pâle. D. 5/31; A. 3/28, etc. L'espèce devient très -grande, et porte à Ceilan le nom de cola-handah. On la prend dans les eaux profondes , à fonds rocailleux. Il y en a un individu envoyé de l'Isle-de- France par M. Mathieu, dont les couleurs sont les mêmes , mais qui a le corps plus haut à proportion de sa longueur, et pour nombres : D. 6/35; A. 3/26. etc. C'est peut-être encore une espèce particu- lière. Le Platax de Bloch. {Platajc Blochil, nob.; Chœtodon vespertillo, Bl.) Nous croyons reconnaître le véritabl ; ves- pertillo de Bloch (pi. 199, fig. 2) dans des in- dividus t. Poissons de Ceilan. n.° 5. CHAP. VI. PLATAX. 225 où la hauteur du corps est d'un huitième moindre que la longueur totale, et où les nageoires verticales et les ventrales sont bien moins alongées en pointe que dans les précédens (ces dernières n'atteignent qu'au haut du premier rayon mou de l'anale), où enfin les premières décroissent moins de hauteur vers l'arrière. Leurs nombres sont : D. 5/36; A. 3/26 ou 3/27, etc. Le mieux conservé, rapporté de l'Isle-de- France par MM. Quoy et Gaimard, paraît argenté bleuâtre; la bande oculaire peu mar- quée, la bande pectorale à peu près nulle; mais sur la base de la nageoire pectorale est la petite bande- brune qui se voit aussi dans les autres. Sa longueur est de cinq pouces. M. Sonnerat en a rapporté un sec de Pon- dichéry, long de neuf pouces ; et il y en a de huit pouces, pris à la Nouvelle -Guinée par MM. Lesson et Garnot. Le Platax de Leschenault. [Platax Leschenaldi , nob.) Nous avons reçu de Pondichéry par M. Les- chenault, et de la Nouvelle-Guinée par MM. Quoy et Gaimard, une espèce qui se distingue nettement de toutes les précédentes parce que le bord antérieur de la crête de son crâne est renflé et arrondi sur toute sa longueur, ce qui se sent même au travers de la peau. Elle a le 224 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. corps sans les nageoires d'un sixième moindre que la longueur du museau au bout de la queue. Ses nageoires verticales , comme dans l'espèce de Bloch , sont larges , et moins échancrées en faux , et cepen- dant leurs pointes sont plus longues. La dorsale égale le corps en hauteur. D. 5/31 ou 32; A. 3/23 ou 25, etc. Ses ventrales atteignent le milieu du bord anté- rieur de l'anale. Sa couleur paraît un argenté bleuâtre, teint de brun sur les nageoires verticales et les ventrales. La bande oculaire est brune. H y a un bord noirâtre à la caudale. Nos individus sont longs de sept à huit pouces. L'espèce se nomme à Pondichéry serrât e- waval. Ce dernier mot en tamoule veut dire chauve-souris. Nous en avons fait un squelette qui nous a offert une crête du crâne presque aussi haute que la tête, renflée à son bord antérieur ; un crâne à surface très-celluleuse; vingt-quatre vertèbres, dont neuf abdominales ; aucun renflement aux interépineux : celui qui porte la première épine dorsale, droit, long et fort, s'étendant depuis l'épine jusqu'au dos, qui est très-élevé à cet endroit; trois petits, grêles, entre lui et le crâne , etc. C'est très -probablement cette espèce que Willughby 1 représente d'après un dessin de 1. Ichtyologie, pi. O, . r >. CHÀP. VI. PLATAX. 225 Frasier. Tout nous fait croire que c'est aussi le kahi-sandawa de Russel (t. I, n.° 87), quoi- que cet auteur ne place que quatre rayons aux branchies ; mais comme l'observation n'en est pas facile, on ne doit pas douter qu'il ne soit tombe dans une erreur inverse de celle de Bloch sur son teira. Russel décrit les bandes du jeune à peu près comme nous les avons vues dans la pre- mière espèce, et ajoute qu'avec làge la cou- leur générale brunit et que les bandes s'effa- cent; circonstance que nous croyons générale dans toutes les espèces. Selon cet auteur, c'est un excellent poisson et des plus estimés, Le Platax de Batavia. (Platax batavianus , nob.) M. Raynaud a rapporté de Batavia une es* pèce voisine de la précédente pour les formes des nageoires , mais qui n'a point de renflement à la crête du crâne , dont le corps est bien moins haut , d'un, quart moins que la longueur totale, et dont les ventrales n'atteignent qu'au commencement de l'a- nale. Son profil est un peu plus saillant qu'aux au- tres, et c'est celle de toutes où nous avons trouvé le moindre nombre de rayons. D. 5/28; A. 3/23 , etc. 7. j5 226 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. L'individu est long de six pouces , et parait ar- genté, un peu tirant au cendré. C'est à peine si la bande oculaire se montre un peu plus grise que le fond. Le Platax teïra. {Platax teira y nob.; Chœtodon teira, Bl.) Le véritable chœtodon teira de Bloch (pi. 199, fig. 1) a été apporté de la côte de Malabar par M. Dussumier. La hauteur de son corps, du commencement de la dorsale à celui de l'anale, égale sa longueur sans la caudale , et la caudale est comprise trois fois dans l'intervalle qui la précède. Les plus longs rayons de la dorsale et de l'anale surpassent de moitié la hau- teur du corps. Les ventrales atteignent à près de moitié du bord antérieur de l'anale. D. 5/31; A. 3/24, etc. Le fond est argenté; avec une bande oculaire; une bande pectorale qui remonte le long du bord antérieur de la dorsale , et une large bande posté- rieure qui s'étend sur la queue et sur la moitié postérieure de la dorsale et de l'anale: toutes ces bandes sont brunes et bien prononcées. C'est bien cette seconde espèce que Bloch a représentée sous le nom de teira (pi. 199, fig. 1); mais il l'a enluminée d'une façon tranchée, en noir foncé et en blanc, ce qui n'est point conforme à la vérité. Il lui donne CHAP. VL PLATAX. 227 pour nombres : I). 5/29; A. 5/23, etc., et a probablement négligé les derniers petits rayons de la dorsale. Il compte aussi sept rayons branchiaux 5 mais sur ce point je n'hésite pas à le croire dans l'erreur. Il faut rapporter également à cette espèce l'individu décrit dans les Chinensia Lager- strœmiana (n.° 25), et que Linnœus a regardé mal à propos comme identique avec celui d' Adolphe-Frédéric (pi. XXXIII, fig.6). Ses rayons sont marqués : D. S/50; A. 28, etc. C'est aussi, comme l'a bien jugé Bloch , le vrai teira de Forskal, qui compte ses rayons : D. 5/50 ; A. 5/25 , et qui le décrit brunâtre avec trois bandes brunes. Ce platax arrive, selon ce voyageur, à la lon- gueur d'une aune du nord, c'est-à-dire de deux pieds 1 . On le nomme, dit-il, en arabe teira, et quand il est grand, daakar. Le Platax a gouttelettes. (Platax guttulatus, nob. ; Platax albipunctatus . Rupp., atl., pi. 18, fig. 4?) Nous avons reçu de l'Isle-de-France par M. Mathieu un petit platax, dont les formes 1. M. de Lacépède, prenant partout le mot aune pour la mesure connue à Paris sous ce nom, donne au teira une taille d'un mètre et un quart,, ou trois pieds huit pouces j mais c'est une méprise- 228 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. et les nombres sont à peu près comme dans notre première espèce (D. 5/56; A. 5/24), mais qui paraît d'un gris rougeàtre , semé de pe- tites taches inégales , irrégulières et placées sans or- dre, d'un blanc de perle, bordées chacune d un petit liséré plus brun que le fond. La bande oculaire est brune, et les extrémités des nageoires d'un brun noirâtre; à la base de la caudale est aussi une bande brune. Notre individu n'a que deux pouces de long sur trois et demi de haut de la pointe de sa dorsale à celle de son anale. M. Ruppel en représente un très-semblable, mais brun , avec la bande oculaire noire , beaucoup de gouttes blanches et la caudale aussi blanche. C'est cette espèce , et non pas le teira, comme l'a cru Bloch , que représentent la figure 129 (pi. 24) de Renard et celle de Valentyn (n.° 62). L'original est dans Vlaming (n.° 199). Ces trois auteurs s'accordent à nom- mer ce poisson cambing, qui en malais signifie chèvre ou bouc. Le Platax pointillé. {Platax punctulatus , nob.) Peron avait rapporté de Timor un très- petit platax, qui a aussi de petits points blancs semés sur le corps', CHAP. VI. PLATAX. 229 mais plus petits et plus nombreux, et dont le corps n'a de hauteur que les trois quarts de sa longueur, la caudale comprise. Sa dorsale et son anale ont de longues pointes , que les ventrales dépassent encore. Les ventrales surpassent même la longueur totale du C01 'P S - D. 5/35; A. 3/23, etc. Ces individus n'ont qu'un pouce de longueur. Le Platax ocellé. (Platax ocellatus, nob.) Le Cabinet de la Société zoologique de Londres possède un platax remarquable par une tache ronde et noire que porte sa dorsale. Sa bande oculaire est d'un cendré foncé ou d'un bleuâtre liséré de brun. On lui voit de plus trois bandes verticales brunâtres peu apparentes, une pas- sant sur l'ouïe, une partant du devant de la dorsale et une de son milieu : c'est sur celle-ci qu'est la tache noire. Enfin, il y a à la queue un anneau brun, liséré de blanc. D. 6/30; A. 3/'20, etc. La taille de l'individu n'est que de quelques pouces. Le Platax noduleux. (Platax arthriticus, nob.; Chœtodon arthriticus* Bell.) Les platax qui vont suivre sont d'une forme pins orbiculaire que les précédens, attendu 230 LIVRE VIT. SQUAMMIPENNES. que le bord antérieur de leur dorsale fuit plus rapidement en arrière, et que cette nageoire n'y est pas pointue, mais arrondie. Celui qui fait l'objet de cet article, et que nous devons à M. Leschenault, a d'ailleurs cela de remarquable que ses aiguillons sont entièrement cachés dans le bord antérieur, sans même laisser voir leur pointe au dehors. Cette dorsale a trente et un rayons mous, dont les premiers ne s'élèvent pas en pointe au-dessus de ceux qui les suivent immédiatement. L'anale laisse un peu mieux voir ses aiguillons; mais elle est égale- ment arrondie ou en demi- ovale, et Ion y compte vingt-trois rayons mous. Les ventrales n'atteignent pas même jusqu'à la base de l'anale. Les pectorales sont encore d'un tiers plus courtes. La caudale est coupée carrément. L individu que nous décrivons, long de dix-huit pouces et haut d'un pied, est desséché et paraît entièrement d'un brun uniforme. Nous avons trouvé sous sa peau une crête du ,crâne très-haute, triangulaire, renflée et arrondie à son bord antérieur, tranchante au postérieur, et un premier interépineux renflé à sa moitié supérieure en une grosse masse ovale irréguliere, sur le haut de laquelle s'articule la première petite épine dorsale. Il nous a été facile alors de nous convaincre que nous avions sous les yeux le chœtodon arthriticus , décrit par William Bell dans les Transactions philosophiques de 1793 (p. 8)> CHAP. VI. PLATAX. 251 ce que la figure gravée, ib., pi. 6, nous avait déjà rendu vraisemblable. M. Bell donne une figure complète du squelette. On y voit que le premier interépineux de l'anale est aussi renflé à sa partie qui porte l'épine, et que sa masse est plus arrondie. Cet os et celui de la dorsale étaient assez communs dans les cabinets de curiosités et d'ostéologie, où ils avaient été rapportés par des voyageurs qui avaient mangé de ces pois- sons aux Indes; mais avant M. Bell on igno- rait à quelle espèce ils appartenaient. On sait aujourd'hui qu'il y en a de semblables, ainsi que des crêtes du crâne renflées, dans plu- sieurs squammipennes, notamment dans notre ephippus gigas. C'est même à celui-ci qu'appar- tient l'interépineux en massue que l'on trouve le plus communément dans les cabinets. Plusieurs des apophyses épineuses de ce platax ont dans leur milieu des renflemens globuleux, et ce sont ces espèces d'exostoses qui ont déterminé M. Bell a donner à ce pois- son l'épithète tY arthritique ou de goutteux. Il l'avait observé à Benkoolen, dans l'ile de Sumatra, où les indigènes le connaissent sous le nom malais dHikan-bonna. 232 LIVRE VIL SQUAMMIPENNES. Il y devient fort grand (long de deux pieds et plus). Sa chair est blanche, ferme et de très- bon goût. M. Bell fait remarquer que les tu- meurs de ses os sont remplies d'huile, et se laissent entamer avec un canifj ce que nous avons aussi vérifié. Il a vingt-trois vertèbres, dont dix abdominales; ses côtes sont comprimées et élargies dans leur mi- lieu; ses premières apophyses épineuses inférieures se louchent par leur dilatation. Ses intestins sont très-longs, et il y a dans son œsophage des papilles comparables à celles de la tortue de mer. Sa vessie aérienne est très-grande. Nous trouvons parmi les dessins envoyés de Java par MM. Ruhl et Van Hasselt, celui d'un platax entièrement semblable pour le contour à celui de M. Bell, et que ces voyageurs con- sidéraient aussi comme de la même espèce, mais qui est enluminé d'un brunâtre pâle, varié de grandes marbrures très-larges d'un brun chocolat plus ou moins foncé. Son iris est aurore, bordé de noirâtre. Sa longueur est de onze pouces et sa hau- teur de neuf. Le Platax orbiculaire. {Platax orbicularis 3 nob.; Chœtodon orbicularis , ForsL) Le chœtodon orbicularis de Forskal res- semble beaucoup à ce platax noduleuxj CHAP. VI. PLATAX. 253 mais il n'a de renflemens ni à la tête ni aux inter- épineux. Forskal le décrit de forme à peu près ronde et sans épines ; mais il explique cette dernière expres- sion en disant que la dorsale et l'anale ont des rudi- mens d'épines sous la peau. Ses nombres de rayons sont indiqués : B. 6: D. 3/33; A. 0/26, etc. Du reste, toute sa description s'accorde, et il dé- crit jusqu'à la division des dents du rang externe en trois pointes. La couleur est un gris-brun tirant au blanc vers le ventre, et au jaunàlre sur le derrière, avec des points noirâtres sur les flancs, surtout du côté du dos et de la queue. Les nageoires paires tirent au jaunâtre. Ce poisson est long d'un pied. Il se prend abondamment parmi les roches des environs de Djidda. De loin il a l'appa- rence d'un pleuronecte. Les Arabes le nom- ment dakar quand il est petit, et kanaf quand il est grand. Nous venons de recevoir de M. Ruppel un poisson de la mer Rouge, qui pourrait bien rentrer dans l'espèce de Forskal. Sa forme est aussi presque orbiculaire , sauf une légère concavité au chanfrein et la division des nageoires verticales. Sa hauteur à la base antérieure de la dorsale est une fois et demie dans la longueur totale. Sa tète prend le quart de cette longueur, et est une fois et trois quarts aussi haute que longue. Sa dorsale est arrondie; son anale un peu anguleuse; 254 LIVRE VII. SQUAMMÏPENNES. sa caudale coupée carrément. Il a à sa dorsale trois épines entièrement cachées sous la peau, et que l'on ne peut apercevoir qu'au moyen de la dissection : elles sont suivies de trente-deux rayons mous; l'a- nale a aussi trois épines cachées et vingt-cinq rayons mous. Ses ventrales, d'un peu moins du quart de la longueur totale, atteignent l'anus sans le dépasser. Leur épine prend moitié de leur longueur. Ses pec- torales en demi-ovale n'ont que le sixième de la longueur totale. Ses dents du rang extérieur ont aussi trois pointes , mais moins distinctes que dans les espèces à dorsale pointue. Il y a une cinquantaine d'écaillés de l'ouïe à la caudale, et presque autant entre l'anus et le dos , toutes à peu près rondes, avec deux ou trois cré- nelures au bord radical. La ligne latérale marche à peu près parallèlement à celle du dos, par le quart de la hauteur, et se marque par une mince tubu- lure sur chaque écaille. Dans son état desséché, tout ce poisson paraît gris; il est long de quinze pouces. Nous nous sommes assurés que la crête très-élevée de son crâne n'a au- cun renflement, non plus que ses interépineux. M. Rappel (atlas, pi. 18, fig. 3) donne un jeune individu de la même espèce , où la bande oculaire et celle qui passe devant la pectorale sont très-prononcées. CHAP. VI. PLATAX. 255 Le Platax pentacanthe. {Platax pentacanthus , nob. ; Chcetodon pentacanthus 3 Lacép.) M. de Lacépède (t. ÏV, p. 5oo), qui n'a pas parle du poisson de Bell, a fait de celui de Forskal son acanthinlon orbiculaire, c'est-à- dire qu'il l'associe à des poissons de la famille des scombres , et presque du genre des liches; mais il donne sous le nom de chcetodon penta- canthe, et d'après un dessin laissé par Com- merson (t. IV, pi. 4^4 et 47 6, pi. 9, % a), un vrai platax, et que je crois extrêmement voi- sin des deux que je viens de nommer. Son vertex paraît moins convexe que dans celui de Bell, et l'on voit ses cinq épines à découvert; mais cela peut venir de ce que la figure, comme il est arrivé quelquefois aux dessina- teurs de Commerson , avait été faite d'après une peau desséchée en herbier. Les autres détails et les nombres de rayons qu'on y voit (D. 5/31 ; A. 5/22 ), s'accordent avec nos des- criptions précédentes. Commerson lui-même corrige par les phra- ses qu'il a inscrites sur cette feuille, ce que le dessin offre de défectueux; il l'appelle ch£- TODOwfusciis latissime cathetoplateus, pinna 256 LIVRE VIL SQUAMMÏPENNES. dcrsiunica, mutica^, cauda intégra, et dorso monopterygio, aculeis subcutaneis, etc. Il ajoute que son nom vulgaire à l'Isle-de-France est poule-de-mer, et il renvoie à la descrip- tion qui s'en trouve dans ses manuscrits : mais il paraît avoir confondu deux espèces ; car cette description , intitulée aussi poule-de- mer, et dont M. de Lacépède a tiré son ar- ticle du chétodon galline(t.lV, p. 462 et 49^)? se rapporte à un autre dessin, que M. de La- cépède a fait graver (t. IV, pi. 1 2, fig. 2) comme une variété du chœtodon vespertilio ou de notre plalax Blochii, et qui en effet lui res- semblerait beaucoup, s'il n'avait des nombres de ravons mous supérieurs à tous ceux que nous connaissons (D. /41 ; A. /35); niais la description donne : D. 40; A. 28. ' Ce que nous présumons, c'est qu'à l'Isle-de- France le nom de poule-de-mer est commun à plusieurs platax. Celui dont Commerson a laissé la descrip- tion écrite, et que je soupçonne le Blochii, y parait sur les marchés en Août et en Septem- bre, et passe pour un des poissons les plus 1. Pînna dorsalis constat radiis circiter quadraginta , omnibus muticis , etc. ; pinna ani viginti sepiem aut viginti oclo, etiam iner- mibus , etc. CHAP. VI. PLATAX, 257 savoureux de ces mers. Il y eu a des individus de seize et dix-huit pouces et davantage. Le Platax scalaire. {Platax? scalaris, nob.; Zeus scalaris , Mus., Bl.) Nous devons placer ici comme pierre d'at- tente la description d'un petit poisson du Bré- sil, qui s'est trouvé dans la collection de Bloch, au Musée de Berlin, avec le nom de zeusscala- ris, mais qui ressemblerait plutôt a un platax, bien qu'il ait aussi des caractères de nature à en faire un genre particulier lorsqu'on le con- naîtra mieux. Malheureusement son état de mutilation ne nous permet pas d'en rendre la description complète. Sa forme générale est celle d'un platax. La hauteur du tronc est une fois et deux tiers dans la longueur totale, la caudale comprise: La dorsale et l'anale s'é- lèvent graduellement en pointes, comme dans les platax; mais on ne peut assigner la longueur de leurs pointes -, qui sont cassées. Il en est de même des rayons mous des ventrales , qui se prolongeaient probablement aussi. La caudale est grande, et parait avoir eu ses rayons extrêmes prolongés en filamens. Le museau est saillant et assez prolractile.' Les mâ- choires n'ont que des dents en velours ras, et sur des espaces étroits : il n'y en a ni au palais ni à la 258 LIVRE VII. SQUAMMlPlùVNES. langue. L'angle du préopercule est saillant et arrondi; son bord est entier. L'opercule est mousse. Il y a cinq rayons à la membrane des ouïes. La dorsale a douze épines, dont la dernière a plus du tiers de la hau- teur du corps, et vingt-quatre rayons mous, dont les premiers paraissent s'être élevés beaucoup. L'anale a six épines, et le sixième a près de moitié de la hau- teur du corps. Les rayons mous sont aussi au nombre de vingt-quatre , et les premiers paraissent avoir été fort longs. L'épine des ventrales a plus du quart de la hauteur du corps, et l'on peut juger aussi que leur premier rayon mou se prolongeait beaucoup. Je compte douze rayons aux pectorales, dont je ne puis assigner la longueur. B. 5; D. 12/24; A. 6/24; C. 17; P. 12; V. 1/5. Les écailles sont médiocres, de forme circulaire, très-finement striées au bord , avec des stries con- centriques qui ne se voient qu'à la loupe, et quinze ou seize rayons très -marqués et peu convergens à leur éventail. Il ne s'en porte que sur la base des nageoires verticales : la plus grande partie de leur étendue en est dénuée. La ligne latérale est peu marquée. C'est un trait léger d'abord parallèle à la courbe du dos au quart supérieur de la hauteur, et qui s'arrête vis-à-vis le dernier quart de la dorsale , pour recommencer plus bas et aller en ligne droite jusqu'à la caudale. Tout ce poisson paraît avoir été argenté , teint de brunâtre vers le dos. Une bande oculaire brune part du crâne, et va à la gorge. L'œil, qui est grand, en interrompt le tiers supérieur. Il y a aussi des CHAP. VI. PLATAX. 259 bandes verticales sur le corps, mais peu apparentes; elles sont plus marquées, et même en partie noires, sur les nageoires, qui en ont chacune trois. L'individu n'a pas deux pouces et demi. L'auteur de XIttiolitologia veronese a cru retrouver dans le poisson tossile de sa planche 4 le cliœtodoji teira, et dans celui de sa plan- che 6 le vespertilio , et Bloch et M. de La- cépède ont répété son assertion, d'où l'on n'a pas manqué de déduire de grandes consé- quences géologiques. M. de Blainville a déjà indiqué quelques différences de forme 1 ; mais il y a des caractères encore plus décisifs dans les nombres des rayons que nous avons cons- tatés sur les originaux. Le prétendu teira a quarante-trois rayons mous à sa dorsale, et le prétendu vespertilio en a cinquante-six. Néan- moins ce sont de vrais platax, dont nous re- parlerons en traitant des poissons fossiles. 1. Blainville, sur les ichtyolites, p. 47 et 48. 240 LIVRE VII. SQUAMMlPENNES, CHAPITRE VII. Des Psettus (Psettus, Commers.). Psetta (^ïjttcc) est le nom grec d'un poisson plat, que les uns prennent pour la plie, les autres pour le turbot , et que je crois la barbue. Commerson lui a donné la forme masculine de psettus, et l'a appliqué à un poisson très-comprimé de la mer des Indes, celui que M. de Lacépède (t. III, p. i3i, i32 et i33) a nommé ensuite monodactyle falci- forme, qui, avec les caractères généraux des chétodons, en a un très-particulier dans ses ventrales, dont on ne voit que l'épine, laquelle encore est extrêmement courte. On pourrait dire aussi que ses dents sont plutôt en ve- lours qu'en brosse, et néanmoins il n'y a pas lieu de le placer dans notre troisième section, attendu qu'il manque de dents palatines. Nous embrasserons sous la même dénomination plu- sieurs espèces où la réunion de ces caractères se reproduit, telles que le scomber rhombeus de Forskal, qui est le centrog aster rhombeus de Gmelin et le centropode rhomboidal de M. de Lacépède (t. III, p. 3o3, 3o4 et 3o5); le chœtodon arméniens de Linnseus, qui est CHAP. VII. PSETTUS. 241 ïacanthopode argenté de M. de Lacépède 1 (t. IV, p. 558 et 559); le chœtodon rhombeus de Bloch 9 ; enfin, le kauki sanclawa de Russel (n.° 5q). Quelques-uns de ces poissons pour- raient bien, ainsi que nous le verrons, rentrer les uns dans les autres comme espèces ; mais tous présentent un corps comprimé; une dor- sale et une anale écailleuses, à pointes plus ou moins en faux, et dans le bord antérieur desquelles les épines sont enveloppées pres- que jusqua leur extrémité; des dents en ve- lours ras et serré; enfin, deux petites épines pour toutes nageoires ventrales, au-dessus desquelles il y a pourtant quelquefois des rayons, mais si petits qu'ils échappent à l'œil en se cachant entre l'épine et le corps. Le Psettus de Seba. {Psettus Sebœ, nob.; Chœtodon rhombeus, Bl. Sclin. 3 ) Celui qui a été représenté le plus ancien- nement, est dans Seba (t. III , pi. 26 , fig. 2 1 ), etBloch, dans son Système posthume (p. 235, 1. C'est le chœtodon argent eus , Bl. Schn., p. 200, n.°5i. Dans le même Système posthume il y a (p. 224 , n.° 28) un autre chœ- todon argenteus. 2. Bl. Schn., p. 255, n.°68, citant Seba, t. III, pi. 26,%. 21. 3. Acanthopode argenté , Lacépède, t. IV, p. 558 et 55g. n. 16 2A% LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. n.° 68), lui a donné le nom de chœtodon rhom- beus. Ce doit être une espèce rare 5 car le Ca- binet du Roi n'en a eu long -temps qu'un individu sec , qui nous paraît même celui qu'avait possédé Seba : l'origine en était in- connue; mais nous venons d'en recevoir un autre du Sénégal par M.Perottet, en sorte que maintenant on connaît le séjour naturel de ce poisson. Il est des côtes de l'Afrique moyenne. C'est l'espèce la plus élevée du genre par rapport à sa longueur; il y a deux fois plus loin du sommet de sa dorsale à la pointe de son anale, que du bout de son museau à la racine de sa caudale. Son contour latéral sans la queue forme ainsi un rhomboïde, dont l'angle supérieur et l'inférieur seraient un peu aiguisés et recourbés en arrière, dont l'angle anté- rieur serait obtus, et dont le postérieur serait rem- placé par une caudale tronquée. La longueur de sa tête fait les deux tiers de sa hauteur et le quart de la longueur totale. La ligne dorsale descend oblique- ment depuis le sommet de la nageoire, prend une léeère convexité à la crête du crâne , redevient très- légèrement concave entre les yeux. L'œil est placé plus bas que le milieu, et un peu plus près du museau que de l'ouïe ; il est grand ; son diamètre est des deux cinquièmes de la longueur de la tète. Les orifices de la narine sont 1 un au-devant de 1 autre. Le pos- térieur est ovale, l'antérieur rond, vis-à-vis du tiers supérieur de lœil. La bouche est fendue oblique- ment, et descend en arrière, de façon que le bout CHAP. VII. PSETTUS. 245 des lèvres est à la hauteur du milieu de l'œil, et que la commissure est plus basse que son bord infé- rieur. Les dents sont en soies si courtes qu'on pour- rait les dire en velours ras. Les deux bords du préo- percule sont presque égaux; son angle est arrondi, et son bord paraît très-finement dentelé quand on a enlevé les écailles. L'opercule a son angle au quart supérieur, très-obtus, surmonté d'un fort petit arc un peu rentrant. Le bord membraneux est large vers le haut. La pectorale est ovale et a un peu plus du cin- quième de la longueur totale. Pour toutes ventrales on ne voit que deux petites épines placées à l'aplomb des pectorales, ce qui, vu la rapide descente de la ligne de la poitrine, les met assez loin de la gorge; en y regardant de très-près on voit au-dessus de l'épine un petit vestige de rayon mou. Dans le tranchant antérieur de la dorsale on reconnaît les pointes de huit épines , dont on sent les troncs au travers des écailles; elles vont en croissant de la première, qui est à peine visible, jusqu'à la huitième, qui a le cin- quième de la hauteur prise d'un sommet de na- geoire à l'autre. Celle-ci est dépassée par les quatre premiers rayons mous qui forment la pointe de la nageoire ; les autres diminuent jusqu'au septième ou au huitième, et demeurent ensuite presque égaux. Il y en a en tout trente -quatre ou trente- cinq. L'anale a ses trois épines très-longues à proportion, mais cachées dans les écailles , et ne montrant que leurs pointes le long du tranchant antérieur et des- cendant de la nageoire. Il y a ensuite trente-cinq 244 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. rayons mous , dont les quatre ou cinq premiers forment une pointe moins aiguë que celle du dos , et dont les vingt-cinq derniers, à peu près égaux, ont une hauteur plus grande que leurs correspon- dais de la dorsale. La caudale est du quart de la longueur totale, et coupée carrément. B. 6; D. 8/35; A. 3/35; C. 17; P. 17; V. i. Le corps, la dorsale, l'anale, la tête et même l'en- tre-deux des branches de la mâchoire inférieure sont garnis d'écaillés; mais il n'y en a point sur le mu- ' seau ni aux lèvres; le maxillaire, quoique très-ar- genté, n'en a point non plus. Les écailles du corps sont plus hautes que longues, lisses, et n'ont que trois crénelures peu marquées à leur bord radical : elles rapetissent par degrés sur la tète et sur les nageoires. On en compte soixante- cinq entre l'ouïe et la caudale, et plus de cent cin- quante du sommet de la dorsale à celui de l'anale. Tout le poisson est argenté. Dans l'individu sec on ne voit aucune autre teinte; dans un de ceux du Sénégal, une bande noirâtre descend du sommet de la dorsale ta celui de l'anale. Un individu plus petit montre de plus une bande pectorale, et même quelque chose de la bande oculaire. JNotre individu sec est long de six pouces, et haut de six et demi. Ceux du Sénégal ont quatre et cinq pouces de longueur. Ces poissons ont été pris à Saint-Louis, au mois de Mars, à 1 époque où le lleuve est salé, ce qui ne dure que deux mois. CHAP. VII. PSETTUS. 241S Je n'ai trouve absolument à rapporter à cette espèce dans les auteurs que la figure de Seba que j'ai citée, et même je m étonne assez que M. de Lacépède, qui avait sous les yeux l'individu sec dont nous venons de parler, n'en ait fait aucune mention dans son ou- vrage. Le PSETTUS RHOMBOÏDAL. (Psettus rhombeus , nob.; Scomber rhombeus , Forsk.) L'espèce la plus haute après celle de Seba, mais qui ne l'est pas à beaucoup près autant, est gravée dans Russel (n.° 5g) sous le nom de kauki-sandawa , qu'elle porte à Vizagapatam , et elle nous a été rapportée de Pondichéry par M. Sonnerat, et de l'Isle-de-France par M. Mathieu. Il s'en est même trouvé un indi- vidu avec ceux de l'espèce suivante, dans les collections de Commerson, qui paraît avoir confondu les deux espèces. Celle-ci a sa hauteur prise entre la naissance de la dorsale et de l'anale une fois et demie dans la lon- gueur totale, la caudale comprise. Sur cette hauteur la dorsale s'élève obliquement d'environ un quart, et l'anale s'abaisse au-dessous à peu près d'un tiers, en prenant ces proportions sur la verticale. Les pointes de ces nageoires ne se détachent pas autant que dans la première espèce, et le bord est 246 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. seulement un peu concave derrière elles. Les ven- trales semblent dans le sec réduites chacune à sa petite épine; mais les individus conservés dans la liqueur montrent, lorsqu'on soulève les épines, de très-petits rayons mous, avec une très-courte mem- brane. Dans le tranchant antérieur de la dorsale on compte aisément les pointes de huit épines; celles de l'anale sont moins longues à proportion que dans l'espèce précédente, et les rayons mous de ces deux nageoires sont moins nombreux. La caudale, lors- qu'on létale, paraît un peu en croissant. B. 6; D. 8/28; A. 3/29; C. 17; P. 17; V. 1/ ? Les écailles de cette espèce sont beaucoup plus petites que dans la précédente. 8a couleur est un argenté qui vers le dos tourne au plombé, avec du noirâtre vers le sommet de la dor- sale. Une ligne noirâtre descend obliquement de la nuque vers le haut de l'orbite, et une autre de la première épine dorsale vers le haut de l'opercule. La ligure de Piussel en montre une troisième, des- cendant de la quatrième épine vers l'angle de l'o- percule. Notre plus grand individu est long de sept pouces. Il y en a de bien plus petits. M. Ehrenberg a rapporté de la mer Rouge des individus qui ne paraissent différer de celui que Russel a dessiné, que parce que l'on n'y voit bien que la ligne noirâtre qui va de la nuque à l'œil. Il n'y a pas à douter que ce ne soit le scomber rhombeus de Forskal, dont CHAP. VII. PSETTUS. 247 M. de Lacépède a fait son centropode rhom- boïdaly et par conséquent le genre des cen- tropodes est encore à rayer de llchtvologie. Que Ion lise en effet avec attention la des- cription de Forskal 1 , on y trouvera tous les caractères de nos psettus, seulement il place au-devant de la dorsale cinq petites épines à peine liées [spinœ quinque, minutœ, vix con- nexes). Mais n'a-t-il pas pris pour de petites épines isolées, les pointes des premières épines de la dorsale? Cela posé, tout serait d accord; on aurait pour nombres : B. 6; D. 8/29; A. 5/31 , etc.; ce qui ne ferait qu'une légère différence : les points noirs de la dorsale et de l'anale, la caudale coupée en rond, tout semblerait en- core indiquer notre espèce. 1. Voici cette description (Forsk., Descrip. anim., p. 58, n.° 78) : Scomber rhombeus , pinnis ventralibus uniradiatis. Corpus com- pressum, argenteum, una cum pinnis dorsalibus et analibus mensu- raium rhombeum. Dénies numerosi , subtiles. Lingua obtusa, prope apicem superne callo ovali , piano , albido , scabro. Labia , nares , opercula , ut congenerum. Iris argentea, supra et infra fusca. Ante pinnas dorsales spinœ quinque, minutœ , vix connexœ. Juxta pinnas ventrales spinœ duœ , albœ , parvœ , et pone singulam radii inermes minores, quinque , vix conspicui. Pinnarum dorsalium et analium prima pars alba, triangularis, squamata, apice nigra, reliqua pars humilis, hyalina, linearis. Pinnœ pectorales ledter rotundatœ. Cauda brevis, lateribus compressa, non carinata. Pinna caudahs glauca, rolundata , exserta. Linea laieralis dorso propior parallela , in cauda recta , média, squamœ parvœ. B. 6; P. 1/15; D. 4/4, 3/32; V. 1/1; A. 3/34; C. 16. 248 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. On nomme ce poisson à Djidda , selon Forskal, abu-gurr et abu-tabak. M. Ehren- berg la entendu appeler galfarfà Massuah. Il est commun dans toute la mer Rouge. On le trouve aussi à l'Isle-de-France; M. Desjardins vient de l'envoyer de là au Cabinet du Roi, ce qui nous a donne la facilité d'en faire l'a- natomie. A l'ouverture de l'abdomen on trouve les intes- tins entourés et presque cachés par des épiploons graisseux très-épais. La graisse, blanche et de peu de consistance , semblable à de l'huile figée , était ra- massée en grande masse entre l'estomac et la vessie natatoire. Il y en avait même une assez grande quan-r tité dans l'intérieur de la vessie ; mais elle était moins blanche et moins solide encore que celle qui entourait l'intestin. L'estomac est un grand sac ar- rondi en arrière, un peu comprimé latéralement, dont les parois minces, membraneuses et transpa- rentes ne nous ont offert aucunes rides ou plis à l'extérieur. Sa capacité équivaut à peu près au tiers de celle de l'abdomen. L'œsophage est si court qu'à peine il existe au-delà du pharynx, ou derrière le diaphragme. C'est vers le milieu de la face inférieure que l'on voit naître la branche montante; elle se dirige obliquement vers le diaphragme. Elle est courte, et ses parois musculeuses sont assez épaisses. Le pylore s'ouvre par un trou très-étroit. Il est couronné par un très-grand nombre de cœcums courts, grêles, et fortement réunis entre eux par QlAP. VII. PSETTUS, 219 du tissu cellulaire graisseux. Le foie était entière- ment détruit; nous n'avons pu voir que la vési- cule du fiel, qui est petite et alongée. Ses parois sont blanches, fibreuses et très-solides. L'intestin est grêle et fait plusieurs replis avant de déboucher à l'anus. Les parois en sont encore plus minces que celles de l'estomac. La rate est grosse, brune, et placée à droite de l'estomac entre lui et l'intestin. Les laitances de notre individu sont rejetéesvers l'arrière de l'abdomen, au-dessous de la vessie aé- rienne. Elles sont inégales ; c'est la droite qui est la plus grosse et la plus longue. La vessie aérienne est très -grande; elle occupe toute la partie supérieure de l'abdomen, et se bifur- que ensuite de manière à pénétrer entre les muscles de la queue, aux cotés des apophyses épineuses in- férieures de la colonne vertébrale. Les cornes sont grandes, égales entre elles, et chacune est aussi longue que le corps de la vessie même; les parois sont très-minces et légèrement argentées. Les reins sont courts, noirâtres, et occupent la même longueur que le corps de la vessie aérienne. Ils versent l'urine dans deux uretères assez longs, qui descendent entre les deux cornes de la vessie aé- rienne. Au-dessous d'elles ils se renflent considéra- blement, et se rétrécissent ensuite en un petit con- duit; ils débouchent dans une vessie urinaire assez grande, placée derrière les laitances. Nous avons trouvé l'estomac rempli de crevettes. Le squelette de ce psellus rhombcus se lait re- 250 LIVRE VIT. SQUÂMMIPENNES. marquer par l'élévation et la minceur de la crête mitoyenne de son crâne, dont les crêtes latérales sont au contraire très-basses. Entre le crâne et la première épine dorsale il y a trois interépineux sans rayons. Le bassin représente un arc mince et com- primé , qui porte à son extrémité postérieure les deux épines ventrales. Je ne lui trouve que neuf vertèbres abdominales et quatorze caudales. Le pre- mier interépineux de la queue remonte jusqu'au corps de la vertèbre, au-devant de l'apophyse épi- neuse descendante ; sa partie inférieure est dilatée d arrière en avant en une grande lame triangulaire, qui se porte en avant, et n'est séparée du bassin que par l'anus. Les deux premières épines anales sont attachées à cet interépineux. Le PSETTUS DE CoMMERSON. (Psettus Commersonii, nob. ; Monodactyle jalcijorme , Lacép. ) Notre troisième espèce est celle qui a été décrite par Gommerson sous le nom de pset- tus, et dont M. de Lacépède (t. III, p. i3i, i32 et j 33) a fait son monodactyle falciforme.il s'en est trouvé dans les papiers de Commer- son une assez bonne ligure, que M. de Lacé- pède (t. il , pi. 5, fig. 4) < l fait graver, mais trop réduite, et l'on a recouvré depuis quelque temps le poisson original. CHAP. VII. PSETTUS. 2o1 Sa hauteur est moindre que dans l'espèce précé- dente, et ne fait guère que moitié de la longueur totale ; ses écailles sont un peu plus grandes , les sommets de sa dorsale et de son anale un peu plus aigus , et l'arc qui échancre le bord de sa caudale sensiblement plus profond , au point que cette na- geoire peut passer pour fourchue; il n'y a pas non plus de «lignes noires à sa partie antérieure ; mais tout le poisson est argenté , avec seulement du noirâtre vers les pointes de la dorsale et de l'anale. Du reste, sa conformation a les plus grands rap- ports avec celle de l'espèce précédente, et ses nom- bres sont les mêmes. B. 6; D. 8/28; A. 3/29; C. 17; P. 17; V. 1. N'ayant vu qu'un individu sec, je ne puis dire s'il y a des rayons mous aux ventrales ; Commerson n'en parle pas dans sa descrip- tion. Cet individu est long de près de huit pou- ces, et selon Commerson il pesait neuf onces un quart. MM. Quoy et Gaimard en ont pris un semblable à File de Vanicolo. Le cliœtodon argenteus de Linné, dont M. de Lacépède a lait son acanthopode ar- genté, est incontestablement un psettus, et me paraît même se rapporter à cette troisième espèce par le caractère de sa queue fourchue; tous ceux qu'on lui attribue d'ailleurs con- viendraient également bien à cette troisième et 252 LIVRE VIT. SQUAMMlPENxNES. à la seconde 1 . Peut-être même la hauteur du corps indiquerait-elle la seconde de préférence. L'auteur ne lui avait d'abord compté que trois aiguillons au dos 2 5 il s'est corrigé ensuite et en a compté huit 3 , mais en faisant remarquer que les premiers sont presque imperceptibles : ses nombres, exprimés à notre manière, seraient donc D. 8/29, A. 5/29; ce qui s'accorde fort bien avec nos observations. 1. Voici la description qui se trouve dans la thèse intitulée : Chinensia Lagersirœmiana , Upsal , 1 754 ? et Amœn. acad. , t. IV, p. 249.. n.° 26 : Ch^todon àrgenteus, pinnis venlralibus ex spinis duahus. Corpus (figura zei vomeris, Mus. reg. , t. I, p. 67) compressum ut in pleuronecia , latius quant longum, iectum squamis panis , lœvibus , minime ? argenteis. Oculi sanguinei. Maxillarum margines deniibus vix conspicuis flexilibus , exasperali. Opercuïa branehiarum argen- tea , lœeia. Membrann branchiostega , radiis sex. Pinna dorsalis squamis iota , falcm ta , conslans radiis iriginta duo, quorum primus, secundus et t'ertius spinosi et sensim brtxiores ; quartus simplex , mollior , longior , reïi'juis sensim brevioribus , ramosis. Pinnœ pecto- rales ovatœ , radiis sexdecim , mollibus , quorum duodecim sensim breviores. Pinnœ venl raies nullœ , quorum loco spinœ duœ , brèves , rigidœ. Pinna ani jnagnitudine et figura dorsalis falcata , et squa- mis tecla, conslans radiis iriginta duobus, quorum primus, secundus et ieriius brèves, sensim longiores valide spinosi; quartus longior, simplex, mollis; quintus inier longissimos cum sequentibus breviori- bus, ramosus. Pinna caudœ bifurca , radiis stplcmdecim. 2. Dans la thèse ci-dessus et dans sa dixième édition, t. Y, p. 272 , n.° 2. 3. Douzième édition, p. 46 1, n.° 6. 1. Ce mot minime eu sans doute ici pour un autre. Ou veut -il dire seulement que la couleur argentée n'appartient pas aux écailles , mais au corps muqueux. qui est dessous? CHAP. VII. PSETTUS. 255 Si notre conjecture est fondée, Yacantho- pode argenté et le monodactyle falciforme seraient la même chose, et il y aurait encore un genre, et peut-être même son espèce, à rayer dans M. de Lacépède; dans tous les cas le genre ne peut pas plus subsister que celui des centropodes. 2M LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. DEUXIÈME TRIBU. DES SQUAMMIPENNES A DENTS TRANCHANTES. CHAPITRE YI1I. Des Piméleptères ( Pimelepterus ,Lacép.) et des Diptérodons (id). DES PIMELEPTERES. lues piméleptères et les xysteres de M. de Lacépède sont le même genre, et ce genre est caractérisé par un corps ovale, comprimé; par une dorsale unique, dont la partie molle, ainsi que celle de l'anale et toute la caudale, sont écailleuses, et surtout par des dents tran- chantes disposées sur un seul rang, et implan- tées dans les mâchoires au moyen d'un talon qui se prolonge horizontalement en arrière. Il y a de ces poissons dans les deux océans. M. de Lacépède, qui n'a donné dans son ou- vrage (t. IV, n.° 4^9 et 4-3o) le piméleptère que d'après une figure et une courte note que M. Bosc lui avait communiquées, ne s'est pas aperçu que ce poisson rentrait précisément dans CHAP. VIII. PIMÉLEPTÈRES. 255 le genre qu'il reproduit dans le volume suivant (t. V, p. 4$4 et 4^)> d'après les manuscrits de Commerson, sous le nom de xy stère. Cepen- dant la chose est incontestable : le xystere brun de Commerson n'est autre que le pimé- leptère de la mer des Indes. Le caractère de dents que ce voyageur lui assigne, en fourni- rait la preuve à lui seul. Novissimum genus, dit-il, cui pro caractère dentés ad angulum rectum infracti, a parte externa seu per- pendiculari incisorii , ab interna, seu ho- rizontali , sessiles, acutiores, subulati. Et dans le corps de sa description il ajoute : Ii autem dentés novce sunt et inauditœ usque- dum fabricœ, nimirum ad angiilum rectum retrofracti, ita ut parte interna seu horizon- tali sessiles sint [non implantati) , parte au- tem externa seu perpendiculari exserantur incisoi^ii. Le reste de cette description ré- pond d ailleurs à tous égards au poisson dont nous parlons. Mais ce qui n'est pas moins vraisemblable, c'est que le dorsuaire donné par M, de Lacé- pède, aussi d'après Commerson (t. V, p. 482 et 4&3), ne diffère pas de ce xystère, au moins génériquement; et enfin, ce qui est certain et démontré, tout extraordinaire que cela pourra paraître, c'est que le dorsuaire est identique- 2b(l LIVRE VII. SQUAMM1PENNES. ment le même que le fyphose (t. III, p. 1 14 et 1 j5), et tiré du même document. En effet, l'article du dorsuaire repose tout entier sur une phrase caractéristique de Commerson : Dorsuarius tubero, etc.; et cette phrase est inscrite derrière le dessin qui a servi d'origi- nal à la ligure du hjpliose et de sujet à son article. Ainsi M. de Lacépède a doublé une espèce pour ainsi dire à plaisir. La seule excuse que l'on puisse trouver à ce procédé, qu'il n'a répété que trop souvent, c'est que, travaillant à la campagne , et sur des notes anciennement prises, il ne s'est plus souvenu, lorsqu'il a voulu expliquer ses gravures, des rapports de ces notes avec les dessins. Quoi qu'il en soit, le dorsuaire et le kyphose ne sont qu'un seul et même poisson. Mais ce poisson quel est-il? Nous le répé- tons : en le comparant à notre piméleptère de la mer des Indes, au xystère en un mot, nous ne pouvons presque douter que ce n'en soit un individu déformé, soit par quelque ma- ladie, soit par la manière dont il a été pré- paré ; car Commerson a souvent écrit ses petites notes derrière des dessins que Jossi- gny , l'un de ses artistes , avait faits en son absence, et d'après des individus desséchés; et alors il n'a pas toujours eu le soin de les CHAP. VIII. PIMÉLEPTÈRES. 257 faire concorder avec les descriptions plus étendues qu'il rédigeait d'après des poissons frais. On voit même en cette occasion qu'il y avait dans son esprit au moins quelque ré- miniscence 5 car il dit dans sa note sur le dorsuaire : Novissimum genus, cyprinis pro- xime subjungenduin; et dans sa description du xystere il répète : Cyprinis subjunge. Ce défaut de concordance aurait proba- blement disparu en grande partie, si Com- merson avait publié lui - même l'immense recueil de ses observations; mais M. de La- cépède, qui n'avait entre les mains que des minutes informes de ses manuscrits, et à qui les poissons secs laissés par le savant voya- geur étaient même restés inconnus , n'avait aucun moyen de se retrouver dans ce dédale. Si nos conjectures sont fondées, il faudrait donc retrancher du Système les trois genres xystere, dorsuaire et kypliose; et dans tous les cas on devra en retrancher le xy stère, qui rentre dans les piméleptères, et le kyphose, qui est identiquement le même que le dor- suaire. Les noms de dorsuaire , de tubero et de hyphose tiennent à l'espèce de bosse l qui 1. KtJpcç signifie bosse. C'est même de là cjue vient gibbus. 7- l 7 258 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. paraît dans la figure au-devant de la dorsale ; celui de piméleptère (nageoires grasses) dé- signe l'épaisseur de la portion écailleuse dans les trois nageoires verticales; celui de xy.Uere, enfin, paraît avoir été dérivé de guafjyiç (scalpel, instrument tranchant) , et se rapporte à la forme des dents de ces poissons. Le Piméleptère de Bosc. (Pimelepterus Boscil, Lac, t. IV, p. 4 2 9 et 43o.) Nous placerons en tête du genre l'espèce qui a servi de type à M. de Lacépède pour son piméleptère. La description suivante est faite sur des individus rapportés de la Caro- line par M. Bosc, et les mêmes sur lesquels ce zélé naturaliste avait rédigé les notes que M. de Lacépède a employées. Le corps avec la tête, et sans la portion derrière ïa dorsale, formerait un bel ovale, assez épais. Sa bailleur au milieu de l'ovale est dans la longueur totale, queue et caudale comprise, deux fois et trois quarts. La longueur de la tête est quatre fois et un quart dans la longueur totale, et sa hauteur à la nuque égale sa longueur. L'épaisseur du corps est trois fois et demie dans la hauteur. La courbe du dos se continue au prolil , et se termine par un museau arrondi, dont l'extrémité tombe plus verticalement, parce que l'intervalle en avant des yeux est bombé CHAP. VIII. PIMÉLEPTÈRES. 259 en travers. Quand la mâchoire supérieure se porte en avant, il se forme au-dessous de celte convexité transversale une légère concavité. L'œil est au-dessus du milieu de la hauteur , et un peu plus près du museau que de l'ouïe; il est dirigé latéralement, et son diamètre est de près du tiers de la longueur de la tête. L'intervalle d'un œil à l'autre est d'un de leurs diamètres et d'un quart en sus. Les orifices de la narine sont en avant du milieu de l'œil , sous cette légère convexité transversale dont nous avons parlé t mais à peu de distance de l'œil et rapprochés l'un de l'autre: l'antérieur est rond, un peu rebordé; le postérieur ovale : tous deux sont petits. La fente de la bouche ne va guère qu'aux deux tiers de l'intervalle entre le bout du museau et l'œil ; une lèvre assez large garnit l'intermaxillaire sans recouvrir les dents ; le maxillaire, élargi et tronqué en arrière, ne va que jus- que sous le bord antérieur de l'orbite. Ses deux tiers antérieurs sont cachés, dans l'état de repos, par un sous-orbitaire rétréci en arrière, et dont le bord est horizontal et très -finement crénelé, ou plutôt seu- lement un peu strié. Les dents ont une forme très- remarquable. Leur partie antérieure et saillante est ovale, plate, tranchante au bord; mais leur base a en arrière un talon horizontal , ou qui fait un angle droit avec la partie tranchante, et par lequel elles s'attachent à la mâchoire. Dans cette espèce le talon n'est que de la longueur a peu près de la partie tran- chante, ce qui fait qu'il est moins remarquable, et que M. Bosc ne l'avait pas remarqué. On compte vingt-deux ou vingt-quatre de ces dents à chaque 260 LIVRE VIT. SQUÀMMPENNES. mâchoire, disposées sur un seul rang; et den'ière elles il y en a une bande en fin velours ; les dents tranchantes de remplacement percent la mâchoire par devant celles qui sont en place. Le devant du vomer est une large plaque en forme de croissant, et un peu âpre. Il y a en outre de chaque côté une ligne âpre le long de chaque palatin , et un grand disque ovale sur chaque, ptérygoïdien. La langue est large, arrondie, assez épaisse, libre, à bords tran- chans et lisses, un peu âpre sur sa base. Toutes les parties de la tête, excepté les lèvres, sont écailleuses; il y a des écailles même sur le limbe du préopercule et sur la peau d'entre les branches de la mâchoire inférieure. L'angle du préopercule est arrondi; ses bords sont finement striés. L'opercule, deux fois plus haut que long, se termine en angle très-obtus. L'ouie est fendue jusque sous le milieu de l'œil, où la mem- brane embrasse l'isthme. Il y a sept rayons branchios- tèges arqués , plats et tranchans. Les deux plus hauts se voient à nu, en soulevant seulement les opercules ; mais pour bien distinguer les cinq autres, il faut enlever la peau écailleuse qui les couvre. l L'épaule n'a pas d'armure. La pectorale est ovale, du sixième à peu près de la longueur du corps, et s'attache au-dessous du milieu de la hauteur. Elle a dix-neuf rayons ; le quatrième et le cinquième sont les plus longs : le premier est simple et fort court. 1. C'est ce qui a fait que M. de Lacépède, d'après M. Bosc . n'attribue au piméleptère que quatre rayons branchiaux. Nous affirmons qu'il en a sept. CHAP. VIII. PIMÉLEPTÈRES. 264 Les ventrales sortent sous le milieu des pectorales , ce qui a fait considérer par quelques-uns ces pois- sons comme abdominaux; mais le bassin est sus- pendu aux os de l'épaule, et par conséquent ce sont pour nous des subbrachiens. Ces nageoires sont de la même longueur que les pectorales , et de forme un peu pointue. Leur aiguillon n'a guère plus de moitié de leur longueur; un petit repli écailleux au-dessus de leur base forme un léger sillon , qui les reçoit en partie quand elles se retirent. La dorsale commence vis-à-vis de la naissance des ventrales, et par conséquent vis-à-vis du milieu des pectorales, et règne sur une longueur égale aux deux cinquièmes de celle du poisson. Sa hauteur moyenne est du cinquième de celle du corps; sa partie épineuse et sa partie molle, à peu près également longues, ne se distinguent que par un très-léger abaissement : elle a onze épines très-poignantes , et douze rayons mous; ces derniers sont enveloppés de petites écailles très-serrées , et il y en a de semblables sur la cau- dale et sur toute la partie molle de l'anale. Celle-ci a trois épines et onze rayons mous : elle commence vis-à-vis de l'avant-dernière épine de la dorsale y et finit à la même distance de la caudale. L'intervalle entre ces deux nageoires et la caudale est cinq fois et demie dans la longueur totale; sa hauteur moyenne est de moitié de sa longueur, et son épaisseur, de moitié de sa hauteur. La caudale est aussi du cin- quième de la longueur, taillée en croissant, toute écailleuse et composée de dix-sept rayons. B. 1; D. 11/12; A. 3/13; C. 17; P. 19; V. 1/5. 282 LIVRÉ VII. SQUAMMIPENNES. Ce poisson est couvert d'écaillés disposées régu- lièrement. Nous avons déjà parlé de celles de la tête et des nageoires; celles du corps sont au nombre de soixante et quelques, sur une ligne, depuis Fouie jusqu'aux petites de la base de la caudale, et de trente et quelques sur une ligne verticale prise au milieu du corps. Elles sont demi-elliptiques , aussi longues que larges, finement pointillées, et encore plus finement ciliées ou dentelées dans leur partie visible; leur partie cachée est striée en éventail de six ou sept rayons , qui produisent au bord radical autant de crénelures, mais à peine sensibles. La ligne latérale suit une courbe parallèle au dos , qui , au milieu de la longueur du tronc, se trouve à peu près au tiers de la hauteur. Dans la liqueur la couleur générale de ce pimé- leptère parait brune, plus foncée sur les nageoires et au museau, et légèrement variée sur les flancs par des lignes longitudinales plus pales, qui résul- tent de ce que le disque des écailles est d'un brun plus jaunâtre que leur bord; mais d'après M. Bosc, ce qui parait jaunâtre est dans le frais d'un blanc argentin assez brillant. On peut distinguer vingt à vingt-deux de ces lignes au-dessous de la ligne la- térale, et dix ou douze au-dessus ; mais ces dernières sont plus irrégulières, et se perdent davantage dans la teinte plus brune du fond. Le bord postérieur de la caudale est plus pâle que le reste, et l'on voit sous l'œil un trait bleuâtre argentin. Nos individus sont longs de cinq pouces. Dans le squelette de ce piméleptère la crête mi- CHAP. VIII. PIMÉLEPTÈRES. 265 toyenne du crâne est médiocrement élevée; le bas- sin représente un triangle isocèle trois fois plus long que large; les vertèbres abdominales sont au nombre de neuf, et les caudales de seize; le premier interépi- neux de l'anale est peu dilaté; les côtes sont compri- mées, larges, et ont leur bord externe plus gros, etc. M. Bosc a vu les piméleptères suivre les navires dans la haute mer, et s'assembler en troupes autour du gouvernail pour dévorer ce que l'on rejette du bâtiment. Ils mordent difficilement a l'hameçon, et même ils savent en emporter l'appât sans s'y prendre. Les An- glais n'en estiment pas la chair; mais les Fran- çais la recherchent. Nous trouvons dans la collection de Brous- sonnet un individu entièrement semblable à ceux de M. Bosc, et qui est désigné comme de la mer Atlantique. Il est intitulé chcetodon cy- prinaceus , et l'on en trouve sous ce nom une figure dans les dessins de Parkinson, conservés à la bibliothèque de Banks, et une description dans les papiers de Solander, L'individu qui en fait l'objet avait été pris dans l'Atlantique, entre les tropiques , par les naturalistes du premier voyage de Cook, le i5 Octobre 1768. Ainsi l'on voit que Commerson n'a pas été le seul qui ait trouvé des rapports entre ce genre et celui des cyprins. G est probablement la 264 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. même espèce qui est désignée sous ce nom de cyprinaceus dans Gmelin, à la fin de ses ché- todons. Le PlMÉLEPTÈRE OBLONG. {Pimelepterus oblongior, nob.) Peu de genres se composent d'espèces aussi semblables entre elles que celui des pimé- leptères; et à moins d'un examen scrupuleux, l'on pourrait être tenté de les croire tous iden- tiques. Ainsi nous en trouvons un au Musée royal des Pays-Bas , dont l'origine ne nous est pas connue, et qui ne diffère de celui de Bosc que parce qu'il est un peu plus oblong. Sa hauteur est un peu plus de trois fois dans sa longueur. Sa tête semble aussi un peu plus large. Mais du reste il offre les mêmes détails et les mêmes nombres de rayons. Dans son état actuel il paraît blond , avec quatorze ou quinze lignes pâles sur les côtés. Le trait argenté d'au-dessous de l'œil est très-apparent. L'in- dividu est long de six pouces. Le PlMÉLEPTÈRE BRUN. {Pimelepterus fus eus , nob.; Xjsterfuscus, Comm. - 3 Xjster nigrescens , Lacép.) Feu Delalande en a rapporté un grand du cap de Bonne-Espérance, à peu près dans les mêmes formes, CHAP. VIII. PIMÊLEPTÈRES. 265 mais qui dans son état sec paraît tout brun , avec tout au plus quelques vestiges de raies. Le talon de ses dents est plus marqué que dans aucun autre, car il a trois fois la longueur de la partie tranchante. Son front est aussi plus large qu'aux autres espèces, et au lieu d'une convexité générale , il est aplati transversalement et bombé au-dessus de chaque œil. Ses pectorales sont singulièrement solides : leurs premiers rayons sont unis en quelque sorte par les écailles qui les revêtent, et elles ont les rayons en . même nombre que dans l'espèce de la Caroline. Sa dorsale en a onze épineux et douze mous, son anale trois épineux et onze mous. D. il/12 3 A. 3/11, etc. Les naturalistes de la dernière expédition russe ont retrouvé dans la mer des Indes un piméleptère que nous rapportons à cette es- pèce, et qu'ils ont peint d'après le frais en gris de perle , un peu irisé vers la tête , teint de brun vers le dos. Cest très-probablement sur cette espèce que Commerson a établi son genre xyster. Il l'appelle xyster totus fus eus , et ajoute : Color nullâ non parte fuscus , pinnœ dorsa- lis parte spinosa inagis nigricante. Sa des- cription est demeurée incomplète, et il ny donne pas les nombres des rayons; mais tout ce qu'il dit des formes et des autres caractères est exactement conforme à nos individus. Les 266 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. siens étaient longs de huit et de neuf pouces; le nôtre en a dix-neuf. Le PlMÉLEPTÈRE INCISEUR. (Pimelepterus inciser, nob.; Chœtodon incisor, Parkins. ) Feu Delalande a rapporté du Brésil un qua- trième piméleptère , qui ressemble plus que celui du Cap à l'espèce de Bosc , pour ce qui concerne ses proportions; mais qui s'en laisse distinguer plus facilement, parce qu'il a quatorze rayons mous à sa dorsale, et douze ou treize à son anale; son front est un peu plus plat, et les talons de ses dents sont un peu plus marqués, sans l'être autant qu'à celui du Cap; ses écailles paraissent un peu âpres, comme du verre dépoli. On lui voit un peu moins de lignes pales sur les côtés (dix ou douze environ), et au total ses teinies paraissent un peu moins foncées; le ruban argenté du dessous de son œil est très-apparent. Nos individus sont plus grands que ceux de la Caroline (il y en a un de dix pouces et un autre de quinze). Dans le grand individu, qui à la vérité est desséché, les lignes des côtés ont presque disparu. Parkinson en avait dessiné au Brésil encore un plus grand , et lavait nommé chœtodon incisor. Il était long de vingt pouces. Le corps en est enluminé de bleuâtre, les nageoires de cendré , la tête de blanchâtre ; Solander en a CHAP. VIII. PIMÉLEPTËRES. 2G7 fait une description qui se rapporte assez à la nôtre, où il ne compte cependant que treize rayons mous à la dorsale. Le PlMÉLEPTÈRE MARCIAC. (Pimelepterus marciac , Q. et G.) Le piméleptère rapporté de Waigiou par MM Quoy et Gaimard, et dont ils ont donné une figure et une description dans le Voyage de M. Freycinet (partie zoologique, p. 386, et pi. 62, fig. 4)? sous le nom de piméleptère marciac y diffère encore un peu plus sensi- blement du boscien. Son front n'est pas si bombé entre les yeux; mais il est un peu plus large, et son corps est un peu plus court et un peu plus comprimé. Sa hauteur n'est que deux fois et deux tiers dans sa longueur. Nous trouvons dans un individu dix épines et quinze rayons mous à la dorsale, et dans un autre onze épines et quatorze rayons mous. L'anale a dans tous les deux trois épines et treize rayons mous. Sa ligne latérale est un peu plus basse , et ses bandes pâles plus larges et moins nombreuses. On n'en compte, au-dessous de la ligne lalérale, que quinze ou seize, dans un espace 011 le boscien en a vingt ou vingt- deux. Le ruban argenté sous l'œil se montre plus ou moins, selon la conservation des individus; mais dans le frais il doit être très-apparent. D. 10/15 ou 11/14 5 A. 3/13, etc. 268 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. Nos individus sont longs de quatre pouces et demi à cinq pouces. Ils ont été pris près de Boni, petite île voisine de la Terre des Papous. MM. Ruhl et Van Hasselt en ont envoyé de semblables de Batavia au Musée royal des Pays-Bas. Nous avons eu les viscères bien entiers de ce piméleptère. Le foie est composé de deux lobes trièdres , égaux , terminés en pointe assez aiguë. Entre les deux lobes se trouve placé l'estomac, qui est assez grand , arrondi en arrière , à peu près de la forme d'une cornue. L'œsophage, qui est long et étroit, s'ouvre sur la face supérieure, assez près de la partie postérieure de l'estomac ; la terminaison de la branche montante est située dans la fourche de l'estomac. Le nombre des cœcums qui entourent le pylore nous a paru de cinq ou six. L'intestin est très-long , et d un diamètre très-inégal. Il fait un grand nombre de replis. Le duodénum se porte en droite ligne jusqu'à l'arrière de l'abdomen ; il se plie et descend subitement vers la partie inférieure. Il remonte et redescend bientôt dans une direction parallèle à la première , passe dans l'hypocondre droit, et remonte vers le diaphragme, se replie et descend jusqu'au fond de l'abdomen, remonte en- suite , passe sur le foie , y fait un repli court , et en s'appuyant toujours sur le foie, passe dans l'hypo- condre gauche. Dans ce pli sur le foie son diamètre a tout au plus une demi-ligne de largeur ; l'intestin CHAP. VIII. PIMÉLEPTÈRES. 269 se renfle alors beaucoup, et arrivé à la hauteur du pylore, il offre un second étranglement; puis, s'élar- gissant de nouveau, et se coudant un peu, il se rend auprès de l'anus, où il éprouve un nouvel étranglement avant de déboucher. La vessie aérienne est grande, à parois très-minces et argentées : elle est fourchue en arrière, et se porte assez loin dans l'épais- seur de la queue. Autant que nous avons pu en juger sur des individus dont les intestins étaient en mau- vais état, les autres piméleptères offrent à peu près la même splanchnologie. Nous n'avons trouvé dans leur estomac que des débris de crustacés. Le PlMÉLEPTÈRE LEMBO. (Pimelepterus lembus , nob. ) MM. Quoy et Gaimard, dans leur deuxième voyage avec M. Durville, ont pris à Vanicolo un piméleptère qui a les mêmes nombres que le marciac , mais dont la tête est plus petite, le museau un peu moins obtus, et les écailles plus grandes. On n'en compte que cinquante-huit sur la longueur; dans le marciac il y en a plus de soixante-dix. Ses raies sont aussi moins nombreuses ; il n'en a au-dessous de la ligne latérale que onze, et le marciac en a seize. Les lobes de sa caudale sont plus pointus, ce qui la fait paraître plus échancrée. 270 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. Le fond de sa couleur dans le frais est plombé, et ses raies sont rousses ; à la tête on en voit une très-marquée, qui va de l'angle de la bouche au préopercule; mais la ligne argentée sous l'œil y est plus effacée. Dans la liqueur tout devient gris et brun. Lindividu est long de dix pouces. Les indigènes de Vanicolo appellent ce poisson lembo. Le PlMÉLEPTÈRE INDIEN. {Pimelepterus indicus , K. et V. H.) Un septième pimèleptère, envoyé par MM. Kuhl et Van Hasselt, et auquel ils ont donné le nom peut-être trop particulier d'indien, offre une couleur grise sur le dos ; jaunâtre à reflets d'or et d'argent sur les flancs et sur le ventre; il a de chaque côté vingt à vingt -deux lignes jaune d'or. Sa hauteur est plus de deux fois et demie dans la longueur totale, qui est de cinq pouces et demi. D. 11/10; A. 3/10; C. 18; P. 18; V. l/ô. Le PlMÉLEPTÈRE A HALTES NAGEOIRES. {Pimelepterus altipinnis 3 nob.) Enfin, MM. Quoy et Gaimard ont trouvé à la Nouvelle -Guinée un pimèleptère remar- quable CH.AP. VIII. PIMÉLEPTÈRES. 271 par la hauteur relative de la partie molle de sa dorsale, qui s'élève plus que la partie épineuse. L'a- nale a une hauteur correspondante , ce qui la fait paraître plus courte a l'œil, quoiqu'elle occupe à peu près le même espace. Du reste, ce poisson res- semble beaucoup au précédent. D. 11/12; A. 3/11, etc. Dans la liqueur il paraît argenté, avec quinze ou seize lignes grises au-dessous de la ligne latérale, et dix ou onze au-dessus, le ruban argenté du dessous de l'œil est très-prononcé. L'individu est long de six pouces ; mais l'espèce devient beaucoup plus grande. M. Dussumier vient de nous rapporter de Bourbon un individu long d'un pied, qui ne diffère en aucuns points de celui de la Nou- velle-Guinée, et il nous assure en avoir vu de la longueur du bras. Dans le frais les écailles étaient argentées , bordées de vert assez foncé; le dessus de la tête jusqu'à la dorsale, les lèvres et les pectorales verdàtres ; les ventrales vert très-foncé. Ces couleurs se sont chan- gées en violet dans la liqueur. Le bord des écailles a noirci , et comme leur milieu est resté argenté , les côtés paraissent maintenant rayés par des lignes grises, telles que nous venons de l^s décrire d'après l'indi- vidu de MM. Quoy et Gaimard. Nous avons pu faire l'anatomie de cet individu. Son foie est très-petit, réduit à un seul lobe, placé 272 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. en travers sous l'œsophage. Il y a une très-petite vé- sicule du fiel, suspendue à un long canal cholédoque capillaire. Les parois du canal intestinal sont d'une minceur extrême. L'estomac est grand, arrondi à son extrémité. La branche montante a aussi un grand diamètre. Le pylore est entouré d'une masse d'appendices ccecales courtes et fines, comme des cheveux réunis en paquets. L'intestin est très-long; il se replie sur lui-même neuf à dix fois. Le rectum a un diamètre triple de celui de l'intestin grêle; mais il se rétrécit un peu avant de déboucher à l'anus. La rate est petite, globuleuse, et cachée entre les replis de l'intestin. La vessie aérienne est assez grande : elle donne en avant deux petites cornes arrondies, qui se prolon- gent jusque sous le crâne, mais sans communiquer avec son intérieur; elle en donne deux autres en ar- rière, assez longues, qui pénètrent dans l'épaisseur des muscles de la queue, le long des interépineux de l'anale. Les reins sont réunis en une seule masse, élargie antérieurement , et divisée en lobules , qui pénètrent entre les cornes antérieures de la vessie aérienne et se contournent sur elle : ils communi- quent en arrière par deux longs uretères dans une petite vessie urinaire globuleuse, placée au-dessus du rectum. L'uretère passe entre la fourche de la vessie aérienne. L'estomac était rempli de fucus. CHÀP. VIII. PÏMÉLEPTÈRES. 275 Cette espèce , connue à Bourbon sous le nom de poisson-laye , y est abondante, re- cherchée par la délicatesse de sa chair. Le PlMÉLEPTÈRE DE DUSSUMIER. (Pimelepterus Dussumieri , nob.) Le même voyageur a rapporté un pimélep- tère dont les nageoires ont des proportions analogues , mais qui offre aussi quelques lé- gères différences. Il a le corps un peu plus oblong, le museau un peu plus court, le maxillaire caché davantage par le sous-orbitaire, le front moins bombé entre les yeux, et la bosse placée plus bas, plus près de la lèvre su- périeure ; la dorsale et l'anale un peu moins élevées. Les nombres sont les mêmes, D. H/12; A. S/li, etc. Le corps était argenté et rayé par treize ou qua- torze lignes longitudinales violet foncé, tirant sur le brun; le dessous de la gorge et du ventre blanc : les nageoires sont brunes. Dans la liqueur il paraît gris jaunâtre, rayé de brun noirâtre. Le trait argenté sous l'œil est très-fortement marqué. Cet individu a été pris dans le golfe du Bengale, le long d'un morceau de bois flot- tant. M. Dussumier croit que ces animaux suivent ainsi les corps flottans pour se nourrir des anatifes ou des annelides qui s'y fixent. n. 18 274 LIVRÉ VII. SOUAMMIPENNES. Le PlMÉLEPTÈRE DE RAYNAUD. (Pimelepterus Rajnaldi , nob.) M. Raynaud a pris au détroit de la Sonde un troisième de ces piméleptères à hautes na- geoires. Il a le corps un peu plus court, le dos plus arqué, le front à peine bombé; les derniers rayons mous de l'anale un peu plus hauts, ce qui rend la nageoire plus carrée ; les lignes brunes des côtés plus nom- breuses et plus marquées, surtout vers le ventre. Il n'y a pas de trait argenté sous l'œil ; c'est tout au plus si on y aperçoit une petite tache blanchâtre. Une ligure , faite d'après le frais , le représente d'une teinte très-foncée, avec des lignes pourpres. Cet individu a été péché le long du bord , ce qui a fait penser que l'espèce ressemble par ses habitudes à celle de la Caroline. DES DIPTÉRODONS. Sous ce nom, assez mal fait, M. de Lacépède avait entendu réunir des poissons qui auraient eu, avec des dents grosses comme celles qu'il attribuait à tous ses spares, deux dorsales dis- tinctes; mais, en fait, cette définition ne con- vient à aucune des espèces qu'il range dans ce CHAP. VIII. DIPTÉRODONS. 276 genre. Son diptérodon Plumier est un méso- prion mutilé ; ses diptérodons noté et hexa- canthe sont des apogons; ses diptérodons apron et zingel forment aujourd'hui notre genre apron; enfin, son diptérodon queue- jaune résulte d'une confusion de son léios- tome queue- jaune , qui est aussi le nôtre 1 , avec sa sciene croker ou notre micropogori ondulé. 2 En revanche, cette définition aurait très- bien convenu au poisson qui fait l'objet du. présent article, et dont M. de Lacépède n'a point parlé, quoiqu'il y en ait eu de son temps un échantillon au Cabinet du Pioi; car il a des dents incisives tranchantes, presque sembla- bles à celles des sargues, et deux dorsales bien distinctes ou au moins séparées par une échan- crure profonde. En même temps ce poisson tient aux squammipennes par l'enveloppe épaisse de petites écailles qui revêt sa dor- sale et son anale. Nous ne connaissons dans ce genre qu'une seule espèce. Elle habite au cap de Bonne-Espérance. 1. Vojez notre tome V, p. i4^. — 2. Ibid., p. 219, 276 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. Le Diptérodon du Cap. {Dipterodon cap en sis , nob.) Il y avait depuis long-temps, comme nous venons de le dire, un individu de cette espèce au Cabinet du Roi, que nous soupçonnons y avoir été envoyé par Commerson , mais qui ne portait aucune note sur son origine. Plus récemment feu M. Delalande en a rapporté en assez grand nombre du cap de Bonne-Espé- rance, ce qui nous a fait connaître sans équi- voque son lieu natal. Son corps est ovale comme celui des pimélep- tères , mais moins comprimé et un peu plus alongé de la partie de la queue. Son profil descend de même par une courbe continue à celle du dos, et qui se renfle un peu entre les yeux et dans les deux sens. Sa hauteur est un peu plus de trois fois dans sa longueur, et son épaisseur fait près de moitié de sa hauteur. La longueur de sa tête est un peu plus du cinquième de celle du corps; et sa hauteur à la nuque est supérieure de quelque chose à sa longueur. La nuque est un peu tranchante; mais le front s'arrondit transversalement et s'élargit jusqu'à la proéminence d'entre les yeux. L'œil est au-dessus du milieu, et un peu plus près du bout du museau que de la fente des ouïes. Son diamètre n'est que du quart de la longueur de la tête; d'un œil à l'autre il v îr en ligne droite près de deux diamètres. Les deux CHAP. VIII. DIPTÉRODONS. 277 orifices de la narine sont l'un devant l'autre près du bord antérieur et supérieur de l'oeil, sous l'espèce de proéminence du front. L'antérieur est un peu plus grand et un peu plus Las ; tous deux sont ovales. Le museau fait au-dessous du front une lé- gère concavité, et se termine par la bouche, dont la fente ne prend pas moitié de l'intervalle qu'il y a jusqu'à l'œil. Le maxillaire, élargi et tronqué en arrière, ne dépasse pas la commissure, et ne rentre pas sous le sous-orbitaire. H y a des lèvres mem- braneuses, mais qui ne couvrent pas les dents. Les dents de la rangée externe sont grandes, terminées en tranchant, comme celles des sargues, taillées obli- quement en biseau , et non pas coudées comme celles des piméleptères. La mâchoire supérieure en a seize et l'inférieure dix; les mitoyennes sont les plus longues , et elles se raccourcissent sur les côtés. A la mâchoire supérieure il s'en trouve derrière les grandes de petites et courtes, formant une espèce de velours, mais peu dense et à soies un peu grosses. Le vomer et les palatins sont lisses; mais les pha- ryngiens inférieurs ont des dents en gros pavés mousses, comme on en voit dans les labres et dans les sciènes; les supérieurs en ont d'un peu plus pe- tites. Les sous-orbitaires sont peu développés, et ca- chés sous la peau. Le préopercule est rectangulaire, strié et même finement dentelé près de son angle, qui est un peu arrondi. L'opercule prend un tiers de la longueur de la tête. Sa hauteur est d'un tiers supé- rieure à sa longueur ; il se termine en angle très- obtus. Les ouïes s'ouvrent jusques au-dessous des 278 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. yeux, où leurs membranes s'unissent et embrassent l'isthme. Je n'ai pu y compter que six rayons. Au- dessous de l'orifice des ouïes est une écaille sur- scapulaire, grande, ovale, un peu rugueuse et très- fineinent dentelée au bord. Les autres os de l'épaule n'ont rien de particulier. La pectorale s'attache au- dessous du milieu de la hauteur; elle est ovale et du sixième de la longueur. Ses rayons sont au nom- bre de dix-sept : le premier est simple et de moitié moins long que les suivans; le quatrième et le cin- quième sont les plus longs- les deux derniers sont fort petits. Les ventrales sortent sous le milieu de la longueur des pectorales, et, étant aussi longues quelles, les dépassent de moitié; leur épine est assez forte et a moitié de la longueur du premier et du second rayon , qui sont les plus longs. La première dorsale commence vis-à-vis du milieu des pectorales; elle a "neuf rayons épineux, compri- més et forts, mais courts; le troisième et le qua- trième, qui sont les plus longs, n'ont pas le quart de la hauteur du corps sous eux; les septième, huitième et neuvième sont presque cachés dans les écailles. Il y en a un dixième dans le bord de la deuxième dorsale. Celle-ci , contiguë à la première, se relève tout d'un coup, et ses premiers rayons mous ont un tiers de plus que les plus hauts de la première. Ils s'abaissent ensuite par une courbe concave. Leur nombre est de dix-sept ou dix-huit. L'anale répond à cette deuxième dorsale. Ses trois épines sont fortes et courtes. Son premier rayon mou CHAP. VIII. DIPTÉRODONS. 279 est autant et plus long que celui de la deuxième dor- sale, et elle en a treize ou quatorze. La portion nue de la queue derrière ces deux na- geoires est d'un peu moins du septième de la lon- gueur totale, et d'un tiers moins haute que longue. La caudale, légèrement taillée en croissant, est cinq fois et demie dans la longueur du poisson. Elle a dix-sept rayons. L'anale, la seconde dorsale et une grande partie de la caudale sont épaisses et couvertes de petites écailles. Toutes les parties de la tête sont aussi écail- leuses, excepté le dessus du museau, les mâchoires et les lèvres ; la membrane branchiostège même l'est en dessous entre les interopercules. Les écailles du corps sont de grandeur médiocre (environ soixante-quinze de l'ouïe à la caudale); celles du dos et du ventre sont beaucoup plus pe- tites que celles des flancs. Leur forme est un peu plus longue que large, arrondie au bord externe, qui est très-finement cilié ; leur partie visible paraît lisse ; le bord radical est un peu concave , et ses crénelures se marquent à peine. L'éventail a douze ou quinze rayons aussi peu marqués , et en partie non ter- minés. N'ayant vu ce poisson que desséché ou dans la liqueur, nous ne pouvons en indiquer les couleurs avec certitude. Il paraît brun ou brun roussâtre, et sur chaque écaille on voit un trait vertical blanchâtre. Le dos est plus uniformément brun, et l'abdomen blanchâtre. Les nageoires verticales ont un bord plus pâle que le fond. 280 LIVRE VIT. SQUAMMÏPENNES. L'espèce devient assez grande. Nous en avons des individus de quinze pouces. Nous n'avons pu disséquer qu'un seul diptéro- don, dont les viscères étaient en mauvais état; aussi notre description n'en sera-t-elle pas très-complète, L'extrémité de la branche montante de l'estomac était déchirée, et nous n'avons pas pu voir si ce pois- son a des cœcums. Ce viscère est d'ailleurs assez grand, en sac arrondi, dont les parois sont minces. Le canal intestinal est long, et se replie deux fois. Le recium est plus gros que les intestins grêles; il a des parois épaisses et charnues, et sa veloutée est hérissée de papilles nombreuses et très-iînes. Le foie se compose de deux lobes longs et pointus. La vésicule du fiel est très -grande. La vessie aérienne est simple et grande. Le squelette a les crêtes du crâne disposées par étages: la mitoyenne très- élevée, les externes très- basses, les intermédiaires tenant le milieu pour la hauteur. Ses vertèbres sont au nombre de vingt- cinq, dont dix abdominales et quinze caudales. Ses interépineux , surtout les antérieurs du dos et en- core plus le premier de l'anale, ont des crêtes laté- rales fortes; il n'y a d'ailleurs rien de bien remar- quable dans les os des membres. CHAP. IX. CASTAGNOLES. 281 TROISIÈME TRIBU. DES SQUAMMIPENNES A DENTS EN VELOURS OU EN CARDES AUX MACHOIRES ET AU PALAIS- CHAPITRE IX. Des Castagnoles (Brama, Bl. Schn.), et en particulier de l'espèce de la Méditerranée. La castagnole fournit une preuve des plus frappantes de l'état d'imperfection où nous avons trouvé l'ichtyologie. C'est un poisson de grande taille , d'une forme remarquable, très-commun dans la Mé- diterranée, renommé pour son goût exquis, et cependant les naturalistes semblent ne l'avoir connu que par hasard. Il n'en est point ques- tion dans les ichtyologistes du seizième siècle. Ni Artedi, ni Linnseus, ni même Gmelin ne l'ont introduit dans leur catalogue. Duhamel 1 et Bloch (pi. 273), à la vérité, l'ont représenté; mais le premier se borne à dire qu'il l'a rapporté de Provence 2 , et le second a eu si peu d'égard 1. Pêches, part. 2, sect. 4> pL 5, fig. 1. 2. Jbid. , sect. 4> chap. 2, p. 26. 282 LIVRE VII. SQUAMMÏPENNES. à cette assertion, que, ne fondant l'histoire de l'espèce que sur celle d'un individu égaré dans la mer d'Angleterre, et échoué par hasard en 1681 sur les côtes du Yorkshire, il suppose qu'elle naît dans le fond du Nord \ M. de Lacépède lui-même, qui pouvait à chaque ins- tant consulter Duhamel, se borne à nous dire que c'est dans l'Océan que la castagnole a été observée. 2 Ces deux écrivains ne sont pas plus heureux dans la classification de ce poisson que dans son histoire; ils en font un spare, quoiqu'il ne présente aucun des caractères de ce genre, et qu'il en ait plusieurs qui lui sont propres. Plus tard Bioch l'associe tout aussi malheureusement à son brama atropus, poisson évidemment de la famille des vomers, ainsi que son éditeur Schneider le fait très-bien observer 3 . Aussi M. Rafinesque, trouvant la castagnole sur les côtes de Sicile, n'a-t-il point été tenté de la chercher dans les genres où on l'avait mise, ni de la reconnaître dans les histoires tronquées que l'on en avait données, et la jugeant nou- velle, il en a fait un genre particulier, sous le nom de lepodus , appelant l'espèce lepodus 1. Bloch, part. 8, p. 76, et Syst. posth., p. 100. Habitat in mari septentrionali. — 2. Lacépède, t. IV, p. m. — 3. BJoch, Syst. posth., p. 98. CHAP. IX. CASTAGNOLES. 285 saragus 1 . C'est du moins ce qui me paraît résulter des caractères qu'il assigne à son lepo- duSy car, sans figures, sans description détaillée et sans synonymie, il est bien difficile d'obtenir sur un pareil sujet une certitude complète. Sbaw va jusqu'à en faire deux espèces (spa- ms Rayi* d'après Bloch, et sparus castaneo- la 3 d'après M. de Lacépède), ne voyant pas que M. de Lacépède n'a tiré son article que de Bloch; mais il les fait l'une et l'autre de la Méditerranée, sans dire sur quelle autorité. Cet individu de 1681, qui a causé en par- tie cette confusion , est mentionné par Ray dans son Synopsis (p. 11 5), sous le nom de brama marina caada forcipata. Il avait été jeté, le 18 Septembre, par les vagues dans un marais, dit de Middelbourg, près de l'embou- chure de la Tees, rivière qui sépare le comté d'York de celui de Durham, et il avait été abandonné lors du reflux. Un docteur John- son , habitant de ce canton , le recueillit. Ray en a inséré une figure fort mauvaise, mais la première que l'on ait de l'espèce, dans l'Ichtyologie de Willughby (pi. 5, fig. 12), sans en rien dire dans le texte. Pennant, en 1. Rafinesque, Caratteri di alcuni nuovi generl , etc., p. 53 et 54 5 n.° 1 44- Idem, Indice, p. 21, n.° 100. — 2. Shaw, Gêner. Zool., t. IV, part. 2, p. 4o4- — 3. Idem, ibid., p. 4 2 4- 284 LIVRE VII. SQUAftftlIPENNES. 1769, dans la première édition de sa Zoolo- gie britannique (p. 200) n'en parla que d'après Ray. 11 l'appelait alors petit pagel 1 ; mais dans la seconde édition, en 1776, sans rien chan- ger à son texte, il le nomma dorade dentée*, et y ajouta une assez bonne figure (pi. 4^)? prise de je ne sais quel original. M. Turion, dans sa Faune britannique (p. 98), nomme l'espèce spanis niger, et en décrit fort exac- tement un individu pris en Novembre 1806 dans la baie de Swansea, à l'entrée du canal de Bristol. Il parait que c'est aussi une casta- gnole que M. Couch 3 indique comme ayant été prise sur la côte de Cornouailles , mais dont il fait un chétodon. La description et la figure de Duhamel, faites d'après un individu apporté de Pro- vence, parurent en 1777? ce qui n'empêcha pas Bonnaterre en 1788 de suivre uniquement Penriant, qu'il ne suit pas même avec fidélité; car il prend ce poisson pour le spams brama, et en réduit la taille de vingt-six pouces à six pouces 4 . Ainsi pour lui c'est un poisson des mers d'Angleterre, et un petit poisson. 1. Lesser-sea-bream , et son sca-bream est le pagel. 2. Toothef-gilt-head. 3. Transactions de la Soc. linn., t. XIV, i. re part., p. 78. 4. Encyclop. méthod., planch. d'ichtyol., p. io4, %• 192. CHAP. IX. CASTAGNOLES. 285 Bloch n'a traité ce sujet qu'en 1797. Sa figure est généralement bonne ; mais il ne nous dit pas d'où il l'a tirée , et quant à son histoire, il s'en tient, comme nous l'avons dit, à celle de l'individu égaré en Yorkshire. Je ne voudrais pas même assurer que cas- tagnole fût le véritable nom de ce poisson. Duhamel, le premier qui le lui ait attribué, l'a fait sur une assertion, à ce qu'il parait, assez légère, et c'est, à ce que je crois, d'après lui que les écrivains plus récens l'ont répété. Ce qui est certain, c'est que ce poisson est naturel de la Méditerranée; qu'il y est très- abondant sur certaines côtes; qu'il y parvient à une taille considérable, et qu'on l'y recherche beaucoup et l'y paie fort cher. J'en ai vu en grand nombre sur le marché de Gènes , en Novembre 1809. On l'y nomme rondanin 1 et non pas castagnole. M. Risso seul l'appelle tantôt castagnollo % tantôt castagnolla et grossa 3 , mais ne nous dit pas lequel de ces noms est celui des pécheurs. Le vrai casta- gnau, nommé ainsi à cause de sa couleur marron, est notre chromis castaneus ou le spams chromis de Linnaeus. 1. Viviani, Annales du Muséum, t. VIII, p. 370. Il j a une faute d'impression : sparus vieil pour sparus Rayi. 2. Première édition, p. 248. — 3. Deuxième édition, p. 433. 286 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. Dans un recueil de gravures de poissons faites en Espagne, et que nous avons déjà cité plusieurs fois, la castagnole est représentée sous le nom de palometa. A l'extérieur c'est de la coryphène que la castagnole semble se rapprocher le plus : on dirait que c'est en quelque sorte une cory- phène raccourcie et à dorsale plus reculée; mais ses écailles sont beaucoup plus grandes et d'une tout autre forme, et ses intestins sont fort différens. La forme générale est haute, comprimée, alongée de l'arrière, et remarquable par un profil qui tombe en demi-cercle, et par une bouche qui descend rapi- dement en arrière. Sa plus grande hauteur (au droit des pectorales) est trois fois dans sa longueur totale, dont une caudale à longues fourches pointues prend à peu près le quart. Sa longueur de la tête est d'un cinquième du total, et elle a près d un cinquième de plus en hauteur qu'en longueur. L'épaisseur du corps est du quart de sa hauteur. La ligne du profil, arrivée par une lente descente jusqu'au crâne, se courbe su- bitement en quart de cercle ; et la bouche est fendue obliquement vers le bas de cette courbe, en sorte que le bout de la mâchoire inférieure continue cette ligne du profil. La gorge et la poitrine font une courbe un peu moins convexe en avant que celle de la tête; la rencontre des deux est au bas de la symphyse. L'œil occupe le quart antérieur de la lon- gueur de la tête, et à peu près le milieu de sa hau- CHAP. IX. CASTAGNOLES. 287 leur. L'orifice postérieur de la narine est une fente verticale près du milieu du bord antérieur de l'œil; l'autre est ovale, un peu plus élevé et à peu près à égale distance entre l'œil et le bout du museau. La fente de la bouche est une courbe convexe vers le haut, qui descend rapidement en arrière jusque sous le bord antérieur de l'œil. La mâchoire supérieure a à l'extérieur un rang de dents grêles et pointues, et plus en arrière, une bande étroite en velours ou un peu en cardes; linférieure a deux rangs de dents pareilles, entre lesquelles il y en a une bande étroite de plus petites. Celles du rang intérieur sont re- courbées en dedans et plus fortes que les autres; il y en a surtout deux ou quatre vers le devant qui peuvent passer pour de véritables canines. Chaque palatin en a une petite bande étroite, en cardes, mais il n'y en a point au vomer. La langue n'en a non plus aucunes : elle est lisse, charnue, obtuse et fort libre. Lintermaxillaire est mince; le maxillaire à moitié découvert, élargi et à troncature postérieure un peu arrondie. Le sous-orbitaire est étroit, sans dentelure, et ne se laisse pas apercevoir au-delà du milieu du dessous de l'œil. Le préopercule a son limbe aplati; son bord mince, sans dentelure; son angle arrondi. Les bords de l'opercule et des deux autres pièces operculaires sont aussi minces et entiers. L'oper- cule se termine par un angle obtus et même tron- qué. Les ouïes sont fendues jusque sous le milieu de la mâchoire inférieure, où leurs membranes se réunissent sous l'isthme, et où la peau du dessous 288 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. de la mâchoire enveloppe leur extrémité d'un petit repli. Elles ont chacune sept rayons. L'opercule ne porte pas de demi-branchie. Il n'y a pas d'armure particulière à l'épaule. La pectorale, attachée à peu près au tiers de la hauteur, est pointue et du quart de la longueur totale. Elle a dix-neuf rayons : le premier du quart, le second des deux tiers de sa longueur; tous les deux simples; tous les autres branchus, le sixième et le septième les plus longs, les derniers très-courts. Les ventrales, atta- chées sous les pectorales, sont quatre fois plus courtes et n'ont qu'une épine faible, de moitié moindre que les ravons mous. Sur leur base au bord externe est une grande lame triangulaire écailleuse, et au bord interne ou en dessous une autre plus petite. La dorsale commence vis-à-vis le milieu des ven- trales, et occupe le long du dos un espace qui fait près de moitié de la longueur totale. Trois épines croissant graduellement se cachent dans son bord antérieur. Son second et son troisième rayon mou sont les plus élevés , et ont à peu près le tiers de la hauteur du corps; ils décroissent ensuite jusqu'au neuvième , passé lequel ils demeurent à peu près tous au tiers de la hauteur du deuxième et du troi- sième; les derniers se ralongent un peu. Il y en a en tout trente-deux ou trenle-trois. L'anale commence un peu plus en arrière que la dorsale, et lui ressemble pour la forme; seulement sa pointe est un peu moins saillante. Elle a deux épines et vingl-sept ou vingt-huit rayons mous. Le bout de queue entre ces deux nageoires et la CHAP. IX, CASTAGNOLES. 289 caudale est du dixième de la longueur tolale, et a moitié de sa longueur en hauteur et le quart en épaisseur. La caudale se divise en deux longues bran- ches pointues, et ses rayons du milieu n'ont que le quart de la longueur des extrêmes. Les rayons dé- croissans de ses bords sont longs et vigoureux; il y en a cinq dessus et quatre dessous, outre les dix- sept ordinaires. Ces trois nageoires verticales sont écailleuses sur presque toute leur surface. Les écailles du corps sont d'une forme très-singu- lière. En place, et se recouvrant les unes les autres, elles paraissent simplement en demi-ellipses plus hautes que longues, très-finement striées ou veinées en rayons sur leurs disques, et minces, mais entières, à leurs bords; mais lorsqu'on les détache on voit que leur base est plus épaisse , et que l'angle supé- rieur et l'inférieur se prolongent chacun en pointe, de manière que l'écaillé entière représente un stylet vertical qui porterait à son milieu une lame mince en demi-ellipse, deux ou trois fois plus haute que longue. En y comprenant les deux pointes, la hau- teur de l'écaillé dans le sens vertical est cinq ou six fois plus considérable que sa dimension dans le sens longitudinal. Ces proportions sont surtout celles des écailles des flancs; vers le dos elles ont un stylet moins haut, et le disque y est aussi haut que lui, d'un tiers seulement moins long et trilobé; entre ces deux formes extrêmes il y en a d'intermédiaires. On compte soixante-douze de ces écailles sur une ligne longitudinale , non compris les petites de la 7. 19 290 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. caudale, et de trente à trente-cinq sur une ligne ver- ticale au milieu du corps. La ligne latérale se marque à peine par un point légèrement creux sur chacune des écailles qui lui appartiennent j elle marche à peu près parallèlement au dos, occupant sur le devant le quart supérieur de la hauteur. Tout ce poisson est d'une belle couleur d'étain ou d'argent un peu obscur; vers le dos il est légè- rement teint de brun. Le fond de la couleur des nageoires verticales est brun , et paraît un peu vers leurs bords au travers des écailles argentées ; l'anale surtout a son bord un peu noirâtre. Les pectorales et les ventrales sont jaunâtres et sans écailles. La castagnole atteint une taille de vingt - six pouces, et quelquefois de trente. Elle pèse alors dix à douze livres. La castagnole a le foie divisé en deux lobes alon- sés ; la vésicule du fiel adhère à celui du côté droit, qu'elle surpasse encore en longueur. Son es- tomac est un gros sac obtus , à parois très-épaisses , sillonné à l'intérieur par de grosses rides longitu- dinales et rameuses ; le pylore est près du cardia. Il a cinq appendices cœcales, dont trois de moitié plus courtes que l'estomac et deux du double plus lon- gues et grosses à proportion ; leur intérieur est divisé en mailles par des lames saillantes, comme dans la plupart des poissons. Le canal intestinal ne fait que deux replis ; il est mince et à parois assez solides ; son diamètre est un peu plus considérable dans une partie de son premier et de son dernier tiers que dans son milieu. A l'intérieur il a des pa- CHAP. IX. CASTAGNOLES. 291 pilles coniques ou sétacées, serrées, assez longues; mais je n'y ai pas vu de valvules. Les ovaires sont réunis en une seule masse ovale. Je n'ai point trouvé de vessie natatoire. C'est surtout par le squelette 1 de la tête que la castagnole ressemble à la coryphène; et qui verrait leurs têtes osseuses séparées du reste du squelette, aurait peine à les distinguer, tant leurs crêtes mitoyennes surtout offrent d'identité de coupe et d'élévation. Les dents vomériennes et linguales de la coryphène ser- viraient cependant sur-le-champ à cette dis- tinction à celui qui aurait la présence d'esprit d'y regarder. Il y a bien aussi quelques autres différences de détail dans la configuration des os, mais peu considérables. L'épaule en offre une plus grande. Ses os sont bien plus larges dans la castagnole, qui avait une bien plus grande pectorale à mouvoir; le cubital surtout est presque carré, et n'a qu'une petite échancrure vers l'huméral; le radial a un trou rond au milieu. La portion supérieure des coracoïdiens est large et plate, mais l'inférieure est grêle. La partie postérieure du bassin est courte, un peu large et creuse en dessous, et se prolonge entre 1. M. Rosenthal donne une figure fort bien faite du squelette de la castagnole dans ses Planches ichtjotoiniques , 5 e cahier, pi. 12, fig. I. 292 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. les ventrales en une petite apophyse fourchue; mais en avant chacun de ses os donne une apophyse grêle, qui se glisse entre les bords inférieurs des cubitaux jusqu'aux numéraux. Le corps de l'hyoïde est haut et comprimé. L'épine a quarante et une vertèbres, dont les apo- physes épineuses, tant les supérieures, que les infé- rieures de la queue, sont longues et grêles. Dans l'abdomen, c'est à la huitième vertèbre qu'il com- mence à y avoir un anneau en dessous; dans les sui- vantes ces anneaux se prolongent en apophyses, et c'est toujours à la pointe de l'apophyse que s'atta- chent les côtes; il y en a quatorze paires, toutes me- nues et flexibles; elles n'embrassent que moitié de la hauteur de l'abdomen. Chaque côte a à sa base un appendice de même ténuité. Les quatre vertèbres qui suivent la quatorzième, prolongent leurs apophyses inférieures et les réunissent vers le bas, pour porter les sept ou huit premiers interépineux de l'anale; ensuite il y a alternativement un interépineux vis- à-vis l'intervalle de deux apophyses épineuses , et c'est à peu près aussi l'ordre qui règne le long du dos 1 ; en avant de la dorsale sont sept interépineux sans rayons. L'espèce de castagnole connue jusqu'à ce jour nous paraît essentiellement propre à la Méditerranée. Ce n'est que par accident qu'il 1. La coryphène, qui n'a que trente-trois vertèbres, a généra- lement deux interépineux et deux rayons pour chaque apophyse épineuse. CHAP. IX. CASTAGNOLES. 293 s'en est trouvé quelquefois sur nos côtes de l'Océan. Outre celles de Ray et de M. Turton, dont nous avons déjà parlé, nous apprenons par M. Le Sauvage qu'il en a été péché une à Caen Tannée dernière (1828); mais elle n'y fut reconnue par aucun pêcheur. Nous n'a- vons jamais appris que cette espèce ait été vue ni dans les mers des zones chaudes, ni même près des côtes des Etats-Unis. M. Risso nous dit qu'elle séjourne en petites troupes dans les grandes profondeurs; que l'on en prend toute l'année à la palangre. C'est en hiver qu'elle parait plus pleine et plus sa- voureuse. Elle fraie en été, et dans cette saison elle est tourmentée par des vers intestinaux qui la font maigrir. M. Rudolphi indique en effet six espèces de ces vers comme vivant dans la chair ou dans les intestins de ce poisson 1 ; et nous- mêmes nous avons trouvé en quantité dans sa chair le monostoma jilicolle de ce savant helmin th ologiste. 1. Echinorhynchus vasculosus , dans l'abdomen et les intestins; monostoma Jilicolle , dans la chair entre les interépineux; scolex polymorphus , dans les intestins; gymnorhynchus reptans , dans la chair; tetrarhynchus discophorus , sur les branchies; anthocephalus gracllis, dans le péritoine. 294 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. Au moment de clore cet article , nous apprenons que la mer des Indes a aussi des castagnoles. M. Dussumier en a découvert deux espèces différentes dans lestomac d'un grand germon, pris sous l'équateur, par 85° de longitude à l'orient de Paris, et qu'il a eu soin d'ouvrir, comme il a fait pour tous les grands poissons qu'il a pris. C'est une précau- tion que l'on ne peut trop recommander aux voyageurs, et qui procure souvent des espèces rares et curieuses. La Castagnole de Dussumier {Brama Dussumieri, nob.) a les dents, les nageoires, les écailles, la bou- che, tous les caractères génériques, enfin, de la castagnole d'Europe ; mais sa circonscrip- tion verticale est toute différente. Sa plus grande hauteur est au milieu du tronc, et contenue deux fois dans sa longueur, la caudale non comprise. Son profil descend par une courbe uniforme et oblique depuis la dorsale jusqu'à la bouche, et n'a rien de cette convexité qui donne une physionomie particulière à la castagnole ordi- naire , d'où il résulte que son œil , au lieu de se trouver au milieu de la hauteur de la tête, est tout entier au-dessus du milieu et près de la ligne du front. La courbe du ventre est semblable à celle du CHAP. IX. CASTAGNOLES. 295 dos. Les fourches de la caudale sont fort longues, mais mal conservées dans l'individu, qui n'est long que de quatre pouces , sur quoi la caudale en prend un et un quart. Il est entièrement argenté. D. 3/29; A. 3/21 ; C. 17; P. 19; V. 1/5. Ses canines d'en bas sont longues. La Castagnole du Germon. {Brama orcini, nob.) L'autre espèce a de même le profil descendant obliquement et sans grande convexité, et l'œil au- dessus du milieu; mais la courbe de son ventre est plus convexe que celle de son dos, et sa partie la plus saillante est plus en avant, ce qui donne à l'ensemble une obliquité particulière. Sa hauteur n'est qu'une fois et demie dans sa longueur, non compris la caudale, qui paraît avoir été beaucoup moins alon- gée que dans l'espèce précédente; mais son anale a plus d'étendue. Ses nombres sont : D. 3/27 ; A. 3/24 , etc. Ce poisson est long de deux pouces , et entière- ment argenté. 296 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. CHAPITRE X. Des P emphér ides [Pemplieris, nob.). On a découvert dans l'océan Pacifique des poissons qui, au premier coup d'ceil, ressem- blent assez aux kurtes, parce que leur dorsale et leur anale sont à peu près dans les mêmes positions et dans les mêmes proportions, mais en diffèrent beaucoup par la grandeur et la force des écailles dont ils sont recouverts et qui s'étendent sur presque toute leur anale. Ils n'ont pas d'ailleurs la même forme de tête, ni surtout la disposition extraordinaire des côtes que nous ferons connaître dans les kurtes. Leur grand œil, leur double vessie natatoire, la forme de leur tête, semblent leur donner quelques rapports avec les myripristis; mais ils s'en éloignent beaucoup par leurs ventrales à cinq rayons , et par l'absence de dentelures à leurs pièces operculaires , où il n'y a qu'une petite épine cachée sous la peau. Sous ce dernier point de vue ils tiennent un peu aux spares, et c'est dans ce genre qu'on les a rangés jusqu'à ce jour; mais leur anale écailleuse, et leur dorsale si peu étendue d'avant en arrière, ne permettraient pas de CHÀP. X. PEMPHÉRIDES. 297 les y laisser, quand même les dents, dont leur vomer et leur palatin sont armes, ne les en éloigneraient pas invinciblement. Nous nous sommes donc vus obligés d'en faire un genre à part; car nous ne pouvions pas même les considérer comme subdivision de quelque genre déjà existant, et c'est ici, entre les cas- tagnoles et les archers, que nous avons cru pouvoir les placer. Le nom depemphérides, que nous leur con- sacrons, est une de ces nombreuses dénomi- nations de poissons que l'on trouve dans les anciens sans aucun caractère indicatif de leurs espèces. Se trouvant ainsi vacantes, les natu- ralistes s'en emparent comme de choses sans maîtres, pour les appliquer aux genres nou- veaux qu'ils découvrent. Ce nom n'est que dans Athénée, qui l'a tiré de Numénius, ou il désignait un petit poisson. Parmi les observateurs modernes, c'est John White qui a le premier mentionné une espèce de ce genre. Il en donne une figure dans son Voyage à la Nouvelle-Galles du sud (appen- dice, p. 267), et la nomme spams compi^essus. Faite d'après un échantillon mal conservé, cette image n'est pas très-correcte, et comme aucune description détaillée ne l'accompagne, c'est sur l'ensemble seulement qu'on peut la 298 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. juger. Bloch , clans son Système posthume (p. 164), en a fait son kurtus argenteus. Russel a donné une seconde figure du même genre à sa planche 1 1 4? et regarde aussi son poisson comme un spams. Le nom sous lequel le connaissent les habitans de Vizaga- palam est mangula-kutti. Les anciens recueils de dessins faits aux In- des représentent aussi de ces poissons, mais, à leur manière, un peu grossièrement, et de sorte que l'on ne peut en reconnaître que le genre. Tel est le toii-té-tou-mamel de Renard (t. I, pi. i5, fig. 85), copié deViaming(n.°234), où il porte le même nom. Dans Valentyn (n.° 46) il est nommé ikan-toe-te-toe , ce qui revient au même. Ruysch (pi. 10, fig. 4) l'ap- pelle simplement stomp-kop (tête obtuse). Ce qui est remarquable, cest que les habi- tans des Moluques ont aussi été frappés des rapports de ces poissons avec les kurtus; car je trouve dans la collection de Vlaming (n.° 177) sous le nom de tou-té-tou femelle, la figure d'un véritable kurtus, semblable à Yindicus , et qui seulement, au lieu d'être enluminée de fauve, lest de brun, semé de points noirs. Ses nageoires seules sont fauves. Cette figure n'a point été copiée dans les ouvrages auxquels le recueil de Vlaming a servi de base. CHAP. X. PEMPHÉRIDES. 299 Selon Valentyn (p. 36o, n.° 46) le tou-té-tou est long d'un fort empan et très-bon à manger. La Pemphéride d'Oualan. (Pempheris oualensis ', nob.) Un premier tou-té-tou a été rapporté de l'île d'Oualan par MM. Lesson et Garnot. Il est, comme les kurtes, plus élevé au droit des pectorales, et la ligne du dos et celle du ventre se rapprochent ensuite par degrés , en sorte que la queue est assez étroite vers le bout. Cette plus grande hauteur est un peu moins de trois fois dans sa longueur, et l'épaisseur au même endroit est trois fois dans la hauteur. La longueur et la hauteur de la tête sont à peu près égales, et comprises quatre fois et demie dans la longueur totale. En avant de la dorsale et de l'anale la ligne du dos et celle du ventre sont l'une et l'autre convexes , et s'unissent au museau , qui est très-court et très-obtus. Le dessus de la tête est arrondi transversalement. Le diamètre de l'œil est des deux cinquièmes de la longueur de la tête ; il n'est distant du bout du museau que de moitié de son diamètre. La distance d'un œil à l'autre est d'un peu moins que ce diamètre. La fente de la bouche descend rapidement en arrière et jusque sous le mi- lieu de l'œil. La mâchoire inférieure monte au-devant de l'autre, et la dépasse un peu. Il y a des dents en velours assez rudes aux deux 500 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. mâchoires, au chevron du vomer et sur une bande à chaque palatin. La langue est lisse, triangulaire, un peu pointue et assez libre. Les pharyngiens n'ont aussi que des dents en velours : il y a de longues râtelures serrées à la première branchie ; les autres^ ont de doubles rangs de tubercules. Le sous-orbitaire est oblong et étroit; il ne cou- vre que la moitié antérieure du maxillaire dans l'état de repos. La moitié postérieure est élargie et tron- quée carrément en arrière. Les orifices de la narine sont deux très -petits trous oblongs, rapprochés l'un de l'autre et à moitié distance entre le quart supérieur de l'œil et le bout du museau. Il y a des écailles jusqu'au bout du museau, sur les maxillaires et sur les branches de la mâchoire inférieure ; toutes les pièces operculaires en sont couvertes : il y en a même sur une ligne à la mem- brane branchiostège, à l'endroit que ne recouvrent pas les branches de la mâchoire inférieure quand elles se rapprochent. Le préopercule n'a point de limbe distinct, il est arrondi; ses bords amincis et striés couvrent presque le sous-opercule et Tinter- opercule. On y sent sous la peau , à l'endroit à peu près où pourrait être l'angle, une pelite épine forte, et au-dessus trois ou quatre autres, plates et tron- quées. L'opercule a aussi un bord arrondi et mince; mais on sent que sa partie osseuse a près du sous- opercule une petite pointe. Les ouïes sont fendues jusque sous l'œil, et assez serrées. Leurs membranes se croisent à peine sous CHAP. X. PEMPHËRIDES. 501 la pointe antérieure de l'isthme; elles ont chacune sept payons, dont les supérieurs sont assez larges. L'épaule n'a point d'armure particulière. La pectorale s'attache presque au tiers inférieur de la hauteur. Elle est un peu en faux, assez poin- tue, et compte seize rayons, dont le troisième et le quatrième sont les plus longs. Le premier est sim- ple, et n'a que le tiers de la longueur de ceux-là. Les ventrales ne sont nullement en avant des pectorales , et naissent même sous l'extrémité posté- rieure de leur base. Leur longueur est moitié moin- dre. Leur épine est forte et presque aussi longue que les premiers rayons mous. Le bassin n'a rien de particulier, et il n'y a d'épine ni à leur base ni entre elles. La dorsale commence vis-à-vis le milieu des pec- torales , à une distance du museau qui fait le tiers de la longueur totale. L'espace qu'elle occupe sur le dos ne fait pas le septième de cette longueur; elle est pointue et un peu plus haute que longue. Ses six premiers rayons sont épineux, et vont en gran- dissant depuis le premier, qu'on voit à peine, jus- qu'au sixième, qui égale presque le premier rayon mou, lequel est le plus long de tous. Il y a neuf de ces rayons mous; le dernier n'a pas le tiers de la hauteur du premier. L'anale commence sous le milieu de la dorsale par trois rayons épineux que suivent quarante-deux rayons mous enveloppés d'écaillés. Le premier , qui est le plus long, est d'un quart moindre que le premier mou du dos; les autres décroissent lentement, et 102 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. même, à compter du septième ou du huitième, ils restent presque égaux. Cette longue anale ne laisse entre elle et la caudale qu'un bout de queue du quatorzième de la longueur totale , un peu plus haut que long, et très-comprimé. Le poisson est terminé par une caudale échancrée en croissant, du cinquième de la longueur totale. B. 7; D. 6/9; A. 3/42; C. 17 et 5 petits; P. 16; V. 1/5. Les écailles sont grandes, lisses, demi-circulaires, très-amincies à leur bord externe, et ont dans leur partie cachée un éventail de dix ou douze rayons. Elles diminuent en arrière : on en compte quarante- huit ou cinquante entre l'ouïe et la caudale, et une vingtaine entre la dorsale et le ventre. Presque toute l'anale et la base de la caudale en sont couvertes; mais il n'y en a pas sur les autres nageoires. La ligne latérale règne parallèlement au dos, à une distance qui ne fait que le quart de la plus grande hauteur. Elle se marque par une élevure triangulaire, ou plu- tôt par un reflet, sur chaque écaille, et se prolonge sur le milieu de la caudale jusqu'à son bord, par une rangée de petites écailles. Ce poisson est argenté, teint de brun vers le dos. Ses écailles argentées sont pointillées de brun, sur- tout à l'abdomen et aux opercules. La base de la pectorale est entourée d'une tache noire en dessus et en dessous. Le bord antérieur de la dorsale est brun ou noirâtre. Le reste des nageoires paraît jau- nâtre. Notre individu a près de neuf pouces. CHAP. X. PEMPHÉRIDES. 503 Ce poisson ressemble encore moins au vrai kurtus par son anatomie que par son extérieur. Ses côtes sont de forme ordinaire, étroites, com- primées : il y en a neuf paires et autant de vertèbres abdominales. Les vertèbres caudales sont au nombre de quinze. La crête mitoyenne du crâne est élevée , très-mince : il y a trois interépineux sans rayons entre elle et la dorsale. Le cubital est très-large et a une grande échancrure carrée dans le milieu de sa jonction avec l'humerai Le radial n'a au con- traire qu'un petit trou. Le coracoïdien est pointu et assez fort. Les os du bassin sont étroits et pointus. Sa vessie natatoire est entièrement dans son abdo- men , grande, très-épaisse, divisée en deux par un étranglement. Sa partie antérieure est la plus petite, à peu près ronde, et s'attache au crâne par des liga- mens tendineux; la postérieure est ovale, et s'étend jusque vers le fond de l'abdomen. L'estomac est épais , cylindrique jusque vers le tiers postérieur de l'abdomen , où il se recourbe en avant. Sa branche récurrente est de moitié plus courte que l'autre. Le pylore a six ou sept cœcums, dont les antérieurs sont trois ou quatre fois plus longs que les autres , et plus longs que l'estomac. Le reste du canal fait trois replis avant d'arriver à l'anus. L'individu que nous avons disséqué était femelle , et ses ovaires tenaient une grande place dans l'ab- domen. 504 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. La Pemphéride d'Otaïti. (Pempheris otaitensis , nob.) Les mêmes naturalistes ont pris à Otaïti une pemphéride très-semblable à la précédente, surtout par la tache de la base de la pectorale et le noir du bord antérieur de la dorsale, qui est même plus prononcé; mais qui a le corps plus comprimé, les rayons de l'anale moins nombreux (D 6/9 ; A 3/40), et surtout les écailles plus petites. Il y en a cin- quante-six sur une ligne longitudinale , et vingt- cinq sur une ligne verticale. Sa caudale et son anale ont un liséré noirâtre, et il y a sur les côtés du ventre des lignes de reflets brunâtres. Ses dents des mâchoires sont plus fines à proportion, et le che- vron du vomer fait un angle un peu plus aigu, etc. L'individu est long de sept pouces. On nomme l'espèce à Otaïti toueea. La Pemphéride du Bengale. {Pempheris mangula , nob.) Le tou-té-tou de la mer du Sud ressemble en tout pour les formes au mangula-kutti du golfe du Bengale qu'a représenté Russel. Les nombres mêmes paraissent assez s'accorder. Bussel les donne ainsi écrits à notre manière : B. T: D. 5/10; A. 3/39; C. 19; P. 18; V. 1/5. CHAP. X. PEMPHÉRIDES. 505 Mais il lui attribue une couleur générale rou- geâtre , légèrement mélangée de doré, et des na- geoires d'un jaune rougeâtre. Il ne fait aucune mention ni du bord noir de la dorsale, ni surtout de la tache très-noire de la base de la pectorale, qui est si remarquable et se conserve dans la liqueur et dans le sec. Il est donc assez probable que c'est une autre espèce. Il ne parait pas qu'elle soit commune à Vi- zagapatam, puisque Russel ne dit rien de ses usages, et se borne à assigner la taille de son individu, qui était de six pouces. La Pemphéride de Vanicolo. (Pempheris vanicolensis , nob.) MM. Quoy et Gaimard ont rapporté de Va- nicolo une pemphéride qui nous paraît à peine différer spécifiquement de celle de Russel; car elle a les mêmes formes et à peu près les mêmes nombres (D. 6/9; A. S/40, etc.), les mêmes couleurs, rouge cuivré sur le corps, jaunâtre aux nageoires, sans tache à la pectorale. Nous n'y voyons d'autre différence, qu'une tache noire au sommet de la dor- sale, dont Russel ne parle pas. Sa hauteur, comme dans la figure de Russel, est plus considérable à pro- portion de sa longueur que dans le tnueea. Nos individus sont longs de six et de sept pouces. 7- v 20 506 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. La Pemphéride de l'Isle-de-France. {Pempheris nesogallica, nob.) L'Isle-de-France a une pemphéride sembla- ble à celle de Vanicolo par le noir du sommet de la dorsale; mais qui a le profil plus droit, la poitrine argentée et non cui- vrée comme le reste du corps, et les nageoires jaunâtres. Sa caudale paraît avoir été bordée de noirâtre : il y a deux rayons de moins à l'anale. D. 6/9; A. 3/38, etc. Ce poisson est long de cinq pouces. Il a été apporté par MM. Quoy et Gaimard, La Pemphéride des Moluques. {Pempheris moluca, nob.) L'espèce que nous avons reçue des Molu- ques ressemble à celle de Russel par les cou- leurs, mais s'en écarte pour les formes, en ce que la ligne du profil n'est pas convexe entre les yeux, mais y prend un peu de concavité; ce qui fait que le bord supérieur de l'œil s'y élève un peu au-dessus, et fait saillie sur le profil. Son anale a un peu plus de rayons. B. 1; D. 6/9; A. 3/43, etc. Ses rangées longitudinales d'écaillés sont au nombre de vingt-deux, et la plus longue en compte CHAP. X. PEMPHÉRIDES. 307 cmqualite-deux. Le poisson paraît tout entier d'un rouge de cuivre, avec des lignes longitudinales de reflets dune teinte dorée ou d'acier, suivant le jour- La poitrine et la tête sont plus dorées que le reste. En v regardant de près, on voit que le cuivré est produit par des points serrés d'un rouge brun, qui occupent le disque de chaque écaille , et que le bord de ces mêmes écailles est lisse, sans points, et de couleur d'acier ou un peu dorée. Les nageoires sont d'un jaune rougeatre. Notre individu est long de six pouces. Il provient des récoltes faites aux Moluques par M. le professeur Remwardt, pour le Mu- sée royal des Pays-Bas. M. Raynaud a retrouvé la même espèce, exactement semblable, à Batavia, où les pé- cheurs la lui ont nommée en malais ikan- batou (poisson de roche). Nous soupçonnons que c'est ce tou-té-tou cuivré que Bloch a placé dans son Système posthume (p. 164, n.° 2) sous le nom de cur- tus macrolepidotus, squamis magnis, mar- gine rubro punctatïs oculis subverticalibus , pinna ani falcata , anterius arcuata linea la- terali dorso vicina. Mais il faut supposer une grosse faute d'impression dans l'énoncé des rayons de l'anale, et croire qu'on a mis A. 4/1 2 pour A. 1/42, les nombres de la dorsale seraient assez bien, 7/17, ou à notre manière 7/1 0. Dans 308 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. le cas où la faute n'existerait pas, ce serait un poisson d'un tout autre genre. La Pemphéride du Malabar. (Pempheris malabar ica? nob.) M. Bélenger nous a envoyé de Mahé, sur la côte de Malabar, des pemphérides que nous ne saurions comment distinguer de celle des Moluques , mais dont les individus varient par le nombre des rayons mous de l'anale , qui vont de quarante-trois à quarante-six. Comme ces individus sont mal conser- vés , nous laissons aux observateurs à reconnaître si d'autres caractères viennent se joindre à cette varia- tion pour confirmer une différence d'espèces. Les nageoires paraissent avoir été rouges, sans taches ni bords noirs. La longueur est de six pouces. La Pemphéride du Mexique. (Pempheris mexicana, nob.) La mer du Sud a des pemphérides jusque sur les côtes de l'Amérique. M. Deppe en a envoyé une d'Acapulco au Musée de Berlin , de la même forme que celles de l'ïsle-de-France et des Moluques, mais où l'anale a moins de rayons que dans aucune autre - D. 6/9: A. 3/35, etc. CHAP. X. PEMPHÉRIDES. 509 Ses écailles sont aussi plus grandes. Elle en a seize rangées longitudinales , dont la plus longue n'en compte que trente-deux. Sa couleur est cuivrée; ses nageoires jaunâtres, sans noir. 510 LIVRE VII. SQUÀMMIPENNES, CHAPITRE XL Des Arcliers {Toxotes, nob.). Le poisson sur lequel nous avons établi le genre que nous appelons archer, mérite en effet ce nom par sa singulière industrie. Quoi- que sa bouche diffère infiniment par son or- ganisation de celle du chelmon , il sait de même lancer des gouttes d'eau à une grande hauteur, à trois pieds et davantage, et atteindre presque sans les manquer les insectes ou autres petits animaux qui rampent sur les plantes aquati- ques, ou même sur les herbes du rivage. Les habitans de plusieurs contrées des Indes, sur- tout les Chinois de Java, l'éièvent dans leurs maisons pour s'amuser de ses manœuvres, et lui offrent des fourmis et des mouches sur des fils ou des bâtons à sa portée. Nous en avons reçu de Batavia un individu dont l'es- tomac était tout rempli de fourmis. L'espèce est connue dans l'archipel des Indes sous le nom malais iïikan-sumpit. Comme il est arrivé souvent pour ces es- pèces isolées qui ne vont bien dans aucun des genres reçus, on a ballotté celle-ci de genre en genre. Schlosser, médecin et naturaliste CHAP. XI. ARCHERS. 51 \ d'Amsterdam, qui eut le premier connaissance de ses habitudes, lavant fait voir à Pallas, ce grand naturaliste en rédigea une description méthodique, qui lut envoyée par Schlosser à la Société royale, et insérée dans les Transactions de 1776 (t. LVI, p. 187), avec le nom de sciœna jaculatrix, quoique Pallas lui-même, en 1770, dans ses Spicilegia (fasc. 8, p. 40> hésitât encore s'il devait en faire une sciène ou un spare. Près de vingt ans plus tard, Bonnaterre et Gmelin portèrent ce poisson de Pallas, et d'a- près lui, dans leur catalogue : le premier le tirant des Transactions, et sous le même nom de sciœna jaculatrix l j le second le prenant dans les Spicilegia , et imaginant, sans aucun motif que l'on puisse deviner, de le ranger parmi les scares , et de le nommer scarus Schlosseri > mais oubliant tous les deux de faire la moindre mention de linstinct si re- marquable dont il est doué. Vint ensuite, en 1802, M. de Lacépède, qui ne manqua pas de porter séparément, et dans deux genres diffère ns, le scarus Schlosseri de Gmelin 2 , et le sciœna jaculatrix de Schlosser 1. Encyclopédie méthodique, planches d'ichtyologie, p. 121. 2. Le scare Schlosser, Lacép. , t. IV, p. 5 et 1 7. 512 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. et de Pallas , sans laisser apercevoir qu'il ne s'agit dans ces deux articles que dune même espèce, et qui plus est, que d'un seul et même individu; il se permet seulement de transpor- ter ce sciœna dans les labrus 1 , sans expliquer le moins du monde comment il y a été con- duit, et sans rappeler plus que les deux auteurs qu'il copie, ce qui motive la dénomination de sagittaire qu'il lui laisse. Il est fidèlement imité par Shaw, qui place aussi dans sa Zoologie générale et dans le même volume un scanis Schlosseri' et un labrus jaculatnr 3 , mais qui du moins joint à ce der- nier article une figure 4 copiée de celle des Transactions, et quelques mots sur la faculté de lancer des gouttes d'eau. Voilà donc une espèce doublée , et cela non point, comme à l'ordinaire, faute d'avoir suffisamment comparé divers individus, mais d'après des extraits d'une seule description. M. Hamilton Buchanan l'a triplée en 1822; car son coius chatareus 5 n'est encore que no- tre toxotes, mais pris dans le Gange, et à ce quil paraît dans un canton où apparemment les pêcheurs ne s'étaient point encore aperçu 1. Le labre sagittaire, Lac, t. III, p. 425 et 465. — 2. Shaw, Gêner. ZooL, t. IV, 2. c part. , p. 098. — 3. Id. , ib., p. 485. — 4. ld., ib., pi. 68. — 5. Poiss. du Gange, p. 201 , pi. i4> %• 34. CHÀP. XI. ARCHERS. 51 i> de sa singulière faculté , et M. Hamilton lui- même ne s'est point aperçu de son identité avec le sagittaire. Il suffit, à ce qu'il nous semble, de jeter un coup d'ceil sur ce poisson , pour juger que ce n'est point un labre , puisqu'il n'en a ni les doubles lèvres , ni les formes alongées , ni les dents; que ce n'est point une sciène, puis- qu'il n'en a ni le palais lisse, ni les armures aux pièces operculaires ; que ce n'est point un spare, puisque, encore une fois, son palais n'est pas lisse , et que d'ailleurs ses formes sont toutes différentes. Le genre coius, où M. Ha- milton Buchanan a entassé des varioles, des mésoprions, des anabas, des pristipomes et d'autres poissons encore, est trop artificiel pour qu'il soit nécessaire d'examiner si le cha- tareus peut y entrer; et d'ailleurs la réponse serait assurément négative , car il ne ressemble à aucune des autres espèces que l'auteur y a rassemblées. Nous avons donc dû créer pour ce pois- son un genre que nous avons publié dès 1 81 7. 1 Ses caractères consistent dans la position de sa dorsale en arrière; dans les écailles qui la recouvrent, ainsi que l'anale; dans ses sept 1. Règne animal, i. re édit., t. II, p. 538. 544 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. rayons branchiaux; dans les dents en velours très-ras qui garnissent toutes les parties de sa bouche; dans la fine dentelure de son. sous- orbitaire et du bas du préopercule, sans autre armure aux pièces operculaires ; dans les écailles qui couvrent toute sa tète , etc. Il y en a beaucoup plus qu'il n'en faut pour établir un genre; mais la place de ce genre n'est pas aussi facile à trouver. Nous lui avions d'abord soupçonné quelques rapports avec les poissons à appendices labyrinthiformes aux branchies ; mais rien d'analogue ne s'est ren- contré dans les siennes : au total, c'est encore des pemphérides qu'il nous semble se rappro- cher le plus par l'ensemble de son organisa- tion. jL'Archer sagittaire. (Toxotes jaculator, nob.; Scicena jaculatrix, Pall.') Son corps est en ovale peu régulier, comprimé vers le bas et en arrière, plus épais en dessus et en avant, à dos arrondi, à crâne plat. Ce qui lui donne une apparence singulière, c'est la position très en arrière de sa dorsale. Elle ne commence qu'après le milieu de sa longueur. Sa hauteur au milieu est d'un peu plus des deux 1. Scarus Schîosseri, Gmel.; Labre sagittaire et Scare Schlosser, Lacép. et Shaw j Coius chatareus, Hamilt. Buch. CIIAP. XI. ARCHERS. 515 cinquièmes de sa longueur totale. Son épaisseur au- dessus des pectorales est de près de moitié de sa hauteur. La longueur de sa tête est trois fois et un quart dans celle de tout le poisson. La ligne du profil descend un peu obliquement et presque en ligne droite du pied de la dorsale jusqu'au bout du museau , et fait un angle aigu avec la ligne du ventre, qui s'y joint un peu en avant de la bouche; car la mâchoire inférieure avance plus que l'autre, et c'est elle qui forme l'extrémité du museau. Le dessus de la tête est plat. L'œil est près de la ligne du front, plus près du museau que de fouie, et son diamètre est quatre fois et demie dans la longueur de la tête. Les orifices de la narine sont près du bord antérieur de l'œil ; le supérieur plus grand, ovale; l'inférieur un peu plus en avant, rond et en- touré d'une membrane dont le bord inférieur s'ai- guise en un petit tentacule. La fente de la bouche descend parallèlement à la ligne inférieure jusque sous le bord postérieur de l'œil. Lintermaxillaire est mince, assez protractile. Le maxillaire est fort? étroit, à peine s'élargit-il un peu en arrière; il ne se cache point sous le premier sous-orbitaire, qui lui- même est étroit et très-finement dentelé au bord. Une bande étroite de dents en velours très-ras, très-fin et très-serré, garnit chaque mâchoire. Une garniture ou une âpreté pareille occupe une plaque rhomboidale sur le devant du vomer, une bande à chaque, palatin , toute la large surface du ptérygoi- dien, et toute celle de la langue, qui est fort libre et terminée en pointe obtuse. Les pharyngiens ont 516 LIVRE VIT. SQUAMMIPENNES. des dents en velours plus prononcées. Le bord mon- tant du préopercule, à peu près à égale distance entre l'oeil et l'ouïe, est rectiligne, un peu incliné en avant, très-entier. Son bord horizontal est légè- rement convexe et très-finement dentelé. Il n'y a point de limbe ni rien qui le sépare de la joue. L'opercule , deux fois aussi haut que large , a sa partie osseuse coupée en arc, et sans aucune pointe; mais son bord membraneux est anguleux. La fente de Fouie est assez ouverte. La membrane branchios- tège s'unit à sa semblable sous l'isthme, vis-à-vis la commissure des mâchoires. Il y a sept rayons aux ouïes ; mais les trois infé- rieurs sont cachés dans la réunion des membranes. Toute la tête est couverte d'écaillés, excepté l'in- termaxillaire et le petit bord correspondant de la mâchoire inférieure; mais il y en a sur le museau, le crâne, le sous-orbitaire, le maxillaire, les branches de la mâchoire inférieure, les pièces operculaires , et jusque sur la portion de la membrane des ouïes qui est entre les deux branches de la mâchoire. La pectorale est attachée un peu au-dessous du milieu de la hauteur, coupée en demi-ovale ou un peu en faux, et du quart de la longueur totale. Elle a treize rayons; le premier très-court, le second le plus long de tous, sans branches, mais articulé; les autres branchus. Les ventrales, attachées sous le bord inférieur, un peu plus en arrière que les pectorales, mais plus courtes, en sorte qu'elles ne vont pas aussi loin, ont une forte épine et cinq rayons branchus , dont CHAP. XL ARCHERS. 517 le premier , qui est le plus long , dépasse l'épine d'un quart. Tout leur bord supérieur adhère à l'ab- domen au-dessus d'elles. En dehors est de chaque côté une pièce triangulaire garnie d'écaillés, aussi longue, et entre elles il y en a une autre, mais plus courte. Leurs rayons même sont écailleux. Sa dorsale commence sur le troisième cinquième de la longueur totale , et en occupe deux septièmes. Ses cinq premiers rayons sont de fortes épines, dont les trois dernières, les plus longues, ont près de moitié de la hauteur du corps. La seconde est d'un tiers et la première de deux tiers plus courte- La membrane est fortement échancrée en avant de chacune. La partie molle, plus basse que les épines, et toute couverte de petites écailles , a treize rayons branchus. L'anale commence et finit à peu près aux mêmes aplombs que la dorsale ; elle a trois épines et seize rayons mous, enveloppés les uns et les autres dans les écailles qui la couvrent. Un intervalle du douzième de la longueur du corps, et plus élevé d'un tiers, est entre ces na- geoires et la caudale. Celle-ci, du sixième à peu près de la longueur du corps , carrée ou du moins très-légèrement cou- pée en croissant, a dix-sept rayons entiers, dont les deux extrêmes n'ont pas de branches. Les petits des deux bords sont peu sensibles. Il n'y a de petites écailles qu'à sa base. B. 7; D. 5/13; A. 3/16; C. 17; P. 13. Le corps a environ trente écailles sur une ligne 518 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. entre l'ouïe et les petites de la caudale, et treize ou quatorze entre le dos et les ventrales. Leur partie visible, coupée en arc de cercle, a le bord entier; à la loupe sa surface paraît finement pointillée. Leur partie cachée est lisse, et a un éventail de six ou sept ravons, et autant de crénelures à son bord radical. La ligne latérale marche d'abord droite et assez près du dos. Un peu avant l'aplomb de la dorsale elle s'infléchit vers le bas, et après une légère cour- bure elle suit le milieu de la hauteur jusqu'à la cau- dale. Elle se marque par un tube longitudinal sur le milieu de chaque écaille. Le fond de la couleur de ce poisson paraît d'un argenté teint de verdàtre ou de brunâtre. Son dos est d'un brun plus foncé, et il y a quatre taches d'un brun noir placées l'une au haut de l'opercule, la seconde au-dessus de la pectorale, la troisième sous le commencement de la dorsale, la quatrième sous l'arrière de sa partie molle, la cinquième sur le dessus de la queue. Cette description est faite sur des individus pris dans le Gange, et envoyés du Bengale par M. Bélenger en 1828. Le plus grand est long de sept pouces sur trois de hauteur, sans comp- ter les nageoires. Mais d'autres individus, semblables d'ail- leurs en tout à ces premiers, ont offert quelques différences dans les taches et même dans les nombres des rayons, sans que pour cela nous osions en faire autre chose que des variétés. CHAP. XI. ARCHERS. 519 Ainsi nous en avons un de l'île de Bourou, rapporté par MM. Quoy et Gaimard en 1829, qui n'a que onze rayons mous à sa dorsale; mais qui en compte dix-sept à son anale, et dont les taches se joignent au brun du dos, de manière à former des demi-bandes. D'après le dessin que ces messieurs en ont fait sur le frais , son corps était fortement teint de gris verdàlre ; son dos était noi- râtre, ainsi que ses taches. Toutes ses nageoires étaient verdàtres , avec une teinte noirâtre au bord de l'anale et de la partie molle de la dorsale. L'iris est d'un bel orangé. Un autre , du Havre-Dorey, à la Nouvelle- Guinée, qui a aussi des demi-bandes brunes au lieu de taches , n'a que quatre épines à la dorsale ; c'est la première ou petite qui lui manque. Ses rayons mous sont au nombre de douze à la dorsale et de quinze à l'anale. Un troisième , qui provient de l'ancienne collection du Stadhouder, n'a que des taches rondes, quatre épines et dix rayons mous seulement à la dorsale, seize rayons mous à l'anale. - Ces variations dans les nombres des rayons sont plus grandes que dans beaucoup d'autres espèces. Pallas comptait à la dorsale quatre épines 520 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. et de neuf à onze rayons mous, et à l'anale quinze rayons mous. Son individu représenté dans les Transactions avait les taches réunies au brun du dos. M. Buchanan compte les rayons à peu près comme nous dans nos échantillons du Gange (D. 5/1 2 j A. 5/1 6). Sa iigure ne montre que des taches rondes; la quatrième est double et la cinquième manque. Nous trouvons dans les dessins rapportés de j\lalaca par M. Farkhar, une figure de toxotes à cinq épines à la dorsale, et qui a le long de cha- que côté du dos une double rangée de taches rondes et noires ; six à la série supérieure et quatre à l'infé- rieure. Le corps est d'un gris argenté, teint de verdatre vers la nuque. Sa dorsale est verdatre, avec un fin liséré noirâtre; l'anale grise, avec un bord plus foncé et un liséré noirâtre. Les autres nageoires sont jaunes, et sur les ventrales le jaune est teint de rouge. L'iris est orangé. Il se pourrait que ce fût une espèce diffé- rente des autres; mais nous ne pouvons don- ner les nombres de ses rayons mous. L'anatomie d'un toxotes de Java nous a montré un foie assez petit, composé d'un lobe gauche trian- gulaire beaucoup plus fort que le droit, auquel est suspendue une vésicule biliaire grêle et pointue. L'œsophage est assez long, diJaté en un estomac CHAP. XI. ARCHERS. 32l globuleux , dont la veloutée est, sillonnée par de grosses rides irrégulières; La branche montante est très- petite. J'ai trouvé neuf appendices cœcales, dis- posées en cercle autour du pylore. Le duodénum est large, remonte jusque sous le diaphragme, et alors l'intestin devient très -grêle, et il se replie quatre ou cinq fois sur lui-même. La rate est petite et trièdre. Les organes de la génération sont peu gros, et rejetés vers l'arrière de la cavité abdominale. La vessie aérienne est grande, simple, arrondie en avant, et terminée en pointe en arrière. Ses parois sont minces et transparentes. Les corps rouges sont très-développés, et forment deux larges rubans épais , qui occupent de chaque côté de l'épine la longueur presque entière de ia vessie. Les reins sont très- petits. L'intérieur du canal alimentaire était rempli d'une grande quantité de petites aiguilles noirâtres, à sur- face rugueuse. Nous n'avons pas pu reconnaître d'où provenaient ces singuliers corps. Nous avons aussi disséqué des individus pris sur la côte de Malabar , et à cinq épines dorsales. Ils avaient l'estomac beaucoup plus grand, à parois plus minces, sans aucunes rides à l'intérieur ; sept longues appendices'cœcales entouraient le pylore. Le reste des intestins n'était pas assez bien conservé pour que nous puissions regarder ces différences comme spé- cifiques. L'estomac était rempli de petits crustacés. Enfin un troisième individu avait l'estomac tout-à- fait semblableau précédent; il était rempli de fourmis. Dans le squelette du toxotes on peut remarquer surtout le crâne aplati , qui n'a de chaque côté 7 . 21 o22 LIVRE VII. SQUAMMIPENNES. qu'une légère arête au-dessus du bord de l'orbite, et dont la crête mitoyenne est tout-à-fait en arrière. Le corps de l'hyoïde est fort comprimé, l'échancrure du cubital très-grande. Les coracoïdiens descendent jus- que tout près du bord postérieur du bassin qui porte les ventrales. H y a dix vertèbres abdominales et quatorze caudales, dont les trois dernières s'unis- sent pour former la lame qui porte la caudale. Les quatre premiers interépineux ne portent point de rayons. Les suivans , qui portent les épines de la dorsale, sont robustes et dirigés obliquement en aV- rière , ce qui occasionne la position singulière de cette nageoire. Les côtes n'ont que de frêles appen- dices. Les deux premières vertèbres caudales unis- sent leurs apophyses descendantes pour porter les premiers interépineux de l'anale. Les deux premiers de ceux-ci sont soudés en une seule masse pyrami- dale et anguleuse. LIVRE HUITIEME. DES POISSONS A PHARYNGIENS LABYRINTHIFORMES. La famille dont nous allons faire l'histoire est remarquable par une structure qui lui est propre, et qui consiste dans une division en feuillets de la surface d'une partie des pha- ryngiens; division qui produit des cavités et de petites loges plus ou moins compliquées 7 mais propres à retenir une certaine quantité d'eau, à peu près comme le réseau de la panse des chameaux. Cet appareil est renfermé sous des opercules bombés et bien serrés contre le corps; en sorte que, même après que le pois- son est sorti de l'eau, celle que contiennent ces petites loges ne s'évapore pas aisément, et, coulant sur les branchies, les empêche de se dessécher; aussi tous les poissons de cette famille dont on a constaté les habitudes, jouis- sent-ils de la faculté de sortir des rivières et des étangs, qui sont leur séjour ordinaire, et de se porter à d'assez grandes distances, en rampant dans l'herbe ou sur la terre. Ce qui est étonnant, c'est que des êtres à peine remarqués de nos jours par les natura- 524 LIVRE VIII. PHARYNGIENS LABYRINTHIFORMES. listes, aient déjà été bien connus des anciens. Théophraste, dans son Traité des poissons qui vivent à sec, dit qu'il existe dans l'Inde certains petits poissons qui sortent des rivières pour quelque temps , et qui y retournent ensuite, et que ces poissons ressemblent à ceux que les Grecs nommaient pùÇivoç, c'est- à-dire aux muges. On ne pouvait pas désigner plus clairement soit notre anabas , soit surtout les ophicé- pliales, qui tous ont la tète grosse et obtuse, le corps oblong et couvert de grandes écailles, comme les muges. CHAP. I. ANABAS. 525 CHAPITRE PREMIER. Des Anabas [^Anahas, nob.). J'ai nommé ainsi, du verbe «v«/3a/v K. etV. H.). Un troisième poisson à branchies labyrinthi- formes, et très-semblable à l'hélostome, a aussi été envoyé de Java au Musée royal des Pays- Bas par MM. Ruhl et Van Hasselt, qui lui avaient donné le nom générique de polya- cantlie, a cause du grand nombre des rayons épineux de sa dorsale et de son anale. Nous conservons cette dénomination à un petit genre, dans lequel entre cette espèce, et qui se distingue des hélostomes par ses mâchoires armées de dents, de lanabas par l'absence de dentelures aux opercules, et des colisa par les cinq rayons mous de ses ventrales. Le PoLYACANTHE DE HASSELT. (Poljacantlius Hasselti, nob.) Sa forme est ovale, moins comprimée qu'à l'hélos- tome; mais ses nageoires sont disposées de même, sa bouche également fendue en travers au bout du museau, sa ligne latérale interrompue, son anus très en avant , etc. Il n'a de dentelure à aucune des pièces operculaires. Ses deux petites mâchoires sont 7. a3 554 LIVRE VIII. PHARYNGIENS LABYRINTHIFORMES. garnies de bandes étroites de dents en velours, et il n'en a point au palais. Sa hauteur est deux fois et demie dans sa lon- gueur. Sa tête y est quatre fois. Son épaisseur au milieu est deux fois et demie dans sa hauteur. L'œil est un peu plus haut que le milieu, très-près de la commissure des mâchoires, et en partie au-dessus. Les ouvertures de la narine sont fort rapprochées. Le sous-orbitaire n'a pas plus de dentelures que les pièces operculaires. Le préopercule a son bord pos- térieur rectiligne, vertical, et son angle arrondi. Des écailles couvrent toutes les parties de la tête (excepté les mâchoires), même la partie qui unit sous la gorge les membranes branchiostèges. Ces membranes n'ont chacune que quatre rayons bien cachés sous le sub- opercule. On ne voit aucune dentelure aux os de l'épaule. Le corps a trente-deux écailles sur une ligne longitudinale , et dix-huit sur une ligne verticale ; toutes grandes, toutes à peu près aussi longues que larges, finement poiniillées et ciliées dans leur par- tie externe, sillonnées de dix-huit ou vingt rayons à l'éventail de leur partie cachée,, et sans crénelures à > leur bord radical, qui est rectiligne. Les parties molles de leur dorsale et de leur anale sont presque entièrement recouvertes de petites écailles. Le rayon épineux de leurs ventrales est court; mais le premier mou se prolonge en deux filamens , qui ne dépassent cependant que bien peu la pectorale. B. 4; D. 19/11; A. 11/12; C. 16; P. 12; V. 1/5. Ce poisson paraît dans la liqueur d'un brun-clair uniforme, et a seulement ses nageoires d'un brun CHAP. III. POLYACANTHES. 5o5 un peu plus foncé. Une figure faite sur le frais à Batavia, colore le dos, la queue, la partie molle de la dorsale et de l'anale d'un brun violàtre, chan- geant en verdàtre; les flancs et le ventre plus clairs et tirant au jaunâtre. Le reste des nageoires est jau- nâtre. Les* arceaux inférieurs de ses branchies ne res- semblent point à ceux de Yhelostomaj mais sont gar- nis, comme dans la plupart des poissons, de petits tubercules âpres. Ses pharyngiens sont aussi cortmie à l'ordinaire armés de dents, qui sont en velours un peu rude; mais les pharyngiens supérieurs antérieurs se dilatent en lames qui, pour être plus simples que dans Xhelostoma, el surtout que dans Yanabas\ n'en sont pas moins des organes du même genre; ils con- sistent principalement de chaque côté en deux lames adhérentes l'une à l'autre par leur bord interne, obli- quement dirigées de l'arrière à l'avant, et un peu vers le haut; l'inférieure vers l'avant se courbe et se dilate en une espèce de conque dans laquelle adhère une lame plus petite , et il y a aussi une semblable petite lame à l'arrière dans l'intervalle des deux grandes, et une autre à l'avant, adhérente à la face interne de la supérieure. L'étendue de cet appareil n'est pas moindre que dans les deux poissons précédens, bien que sa composition soit plus simple. Il est logé de la même manière et dans le même endroit. Le foie de ce polyacanthe est petit, réduit pres- que à un seul lobe, et situé à gauche de l'estomac, qu'il recouvre presque en entier. Sa forme est qua- drilatère. Sa couleur est brune, mêlée de gris. 556 LIVRE VIII. PHARYNGIENS LABYRINTHÏFORMES. La vésicule du fiel esl très-petite, et cachée entre le foie et l'estomac. L'œsophage est médiocre et n'a que très-peu de plis. Jl se dilate pour former l'estomac, qui est petit, situé en travers et de haut en bas dans l'abdomen. Sa parlie supérieure est large et tronquée. Il se ter- mine en canal assez étroit, remontant très-peu vers le diaphragme. Ses parois , ainsi que celles de l'œso- phage, sont minces, mais solides. Le pylore est étroit, muni de deux appendices cœcales étroites, situées sur les côtés de l'estomac. Le duodénum est très-large, beaucoup plus que le rectum et que le reste de l'intestin , qui est très-grêle ; il se porte de bas en haut à droite de l'estomac. Arrivé à la hauteur du cardia, il se plie, descend vers l'anus, et s'enroule ensuite plusieurs fois sur lui-même ; alors il se plie de nouveau et se roule en plusieurs tours contraires au précédent, va re- joindre le premier pli du duodénum, et descend droit à l'anus en se dilatant un peu pour marquer le rectum. Les tuniques sont minces et peu solides. Les laitances sont fort petites; la droite est plus grosse que la gauche , et elle est pliée en V incliné. La vessie natatoire est médiocre; ses parois sont blanches et assez épaisses. Il y avait dans l'estomac des débris d'insectes. Le crâne entre les yeux est aplati. La crête moyenne est courte, mais plus élevée que celle de Xkelostoma. La colonne vertébrale a onze vertèbres abdomi- nales et seize caudales. Les trois premiers interépi- neux de l'anale seuls sont libres. CHAP. III. POLYACANTHES. 557 Le POLYACANTHE dArIAN-CoUPANG. {Poljacanthus cupanus , nob.) M. Raynaud nous a apporté un très-petit polyacanthe de la rivière d Arian-Coupang à Pondichéry, de forme oblongue , à caudale pointue ; la partie molle de sa dorsale et de son anale aussi aiguisée en pointe- le filet de sa ventrale n'atteignant qu'au cinquième ou sixième rayon de l'anale ; son épine et ses autres rayons mous bien prononcés. Il est re- marquable par le petit nombre de ses rayons mous à la dorsale. D. 14/5; A. 19/11; C. 11; P. 12; V. 1/5. Dans la liqueur il parait d'un gris brunâtre, avec une petite tache noire de chaque côté sur la nais- sance de la caudale. Les ravons de la caudale ont de petits points noirs. Sa longueur n'est que de deux pouces sur une hauteur de cinq ou six lignes. Le Polyacanthe chinois. {Poljacanthus chinensis, nob.; Chcetodon chinen- sis, Bl.j Chétodon chinois, Lacép.) Le chcetodon chinensis de Bloch(pl. 218, fig. î), dont nous ne pouvons parler que d'après ce naturaliste, me paraît offrir, aux ventrales près, tous les caractères génériques des polya- 358 LIVRE VIII. PHARYNGIENS LABYRlNTHIFORMESl canthes : la même étendue de l'anale, plus con- sidérable que celle de la dorsale; un nombre également, très-grand d'épines, etc.; et je ne m'étonnerais pas que ses ventrales, comme il arrive si souvent aux poissons apportés de loin, eussent été mutilées. Ses nombres de rayons sont indiqués comme il suit : B. 5; D. 15/9 ; A. 18/10 ; C. 16; P. 10; V. 1/5. Sa couleur est argentée , avec huit ou dix bandes brunes qui traversent verticalement toute la hauteur du corps, et dont les deux ou trois antérieures se bifurquent vers le bas. Une tache noire, entourée de blanc , occupe l'opercule. Deux bandes noires vont de l'orbite vers la tempe, et ces traits, que nous retrouverons dans les macropodes, ajoutent encore aux rapports de ce poisson avec toute cette famille. CEIAP. IV. COLISA. 559 CHAPITRE IV. Des Colisa {Cotisa, nob.). Les deux jeunes naturalistes aux travaux de qui est due la connaissance du polyacanthe, n'ayant envoyé aucune note sur ses mœurs, ni sur le séjour quil habite, et ayant gardé le même silence à 1 égard de leur hélostome, nous sommes réduits à conjecturer qu'avec une conformation de branchies si semblable à celle de lanabas, ces deux espèces doivent avoir à peu près les mêmes habitudes ; mais cette conjecture est singulièrement renforcée par ce que nous apprend M. Bnchanan sur plusieurs poissons du Bengale, qui sont tous évidemment de la même famille, qui tiennent même de très-près aux polyacanthes, ayant des organes pharyngiens très-semblables, la même forme, les mêmes dispositions de nageoires, et jusqu'aux mêmes nombres de rayons ou à peu près, et n'en diffèrent que par leurs ven- trales, réduites à un seul filet très-alongé. Ce sont les espèces que ce savant ichtyologiste a cru devoir considérer comme des trichopodes, à cause de ce filet prolongé de leurs ventrales, mais dont le trichopode primitif de M. de 560 LIVRE VIII. PHARYNGIENS LARYRINTHIFORMES. Lacépède, ou labrus trichopterus de Pallas, diffère beaucoup par la brièveté de sa dor- sale et par la longueur encore plus considé- rable de son anale , quoique d'ailleurs il ap- partienne aussi à cette famille, comme nous le verrons à son article. Or, tous ces poissons habitent dans les étangs, les marais et les fos- sés des pays qu'arrose le Gange; et, sans être en grand nombre nulle part, ils s'y trouvent à peu près partout. Quoique agréables au goût, leur petitesse empêche qu'ils n'aient de l'im- portance comme aliment. Il n'est pas douteux pour moi qu'ils ne puissent vivre à sec, comme tous les autres poissons qui ont aux branchies un appareil semblable au leur. « Leur corps, dit M. Hamilton Buchanan % « est oblong, élevé, comprimé verticalement, « rude au toucher, opaque, agréablement va- « rie en couleur; leur tête petite, ovale, cou- « verte d'écaillés jusque sous la gorge, et « quelques - uns de ses os dentelés ; leur « bouche peti